22 juillet 2012

La saga Batman au cinéma (part. 3) : l'ère Schumacher

(Cliquez ici pour lire la 2ème partie du dossier)

Les studios Warner sont persuadés que "Batman Returns" (1992) aurait pu rapporter nettement plus d'argent s'il n'avait pas été aussi sombre et dépressif. Ils font donc comprendre à Tim Burton (qui avait déjà de nombreuses idées concernant un ou deux films supplémentaires) que sa présence en tant que réalisateur n'est plus souhaitée. On lui propose toutefois le poste de producteur sur ce troisième film consacré à Batman.

Joel Schumacher ("Génération Perdue", "L'Expérience Interdite", "Chute Libre", "Le Client")  est engagé (par le studio et avec l'aval de Tim Burton) pour la réalisation. Celui-ci souhaite "rebooter" la saga et développer une adaptation sombre et réaliste du comic-book "Batman - Year One" (paru en 1987 et qui revient sur la toute première année de Bruce Wayne et James Gordon combattant le crime à Gotham City) mais l'idée est rejetée par la Warner qui préfère continuer sur les bases déjà établies dans les films de Burton. La volonté du studio est alors de proposer un nouveau film qui serait plus abordable, plus léger et surtout plus clair (visuellement parlant) que les deux précédents. En un mot : un film plus familial !

Michael Keaton est toujours censé incarner Bruce Wayne / Batman et le premier rôle féminin (le docteur Chase Meridian, une psychologue créée pour le film) est attribué à Rene Russo (la copine de Martin Riggs dans "L'Arme Fatale" 3 et 4, aperçue également dans "Thor"). Mais l'acteur vedette quitte le projet (et une rémunération très élevée de 15 millions de dollars, alors qu'il avait négocié un contrat à 10 millions pour "Batman Returns") car il n'apprécie pas la nouvelle direction prise par la saga...

"Batman Forever" (1995) :

(Cliquez sur les images de l'article pour les agrandir)

La première version du script est écrite par le couple Lee et Janet Scott Batchler. Leur version propose un Riddler (connu sous les noms Homme-Mystère ou Sphinx en France et apparu dans les comics en 1948) accompagné d'un rat comme grand méchant de l'histoire. Joel Schumacher, qui tient toujours à son idée d'évoquer les origines de Batman (ainsi que la psychologie troublée du personnage), demande à Akiva Goldsman (avec qui il a déjà travaillé sur "Le Client") de réécrire le scénario pour le rendre plus "pop".

Suite au départ de Michael Keaton, Joel Schumacher choisit Val Kilmer ("Top Gun", "Willow", "The Doors") pour le rôle-titre, après avoir été impressionné par sa prestation dans "Tombstone". L'acteur accepte le rôle par téléphone alors qu'il est en train de visiter une grotte de chauve-souris (à des fins de recherches pour un autre film) sans même connaître l'identité du réalisateur ou avoir lu le script. Daniel Day-Lewis, Ralph Fiennes, William Baldwin et Johnny Depp étaient également envisagés pour le rôle de Batman.
Rene Russo est alors jugée trop vieille (à l'écran) par rapport à Val Kilmer (les deux acteurs n'ayant pourtant que 4 ans de différence). Robin Wright ("Forrest Gump", "Incassable", "Millénium"), Jeanne Tripplehorn ("Basic Instinct", "La Firme", "Waterworld") et Linda Hamilton (Sarah Connor dans "Terminator" 1 & 2) sont envisagées pour la remplacer, mais c'est finalement Nicole Kidman ("Jours De Tonnerre", "Prête A Tout", "Eyes Wide Shut", "Moulin Rouge", "Les Autres", À La Croisée Des Mondes : La Boussole D'Or") qui obtient le rôle du docteur Chase Meridian.
Robin Williams (qui voulait déjà interpréter le Joker dans "Batman" en 1989) manifeste son intérêt pour incarner le Riddler dans ce qu'on appelle encore "Batman III". Mais c'est le jeune Jim Carrey (alors très en vogue à Hollywood grâce à "Ace Ventura", "The Mask" et "Dumb & Dumber") qui est choisi.

