2 juin 2012

Critique ciné : Prometheus

Récapitulons : dès 2002, Ridley Scott (réalisateur de "Alien - Le 8ème Passager" sorti en 1979) réfléchissait à revenir sur la saga dont il était l'initiateur pour en réaliser une nouvelle suite, un 5ème épisode qui explorerait les origines des aliens et du Space Jockey (la grande créature dont le squelette au torse percé se trouve à la base d'un canon ou d'un poste de commande dans le film de 1979).

Mais la franchise prit une tournure différente en 2004 et 2007 avec les deux spin-offs "Alien vs. Predator" de triste mémoire, sous l'impulsion de la 20th Century Fox qui préférait l'argent facile et les réalisateurs tape-à-l'œil plutôt que de nouveaux épisodes de qualité.

Néanmoins, Ridley Scott n'avait pas abandonné son projet puisqu'on apprit en 2009 qu'il travaillait désormais sur un prélude à la saga "Alien" et qu'il en serait le réalisateur. Début 2011, ce nouveau film avait enfin un nom, "Prometheus", mais c'est à partir de ce moment qu'on commence à nous expliquer que ce film n'est finalement pas directement lié à "Alien" (surtout au niveau du scénario puisqu'il possède son histoire propre) même s'il se déroule apparemment au même endroit et avant les événements vus dans le film de 1979.

Une communication un peu étrange autour d'un film qui cherche donc à se dissocier d'une des plus célèbres sagas de l'histoire de la SF au cinéma (peut-être histoire d'éviter de se faire lyncher si ce n'est pas du niveau de "Alien") tout en profitant tout de même de son aura et de sa popularité (il n'y avait qu'à voir la façon dont s'affichait le titre du film dans le tout 1er teaser vidéo de "Prometheus").

Mais après une campagne de promotion virale particulièrement intéressante, "Prometheus" est enfin sorti sur les écrans français ! Alors, la science-fiction au cinoche regagne t'elle ses lettres de noblesse une nouvelle fois grâce à Ridley Scott, 33 ans après "Alien - Le 8ème Passager" et 30 ans après "Blade Runner", ses deux chef-d'œuvres passés ?


L'histoire : suite à une découverte archéologique réalisée sur Terre en 2089 par les chercheurs Elisabeth Shaw et Charlie Holloway, la société Weyland Industries finance une mission vers une lointaine planète qui pourrait contenir le secret des débuts de l'humanité...

Bon, étant donné que le film s'avère plutôt complexe à critiquer, on va tenter une approche selon deux perspectives (mais sans spoilers, ou alors vraiment mineurs et situés au début du film) :

Si on se contrefout de la filiation avec "Alien" :

Dès l'introduction (magnifique) du film, on constate que Ridley Scott a apporté un grand soin aux plans d'ensemble et aux décors majestueux qui seront régulièrement visibles dans son film. Il est d'ailleurs quasi-impossible de dire si ces décors sont naturels ou créés de toutes pièces (il s'agit clairement d'un habile mélange des deux). On peut en dire autant en ce qui concerne les décors intérieurs du vaisseau et des costumes : tout est propre, soigné et tout de même plutôt réaliste. A une exception près : la cabine et le costume porté pendant le 1ère moitié du film par Mme Vickers (Charlize Theron dont ce n'est pas le première incursion dans le monde de la SF puisqu'on l'a déjà vue dans "Æon Flux" ou "Hancock"). Ici, l'accent est mis sur un côté "design" SF futuriste qui tranche sévèrement avec tout le reste (sans parler du fait que cela renvoie à un cinéma "pop" SF qui a tendance à mal vieillir visuellement parlant). Si cela traduit bien le côté froid, maniaque et autoritaire de cette Mme Vickers, on peut toutefois s'étonner du manque de cohérence avec le reste de l'identité visuelle du film. Heureusement, tout ça n'apparaît plus dans la seconde moitié du métrage et Charlize Theron finit par arborer une combinaison moulante nettement plus sexy seyante et beaucoup plus en accord avec les tenues des autres personnages.

(OK, là elle n'est pas dans sa piaule mais ça illustre bien ce que je viens de dire.)

Les membres de l'équipage du Prometheus sont plutôt nombreux, mais finalement seule une poigné d'entre-eux s'avèrent réellement importants (et intéressants). Il y a bien évidemment les deux archéologues Elisabeth Shaw (Noomi Rapace, vue dans les versions suédoises de "Millénium" et "Sherlock Holmes : Jeu D'Ombres") et Charlie Holloway (Logan Marshall-Green, vu dans "Devil"), la première pouvant être considérée comme le personnage central du film étant donné que la majorité des événements se déroulent de son point de vue. Mme Vickers, déjà évoquée plus haut, représente quant à elle l'autorité de la mission puisqu'elle veille froidement à ce que les investissements de Weyland Industries soient bien respectés, même si elle ne partage pas l'enthousiasme des archéologues quant à l'intérêt de cette mission. Janek (Idris Elba, vu entre-autres dans "28 Semaines Plus Tard", "RocknRolla", "Thor" et "Ghost Rider : L'Esprit De Vengeance") est le capitaine du Prometheus. Il est supposé veiller à ce que la mission se déroule au mieux et à ce que ses hommes soient en sécurité même s'il est avant tout là pour faire son job et ne s'intéresse pas plus que ça à l'aspect scientifique du projet. Notons aussi la brève présence d'un Peter Weyland (Guy Pierce, vu récemment dans "Lock Out" et présent au casting du futur "Iron Man 3"), très âgé (puisque l'action de "Prometheus" se déroule en 2093, soit 70 ans après la fameuse conférence TED de ce personnage) mais dont le maquillage n'est pas très convaincant.

Le personnage le plus intéressant du film est peut-être l'androïde David (Michael Fassbender, impeccable dans le rôle de Magneto dans "X-Men : Le Commencement"). Totalement dévoué aux intérêts de Weyland Industries, il n'en est pas moins intrigant de par ses agissements parfois étranges et son manque d'obéissance aux autres membres d'équipage (Mme Vickers comprise). L'interprétation de Fassbender est en tout cas saisissante de froideur et de cynisme !


Si tous les personnages pris individuellement sont très justes, on peut en revanche s'étonner de leur manque de cohérence en tant que groupe en mission loin de chez eux. Pire, ils ne s'apprécient pas vraiment mais on oublie visiblement de nous expliquer pourquoi ! Encore pire, on apprend très rapidement que la majorité d'entre-eux n'était même pas au courant du but de leur expédition ! Il faut qu'on m'explique : est-ce crédible d'envoyer un groupe de civils en mission pour plusieurs années sans même qu'ils sachent pourquoi ? Si à la limite c'était des militaires, je veux bien ! Mais là ça ne tient pas franchement la route...

Et là on met le doigt sur le plus gros problème du film : la trame générale est assez correcte (bien que pas si originale que ça au final) mais elle est régulièrement entachée par des soucis de cohérence qui affectent gravement sa crédibilité ! L'indiscipline inexplicable qui règne dans le groupe sert surtout de prétexte pour enchaîner les scènes de catastrophe, comme les grosses ficelles et les facilités qui peuplent les scénarios de productions de SF de seconde zone ! Le manque de respect des règles sanitaires les plus élémentaires (comme par exemple l'étanchéité ou la quarantaine) ne peut échapper au spectateur, même si cela débouche sur une scène à l'impact visuel particulièrement traumatique. On était tout de même en droit d'attendre plus de réalisme de la part d'une production de cette ampleur ! Se contenter de prétextes aussi mal amenés et souvent ridicules (genre un cartographe qui se perd dans les galeries qu'il a lui-même répertorié) pour enchaîner les scènes fortes est tout simplement inacceptable de la part d'un film dont tous les autres éléments ont été conçus avec un grand soin ! Le pire, c'est que ces scènes traumatiques (toujours visuellement très réussies) ne semblent pas perturber les personnages puisqu'elles ne semblent pas avoir de conséquences réelles sur la suite des événements. C'est plutôt du genre : on oublie (vite) ce qui vient de se passer, d'ailleurs ça ne servait pas à grand-chose, et on continue (à faire n'importe-quoi) comme si de rien n'était en passant à autre chose sans la moindre transition ! Hallucinant !