Après avoir été introduit dans "Batman" (puis écarté de "Batman Returns") le personnage d'Harvey Dent / Double-Face (apparu dans les comics en 1942) fait son retour dans "Batman Forever". L'acteur Billy Dee Williams (Lando Calrissian dans la saga "Star Wars") possède toujours le contrat qui le lie à ce rôle mais la Warner ne veut plus de lui et rachète son contrat à prix d'or (l'acteur le regrette encore car il aurait adoré jouer le personnage). Joel Schumacher veut engager Tommy Lee Jones ("JFK", "Le Fugitif", "Blown Away", "Tueurs Nés", la saga "Men In Black", "Captain America"), les deux hommes ayant déjà collaboré dans "Le Client",  mais celui-ci n'est pas très enthousiaste à l'idée d'un rôle aussi différent de ce qu'il a fait jusque-là. Il finit tout de même par accepter en apprenant que Double-Face est le personnage favori de son fils.
Marlon Wayans ("Requiem For A Dream", "Scary Movie" 1 & 2) possède quant à lui un contrat qui le lie au personnage de Dick Grayson / Robin (après avoir failli apparaitre dans le film "Batman Returns" pour lequel il avait fait des essais de costumes). Mais la Warner souhaite un autre acteur et finit par engager Chris O'Donnell (D'Artagnan dans "Les Trois Mousquetaires" en 1993) après avoir failli attribuer le rôle à Leonardo DiCaprio (Ewan McGregor et Jude Law étaient également envisagés). Selon certaines rumeurs, Christian Bale aurait également passé des auditions pour le rôle de Robin. L'acteur incarnera plus tard Bruce Wayne / Batman dans la trilogie de Christopher Nolan.

(Val Kilmer et Chris O'Donnell dans les costumes qu'ils portent à la fin de "Batman Forever")

Elizabeth Sanders, la femme de Bob Kane (co-créateur de Batman), obtient un petit rôle dans "Batman Forever". Elle interprète la journaliste "people" Gossip Gerty qui apparait dans quelques scènes (notamment lors des événements tragiques du cirque où elle est assise à côté de Bruce Wayne). Elle incarnera le même personnage dans "Batman & Robin" en 1997. Bob Kane lui-même est régulièrement présent sur le tournage de "Batman Forever".
L'actrice Drew Barrymore ("E.T. L'Etra-Terrestre", "Wayne's World 2", "Scream", "Charlie's Angels" 1 & 2) figure également au casting dans le (petit) rôle d'une des acolytes de Double-Face.

Joel Schumacher souhaite s'éloigner du design des deux précédents films et il engage Barbara Ling pour s'en occuper. Il veut une ville plus majestueuse, plus colorée et plus proche Tokyo (avec des néons). Ces changements s'appliqueront également à la Batmobile qui se voit totalement ré-imaginée.
Le tournage se déroule une nouvelle fois à Hollywood de septembre 1994 à début 1995, dans les studios Warner, et le budget total s'élève cette fois à 100 millions de dollars (soit 20 millions de plus que "Batman Returns"). John Dykstra (très connu pour ses travaux sur le premier "Star Wars" en 1977 et la série "Battlestar Galactica" de 1978, et ayant également travaillé sur les effets spéciaux de "Spider-Man" 1 & 2, ainsi que "Hancock" et "X-Men : Le Commencement") est chargé de superviser les nombreux effets numériques du film ("Batman Returns" contenait déjà quelques plans retouchés en numérique par Stan Winston pour l'armée des pingouins, mais le nombre d'images de synthèse est largement plus important dans "Batman Forever").
Elliot Goldenthal ("Alien 3", "Demolition Man") prend la suite de Danny Elfman en ce qui concerne la musique du film. Il compose un nouveau thème plus épique et plus varié que celui des deux premiers films. La bande-originale du film s'étale d'ailleurs sur deux CD (vendus séparément) : l'un ne comprend que les morceaux composés par Elliot Goldenthal tandis que l'autre regroupe des chansons "inspirées" par le film (dont la plupart n'y apparaissent même pas) et interprétées par divers groupes. On y trouve notamment les singles "Hold Me, Thrill Me, Kiss Me, Kill Me" de U2 et "Kiss From A Rose" de Seal (ce dernier ayant remporté un Grammy Award avec un clip réalisé par Joel Schumacher). Si le premier "Batman" de 1989 figurait parmi les précurseurs de ce type de marketing (avec un CD pour les musiques de Danny Elfman et un autre pour les chansons de Prince), "Batman Forever" fut l'un des premiers films à mettre autant l'accent sur ce type de support promotionnel (qui s'est largement démocratisé depuis).