Ce scénario faussement profond se contente en fait d'une succession de (nombreuses) fausses pistes inutiles et d'innombrables idées intéressantes mais qui ne débouchent sur rien de concret. On passe à autre-chose et on continue, c'est tout ! Du coup, après avoir vu le film, on repense à beaucoup de scènes qui ne servaient finalement à rien du tout (comme le dialogue tendu entre le capitaine Janek et Mme Vickers), si ce n'est de nous faire patienter avant la prochaine scène choc. Même le background de certains personnages était mieux expliqué dans les 3 vidéos virales que dans le film !

Cela s'explique (en partie) quand on s'intéresse au pedigree cinématographique des 2 scénaristes de "Prometheus" (Ridley Scott s'étant contenté de proposer l'idée de départ) : Jon Spaihts n'a écrit que le scénario de "The Darkest Hour" (2011) un film d'invasion extra-terrestre décevant, ennuyeux et incohérent, tandis que Damon Lindelof est co-auteur du scénario pas original pour un sou de "Cowboys & Envahisseurs" (2011) et qu'il a écrit de nombreux épisodes (dont la fin) de la série "Lost". Ah ouais quand-même... Il n'y avait personne d'autre de dispo ?

(Comme d'habitude, la performance physique de Noomi Rapace est impressionnante.)

Mais si on décortique les liens (que Ridley Scott tente de minimiser) avec "Alien" :

Dès les premières minutes du film, on réalise que le ton n'est pas du tout le même. Les premières scènes de "Alien" sont à la limite du documentaire et nous plongent dans le quotidien de l'équipage, ce qui nous permet d'apprendre à connaître les personnages et de ressentir une certaine empathie pour eux. Du coup on comprend mieux ce qui oppose certains d'entre-eux.
Mais dans "Prometheus", le style est bien plus hollywoodien et les tensions entre les protagonistes sont gratuites, juste parce-qu'elles ont été écrites comme ça. L'immersion n'est donc pas du tout la même...

Le côté "design" qui entoure les premières scènes de Mme Vickers est trop différent des autres éléments du film, et ça produit un effet SF très hollywoodien assez mal venu qui tranche trop nettement avec l'aspect ultra-réaliste (et un peu crade) qui se dégageait de "Alien".

OK, admettons, puisqu'au final ça n'est pas supposé être vraiment lié au film de 1979...

Mais alors pourquoi avoir introduit autant d'éléments qui renvoient directement à "Alien" ? Des décors, des plans de caméra (dans les couloirs du vaisseau), des situations, des notes de musique et même des scènes entières sont calqués sur "Alien" dans "Prometheus" ! Bien sûr il y a le Space Jockey et son vaisseau (et la planète ?), mais pas seulement. Tout est fait pour que certains plans nous fassent clairement penser à ce qui se passait dans "Alien" ! Au point que certaines de ces portions référentielles du film se déroulent quasiment de la même manière (mais pas toutes) !

Alors pourquoi ? Pour jouer avec le ressenti du fan/spectateur ? Peut-être... Par facilité commerciale scénaristique ? Ça c'est déjà plus crédible !

Mais alors, "Prometheus", c'est le prélude à "Alien", oui ou non ? Difficile à dire... De nombreux éléments laissent supposer que oui. Mais certains détails ne collent absolument pas, dont par exemple le fait que certaines choses vues dans "Alien" ne correspondent pas avec la finalité de ce qui se passe dans "Prometheus" (ainsi que des tas d'autres trucs impossibles à dévoiler sans spoiler gravement) ! De nombreux fans s'affrontent à ce sujet sur différents forums, mais personnellement, voici la question que je me pose : "Est-ce que ces incohérences sont volontaires (bien que difficilement justifiables) ou est-ce encore une démonstration flagrante du foutoir censé servir de scénario à ce film ?"

Difficile pourtant de croire que ces différences puissent être des erreurs des scénaristes ! Ou alors ils sont encore plus nuls que ce que je crois ! Je ne sais pas... J'imagine que chacun se fera son propre avis.