(Notez que c'est la musique composée par Danny Elfman pour "Batman" en 1989 qui accompagne ce premier trailer)

"Batman Forever" sort sur les écrans américains le 16 juin 1995 et bat immédiatement le record du meilleur week-end de démarrage avec plus de 52 millions de dollars de recette (les recettes totales s'élèveront à plus de 336 millions de dollars, soit 70 millions de plus que "Batman Returns", mais 75 millions de moins que "Batman"). La campagne marketing qui accompagne le film est énorme, avec plus de 200 sponsors qui commercialisent des produits dérivés cette fois clairement destinés aux enfants.

Note : "Batman Forever" contient une référence assez marquée (en VO) à la fameuse série TV des années 60. Lorsque les héros arrivent sur l'île du Riddler à la fin du film, Robin déclare "Holy Rusted Metal, Batman !". Dans la série TV, Robin (alors interprété par Burt Ward) ponctuait régulièrement ses dialogues par "holy" suivi d'une association de mots souvent très tirée par les cheveux afin de montrer sa surprise (par exemple "Holy Sardine !" lorsque Batman se fait attaquer par un requin dans le film de 1966). Ici, devant l'incrédulité de Batman, Robin explique que l'île est faite de plaques de métal rouillé (rusted metal) pleines de trous (holey)...

Les critiques sont pourtant très mitigées. Certains louent le film pour sa richesse visuelle et ses nombreuses scènes d'action tandis que d'autres déplorent le manque de profondeur du scénario et les prestations caricaturales et sur-jouées de Jim Carrey et Tommy Lee Jones (ce qui n'est pas faux, ce dernier étant d'ailleurs bien plus proche d'un Joker exubérant que du Double-Face froid et calculateur des comics). On critiquera également le fait que Double-Face lance à plusieurs reprises sa pièce jusqu'à ce qu'il obtienne le résultat désiré dans une scène du film. Dans les comics, Double-Face se fie toujours au premier résultat de sa pièce !

Néanmoins, "Batman Forever" est très proche du ton des comics des années 40-50 avec ses super-vilains aux ambitions démesurées et extravagantes. Certains éléments du film sont même directement issus des BD : l'incident qui transforme Harvey Dent en Double-Face au tribunal par la faute de Boss Maroni, les énigmes régulières du Riddler et le fait que celui-ci ne puisse s'empêcher de les soumettre à Batman, l'accident qui cause la mort des parents de Dick Grayson (bien qu'il ne soit pas du fait de Double-Face dans les comics), le costume de Robin (celui de la fin du film est d'ailleurs très proche de celui de Tim Drake, le 3ème Robin des comics) et enfin l'asile d'Arkham (introduit dans les comics en 1974) que l'on voit pour la toute première fois sur grand écran ! Contrairement à ses ennemis hauts en couleurs, Bruce Wayne / Batman est ici toujours aussi sombre et sérieux que dans les films précédents et sa psychologie complexe est nettement plus mise en avant, notamment lorsqu'il cherche à se remémorer les raisons qui l'ont poussé à devenir Batman (c'est aussi l'explication de sa romance avec une psychologue). On remarque d'ailleurs que l'énigme du "livre rouge" du père de Bruce Wayne tourne court assez rapidement et que le sens du titre "Batman Forever" (trad : "Batman Pour Toujours") n'est jamais expliqué...

Car il faut savoir que plus de 30 minutes de scènes tournées ont été coupées du montage final de "Batman Forever". Ces coupures auraient été effectuées par la Warner (et donc contre l'avis de Joel Schumacher) afin que le film conserve un ton plus familial. On connait l'existence de certaines de ces scènes car elles apparaissaient dans les supports promotionnels de l'époque, et si certaines d'entre-elles figurent sur le DVD bonus de l'édition spéciale commercialisée en 2005, d'autres n'ont en revanche jamais été montrées. Les fans sont d'ailleurs toujours dans l'attente d'une version "director's cut" de "Batman Forever".

(La chauve-souris géante apparaissant face à Bruce Wayne dans l'une des scènes coupées de "Batman Forever")

Voici une description de certaines de ces scènes supprimées (ainsi que des liens pour les visionner, parfois dans des versions remontées et agrémentées de musique par des fans) :

- L'asile d'Arkham ne devait pas apparaitre qu'à la toute fin du film. Il figurait même dans la scène d'introduction et mettait en scène le docteur Burton (dont le nom et la coiffure sont des références à Tim Burton) qui visite la cellule d'Harvey Dent pour se rendre compte que celui-ci y a pendu l'un des gardes et a pris la fuite après avoir écrit "The Bat Must Die" (trad : "La Chauve-Souris Doit Mourir") sur un mur. Warner aurait supprimé cette scène à cause de son ambiance trop sombre et de la violence de l'inscription (que l'on voit pourtant au début du clip de U2). Cliquez ici pour voir la scène.

- Dick Grayson s'entraine au combat contre un élément où figure un portrait de Double-Face. Bruce Wayne apparait et l'invite à une virée nocturne en moto, mais le jeune homme refuse et lui répond qu'ils ne sont pas "potes". Wayne tente de le raisonner en lui disant qu'il comprend sa volonté de vengeance et il l'invite à reprendre des études qui seraient financées par la Fondation Wayne. Grayson estime n'avoir rien à apprendre de Bruce Wayne mais celui-ci décapite l'élément d'entrainement d'un seul coup de pied. Cliquez ici pour voir la scène.

- Cette scène est peut-être l'une des plus importantes car elle explique de l'origine du costume de Batman et conclut les souvenirs liés au livre rouge de Thomas Wayne. Après l'attaque du manoir Wayne (où Bruce Wayne est touché au visage par une balle tirée par Harvey Dent) et la destruction de la Batcave par le Riddler, Bruce est réveillé par Alfred mais il ne se souvient plus qu'il est Batman (et surtout pourquoi il est Batman, il a d'ailleurs choisi d'arrêter d'incarner le justicier un peu plus tôt dans le film). Alfred le conduit à une grotte (située sous la Batcave) où il va pouvoir affronter ce qui a fait de lui un justicier masqué déguisé en chauve-souris, afin de retrouver la mémoire. Bruce pénètre dans la grotte (qui est celle dans laquelle il était tombé lorsqu'il était enfant) et y retrouve le livre rouge de son père. Il lit les dernières lignes (écrites le jour de la mort de ses parents, juste avant qu'ils n'aillent au cinéma tous ensemble) où ces mots sont écrits : "Bruce insiste pour aller voir un film ce soir" puis "Martha et moi sommes décidés pour voir Zorro (c'est effectivement ce film qui est mentionné dans divers comics), donc le dessin-animé de Bruce devra attendre la semaine prochaine". Bruce Wayne est alors très ému et prend conscience de quelque-chose en déclarant à deux reprises : "Ce n'est pas ma faute !". Il aperçoit une gigantesque chauve-souris volant vers lui (comme lors de la scène vécue étant enfant avec une chauve-souris normale). L'animal se pose devant lui et luit fait face assez longuement. Lorsque il ressort de la grotte, Alfred s'adresse à lui en prononçant les mots : "Maitre Bruce...". Il lui répond alors : "Je suis Batman, Alfred... Je suis Batman !". Cliquez ici pour voir la scène.

- La scène finale de "Batman Forever" devait être assez similaire à celle de "Batman" et "Batman Returns". Après l'avoir quitté aux portes de l'asile d'Arkham, on devait y voir la dernière conquête en date de Bruce Wayne (donc ici Chase Meridian) conduite en limousine par Alfred. Celle-ci lui demande "Est-ce que ça s'arrêtera un jour, Alfred ?", ce à quoi il répond "Non docteur Meridian, pas dans cette vie..." (ce qui pourrait être l'explication du titre "Batman Forever"). La caméra s'élève ensuite sur les hauteurs de Gotham City, révélant finalement un ciel illuminé par le Bat-Signal. Batman se trouve face au signal, sur la corniche d'un gratte-ciel et il est rejoint par Robin. Les deux héros sautent ensuite dans le vide en faisant face à la caméra (cette dernière partie avait été dévoilée dans une publicité pour un jeu vidéo). Cliquez ici pour voir à quoi aurait pu ressembler la scène complète.

Malgré les nombreuses critiques, "Batman Forever" est un énorme succès commercial et la Warner ne compte pas laisser refroidir l'enthousiasme provoqué par le film. Une suite est donc rapidement planifiée pour une sortie en juin 1997 (soit 2 ans après, alors que tous les films étaient espacés de 3 ans depuis 1989) avec la même équipe technique. Mais ce court délai pose un gros problème au niveau du casting...