(Quoiqu'il en soit, cette bande-annonce reste un modèle du genre !)

Les attentes autour de "Prometheus" étaient forcément immenses, et les déceptions presque inéluctables. Mais cela ne justifie en rien ce scénario chaotique qui multiplie les facilités et qui plombe forcément le résultat final ! Heureusement, on ne s'ennuie pas pendant les 2 heures et 3 minutes du film grâce à des personnages forts (mais incohérents), une réalisation très lisible et parfois impressionnante (surtout dans les plans très larges), des scènes fortes que l'on aura du mal à oublier, des rebondissements (parfois très téléphonés) et une tension permanente plutôt réussie. Visuellement parlant, on a en tout cas affaire à une production nettement supérieure à ce qui se fait actuellement, et rien que pour ça le film mérite largement d'être vu !

Reste la question du lien avec "Alien" (qui au final handicape plus le métrage qu'autre-chose). "Prometheus" ne choisit pas son camp et cela n'a pas fini de diviser les fans. Peut-être que cela s'éclaircira avec une éventuelle suite déjà évoquée par Ridley Scott, mais ce dernier a également déclaré que si un second film voyait le jour, il s'éloignerait encore plus de l'univers de la célèbre saga.

On n'y comprend décidément rien...

PS : Je n'ai pas vu "Prometheus" en 3D. S'il est possible que certains plans d'ensemble y gagnent au niveau de l'impact visuel, il est néanmoins certains que les nombreuses scènes à faible luminosité y perdent largement en termes de lisibilité.

1 commentaire:

Noone a dit…

Bonjour,

La question reste posée. Mais au delà du scénario extrêmement décousu, c'est aussi l'attitude totalement irréaliste des personnages qui met en plus le film par terre (les acteurs ne sont pas aidés par le script et font ce qu'ils peuvent). L'absence de réponses aux questions posées achève de décrédibiliser le film, ponctué par des incohérences au mètre de pellicule (voir la critique à ce sujet d'un odieux connard à ce sujet) qui empêche de s'immerger dans le film. Je vous en donne une pour comprendre : avez vous déjà essayé de courir après juste une opération de d'appendicite ?! Regardez donc ce qu'accomplit l'héroïne du film. Et c'est qu'un parmi tant d'autre.

En outre, le film est hors sujet : ce qui interessait les fans, c'était l'origine de l'Alien pas celle de l'humanité. l'Alien est il une espèce naturelle ou une arme développée par les ingénieurs ?

Lindenlof, l'homme aux doigts de plomb a d'ailleurs expliqué qu'il ne ferait pas la suite. Il a du être submergé de lettres de remerciements de fans ultra contents. Forcément avec un tel résultat si brillant, on ne peut qu'être étonné. Le script de Johnn Spaight avait certaines faiblesses mais il apportait les réponses aux questions posées, là où au contraire la réécriture de Lindenlof l'a totalement destructuré et rendu ingérable.

Ridley Scott voulait concurrencer James Cameron (qui lui écrit des scénarios). On voit ou l'on est arrivé : nulle part.

En tout cas, bravo aux créateurs de la bande annonce qui ont réussi à vendre le truc (en copiant le style d'Alien).

On peut craindre pour Alien Co(n)venant qui sent le réchauffé d'alien. Originalité quand tu nous tiens.

Doit on rappeler aux studios que l'on doit respecter les canons de la saga de base tout en l'enrichissant ? Et pas écrire et raconter n'importe quoi ?

Les canons de base :
-gestation de l'Alien :17h minimum (cf Alien)
- le dereclict est la depuis des années voir des centaines (le space jockey est fossilisé).
- ce dernier savait que sa cargaison était dangereuse puisque son vaisseau émettait un message capté par le Nostromo décodé par maman comme une mise en garde (cf Alien)
- trouile que l'Alien arrivé sur terre. Une reine sur la planète terre et c'est l'hécatombe assurée.
- la weyland et les militaires qui veulent mettre la main sur cette dangereuse bestiole.
- l'android est un fourbe.

Pour conclure :
"Le QI aurait il été rabaissé à ce point depuis mon départ de la terre ?" Elen Ripley dans Aliens.