"Batman & Robin" (1997) :


La raison officielle du changement de casting pour le rôle de Batman est que Val Kilmer n'est pas disponible à cause du tournage de l'adaptation de la série TV "Le Saint" (ce film sera un échec critique et commercial lors de sa sortie en 1997), l'acteur affirmant par la suite son grand regret de n'avoir pas pu ré-endosser le costume du héros. Mais il semble que la véritable raison soit différente : Val Kilmer n'aurait pas souhaité reprendre le rôle à cause de la trop grande importance donnée aux ennemis de Batman dans ces films et il aurait donc préféré jouer dans "Le Saint". Joel Schumacher a régulièrement évoqué les difficultés rencontrées lors du tournage de "Batman Forever" à cause du comportement caractériel de l'acteur, déclarant également que celui-ci avait "d'une certaine manière" démissionné ou qu'il avait été "d'une certaine façon" viré, selon le point de vue adopté...

Pour remplacer Kilmer, le studio choisit une star montante de la télévision. George Clooney est en effet très célèbre pour son rôle dans la série TV "Urgences" et "Batman & Robin" pourrait être un excellent tremplin pour sa carrière cinématographique (bien qu'il soit apparu dans "Une Nuit En Enfer" en 1996). Le choix semble logique car l'acteur est le premier au cinéma à ressembler au Bruce Wayne des comics : des cheveux sombres et une mâchoire carrée.
Chris O'Donnell rempile logiquement dans le rôle de Dick Grayson / Robin. Dans "Batman & Robin", celui-ci arbore d'ailleurs un costume beaucoup plus proche de celui de Nightwing (le nouveau héros solo incarné par Dick Grayson dans les comics en 1984, après qu'il ait abandonné le rôle de Robin auprès de Batman). Une scène de "Batman Forever" évoquait déjà Nightwing (dans la VO) lorsque Dick Grayson se cherchait un nom pour aider Batman.
Après avoir envisagé Patrick Stewart (Jean-Luc Picard dans "Star Trek - Next Generation", le professeur Xavier dans la trilogie originale "X-Men") avec le soutien des fans, c'est finalement Arnold Schwarzenegger qui est engagé pour le rôle de Victor Fries / Mr. Freeze (apparu dans les comics en 1959) avec un salaire très élevé de 26 millions de dollars.

Note : le plan de Mr. Freeze consistant à geler Gotham City avait au départ été prévu pour le Pingouin dans "Batman Returns" avant d'être abandonné...

Uma Thurman ("Pulp Fiction", "Kill Bill") obtient le rôle de Pamela Isley / Poison Ivy (apparue dans les comics en 1966) à la défaveur de Julia Roberts, Sharon Stone ou Demi Moore.
La jeune débutante Alicia Silverstone est immédiatement choisie pour incarner Barbara Wilson / Batgirl (apparue dans les comics sous l'identité de Barbara Gordon en 1967 suite à une demande des producteurs de la série TV des années 60, ce personnage existant déjà dans les comics depuis 1961 avec une autre identité). Les fans se plaindront d'ailleurs de ce changement car Barbara / Batgirl est normalement la nièce (puis la fille) du commissaire Gordon dans les comics, alors que dans "Batman & Robin" elle est la nièce d'Alfred Pennyworth (toujours interprété par Michael Gough).
Un nouveau méchant très populaire et apparu dans les comics en 1993 est également inclus dans "Batman & Robin". Il s'agit de Bane qui tire sa force extraordinaire du "Venom" injecté directement dans son cerveau par le biais de son masque. Si le personnage de la BD possède une grande intelligence stratégique (mettant fin à la carrière de Batman dans l'arc narratif "Knightfall" paru entre 1993 et 1994), son incarnation dans le film (où il est interprété par le catcheur Robert Swenson) se résume à un simple garde du corps décérébré (au grand désespoir des fans).

(Uma Thurman et Robert Swenson lors de la promotion de "Batman & Robin")

La production de "Batman & Robin" commence immédiatement après la sortie en salles de "Batman Forever". Le tournage se déroule dans les mêmes studios de septembre 1996 à janvier 1997. Joel Schumacher est toujours à la réalisation (Tim Burton n'est en revanche plus producteur) et il reconduit Barbara Ling pour le design (avec notamment une nouvelle Batmobile), John Dykstra pour les effets spéciaux et Elliot Goldenthal pour la musique (ce dernier proposera d'ailleurs une partition très proche de celle du film précédent). Le score composé par Elliot Goldenthal ne sera jamais commercialisé tandis que le CD contenant des chansons "inspirées" par le film sera certifié disque de platine aux USA. Ce CD contenait les singles "The End Is The Beginning Is The End" des Smashing Pumpkins (une version alternative de ce morceau figurera dans l'un des trailers de "Watchmen" de Zack Snyder en 2009) et "Gotham City" de R. Kelly.

Joel Schumacher (appuyé par la Warner) souhaite se rapprocher du ton de la série TV des années 60 avec de nombreux gags et bat-gadgets (alors que les premiers films de Tim Burton voulaient s'en éloigner). Le scénario écrit une nouvelle fois par Akiva Goldsman développe également une mésentente entre Batman et Robin, à cause du caractère impétueux de ce dernier (un peu comme dans les comics "A Death In The Family" parus en 1988 où le second Robin, Jason Todd, trouve la mort suite à un vote des fans qui n'appréciaient pas le personnage). Ils s'affrontent pour obtenir les faveurs de Poison Ivy qui les manipule en émettant des phéromones, la romance de Bruce Wayne avec Julie Madison (la premier intérêt amoureux de Batman dans les comics en 1939) passant ici totalement au second plan (le mannequin Elle Macpherson qui interprète ce personnage n'apparaît que dans une poignée de scènes).

Le budget de "Batman & Robin" s'élève à 125 millions de dollars (soit 25 millions de plus que "Batman Forever") et le film est accompagné de très nombreux produits dérivés (essentiellement des jouets pour enfants). Le costume lumineux porté par Arnold Schwarzenegger pèse 34 kilos et il faut 6 heures (maquillage compris) pour le monter sur l'acteur. Le costume de Batman est en revanche le plus léger de la série car il ne pèse guère plus de 6,5 kilos.


(Ce sont une nouvelle fois des musiques de Danny Elfman qui accompagnent le premier trailer)

"Batman & Robin" est déjà mal perçu avant sa sortie le 20 juin 1997. Les fans apprécient moyennement le ton désinvolte adopté par George Clooney lorsqu'il déclare "Hi Freeze. I'm Batman !" dans le premier trailer, ni même la tonalité générale du film qui semble trop légère. Les premières critiques publiées sur internet (un phénomène tout récent à l'époque) sont unanimement négatives et les fans sont globalement déçus du film qu'ils considèrent "hors-sujet". Après un bon démarrage le premier week-end, les chiffres s'effondrent rapidement aux Etats-Unis. Le film sera mieux accueilli à l'international et il rapportera tout de même plus de 238 millions de dollars de recette, rentrant ainsi largement dans ses frais mais réalisant le plus petit score de la saga initiée par Tim Burton en 1989.

Parmi les critiques les plus courantes, on trouve notamment la bêtise du scénario (par exemple : Bruce Wayne ignore l'existence de Barbara alors qu'elle explique que son oncle Alfred s'est occupé d'elle depuis qu'elle est toute petite), la stupidité des dialogues, le côté visuel trop tape-à-l'œil assimilé à une gigantesque pub pour jouets (ce qui n'est pas faux, puisque les fabricants de jouets sont impliqués dans la création de tous les véhicules, costumes et gadgets apparaissant dans le film), ainsi que les prestations globalement décevantes et trop théâtrales des acteurs (dont George Clooney qui y manque cruellement de charisme et de profondeur). Si les origines de Poison Ivy (transformée à cause du Pr. Woodrue, comme dans un comic-book de 1988) et Mr. Freeze (un scientifique en cryogénie forcé de maintenir la température de son corps en dessous de 0° suite à un accident et qui cherche à guérir sa femme congelée, comme on a pu le voir lorsque le personnage a été réinventé dans le dessin-animé "Batman : The Animated Series" des années 90)  sont assez bien respectées, les fans ne reconnaissent en revanche pas le caractère des personnages dans les interprétations surjouées de Uma Thurman et Arnold Schwarzenegger.
Poison Ivy est en effet supposée être écologiste féministe incarnant la beauté et la simplicité de la nature, et non un personnage maniéré au maquillage outrancier.
Difficile également d'oublier l'acteur Arnold Schwarzenegger, même sous l'armure de Mr. Freeze, tant ses dialogues sont systématiquement ponctués de "catchphrases" typiques de l'acteur (qu'il a lui-même parodiées dans "Last Action Hero" en 1993) et tournant autour d'innombrables jeux de mots sur la glace (pourtant très drôles, surtout en VO).

Joel Schumacher est accusé d'avoir inclus trop de connotations homosexuelles dans ce film (le réalisateur étant ouvertement gay), notamment par le biais des costumes des héros qui comportent des tétons et des coquilles proéminentes à l'entre-jambes (ces éléments avaient déjà été relevés dans "Batman Forever" mais les critiques sont bien plus virulentes pour "Batman & Robin"), sans parler des gros plans sur les fessiers. Schumacher expliquera avoir voulu inclure ces tétons uniquement en référence aux statues de la Grèce Antique dont il s'est inspiré pour les costumes.

Note : Zack Snyder inclura une référence volontaire à ces tétons controversés sur le costume d'Ozymandias (lui-même inspiré de mythologie antique) dans son adaptation du comic-book "Watchmen" en 2009.

Joel Schumacher tente ensuite d'expliquer l'échec artistique de "Batman & Robin" en accusant la pression des studios qui voulaient produire ce film le plus vite possible. Il évoque également la trop grande implication des fabricants de jouets et finit par s'excuser auprès des fans dans une interview présente sur le DVD bonus de l'édition spéciale commercialisée en 2005 :



Trad : "Si parmi les gens qui regardent ça, qui ont aimé "Batman Forever" et qui attendaient beaucoup de "Batman & Robin", si j'ai pu les décevoir d'une quelconque manière... alors je veux vraiment m'excuser car ce n'était pas mon intention. Mon intention était juste de les divertir."

George Clooney exprime également ses regrets pour son interprétation de Batman et jure de ne plus jamais interpréter le héros. Pourtant, avant la sortie de "Batman & Robin", la Warner était tellement impressionnée par le travail de Joel Schumacher et si confiante dans son succès qu'un troisième film était déjà en projet...


"Batman Triumphant" (dont le titre est certainement inspiré de celui du second chapitre de la BD "The Dark Knight Returns" de Frank Miller) était planifié pour une sortie à la mi-1999 (soit une nouvelle fois avec une pause de seulement 2 ans pour le public). Joel Schumacher devait le réaliser tandis que George Clooney, Chris O'Donnell et Alicia Silverstone devaient reprendre les rôles de Batman, Robin et Batgirl.

Mark Protosevich a été engagé pour écrire le script. L'Épouvantail (qui devait être interprété par Jeff Goldblum, vu dans "La Mouche" 1 et 2, "Jurassic Park" 1 et 2) était le grand méchant de cette histoire et il provoquait le retour du Joker (un rôle qui aurait apparemment été repris par Jack Nicholson) en tant qu'hallucination dans l'esprit de Batman. L'autre méchant aurait été Harley Quinn (un personnage créé pour la série animée des années 90) cherchant à venger la mort du Joker. Mais Harley Quinn était ici présentée comme la fille du Joker...

(Une vue d'artiste de ce qu'aurait pu être la jaquette DVD de "Batman Triumphant")

Malgré le succès financier assez correct de "Batman & Robin", la Warner décide d'annuler le projet "Batman Triumphant" à cause des trop nombreuses critiques négatives et des remous provoqués par la réalisation de Joel Schumacher. Ce dernier, qui ne souhaite pas non-plus continuer sur la lancée des 4 premiers films, revient tout de même à la charge en 1998 avec un nouveau projet d'adaptation de la BD "Batman - Year One", comme au tout début de son implication dans les adaptations de Batman sur grand écran. Mais les studios Warner rejettent l'idée et ce sera le début d'une longue série de projets non-aboutis qui ne prendra fin qu'avec le "Batman Begins" de Christopher Nolan en 2005, et dont l'histoire est très proche de "Batman - Year One"...

Note : Bob Kane, le co-créateur de Batman est décédé en 1998. Michael Gough, l'inoubliable interprète d'Alfred, est décédé en 2011.

A suivre...

(Cliquez ici pour lire la quatrième partie du dossier)

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