8 août 2013

Critiques ciné express : Le Congrès, R.I.P.D., American Nightmare, Insaisissables

Bon, c'est les vacances alors voici quelques critiques ciné en vrac. Cliquez sur les titres des films pour voir leur bande-annonce :

"Le Congrès" de Ari Folman

Après s'être fait remarquer en 2008 avec son film d'animation "Valse Avec Bachir", Ari Folman revient avec un nouveau produit hybride puisqu'il s'agit d'un film à moitié en prises de vues réelles, et à moitié en film d'animation (à l'ancienne). L'histoire est celle de l'actrice Robin Wright ("Princess Bride", "Forrest Gump", "Incassable", "La Légende De Béowulf", "Millénium") y joue son propre rôle, même si de nombreux éléments de sa vie ont été inventés pour cette histoire. Dans un futur proche, l'industrie du cinéma a changé et les acteurs se font désormais numériser afin que les studios puissent les faire apparaitre dans n'importe-quel film, avec toutes les nuances de leur jeu, sans que ceux-ci puissent intervenir d'une quelconque manière. La première moitié de ce long-métrage aborde cette problématique, avec une Robin Wright parfois bouleversante qui se fait régulièrement bousculer afin qu'elle se décide enfin à se faire scanner tout en renoncant à tout contrôle sur sa future carrière virtuelle. L'image est superbe, l'émotion est palpable, mais le rythme est assez peu soutenu et il est parfois déroutant de voir Harvey Keitel qui joue un personnage de fiction (alors qu'on connait bien son visage) face à une Robin Wright qui joue son propre rôle.

La seconde partie du film part du côté de l'animation, et aussi bizarre que cela puisse paraître, cela n'a rien à voir avec le fait que l'actrice se soit fait numériser (ou non). Il est d'ailleurs dommage que cela ne soit pas plus clairement expliqué car cela n'aide pas à appréhender cette deuxième moitié parfois très psychédélique, où les narrations s'entrecroisent et où les événements s'enchainent sans qu'on n'y comprenne parfois quoi que ce soit. Mais visuellement, on passe par diverses ambiances très différentes et toutes très réussies, avec un hommage poignant aux films d'animation à l'ancienne (en l'occurrence les studios Fleischer qui avaient créé Betty Boop dans les années 1920). Tout s'éclaircit heureusement vers la fin mais encore une fois, le grand manque de rythme de l'ensemble risque de décourager plus d'un spectateur car le public risque de s'ennuyer ferme devant ce qu'il serait tentant de considérer comme un spectacle psychédélique incompréhensible. Mais malgré ce manque de rythme et le manque de lien entre les enjeux des deux parties du film, je dois avouer avoir apprécié l'expérience qui a au moins le mérite de proposer quelque-chose de totalement inédit pendant deux heures. Je le conseillerais donc uniquement aux amateurs d'expériences cinématographiques évoluant hors des sentiers battus...

"R.I.P.D. - Brigade Fantôme" de Robert Schwentke

Adapté du comic-book du même nom paru chez Dark Horse, "R.I.P.D." (qui signifie Rest In Peace Department) nous conte l'histoire de deux flics chargés de mettre de l'ordre chez les morts (surnommés les crevures) qui essaieraient d'échapper à leur montée au ciel. Évidemment, les deux coéquipiers n'ont pas du tout envie de bosser ensemble, évidemment ils vont découvrir un complot qui menace l'humanité toute entière, évidemment tout ça aura un rapport avec la mort tragique d'un des protagonistes, évidemment les gags seront légion, et évidemment tout ça rappelle beaucoup trop les "Men In Black" ! Les gags sont débiles et éculés, l'histoire est tout à fait inintéressante, mais surtout ce qui ne fonctionne absolument pas c'est l'alchimie entre les deux personnages principaux. Ryan Reynolds (abonné aux adaptations ratées de comics après "Blade : Trinity", "X-Men Origins - Wolverine" et "Green Lantern") campe le personnage de Nick, un flic souvent trop sérieux, sans le moindre second degré, et au final assez peu intéressant. Jeff Bridges ("Tron", "The Big Lebowski", "Iron Man", "Tron : l'Héritage", "True Grit") joue quant à lui le rôle de Roy, un Marshal tout droit venu du far-west qui a le mérite de déclamer les rares dialogues amusants du film.

À part ça, rien ne va ! Les effets spéciaux sont parfois (en fait, assez rarement) très réussis, comme lorsqu'un personnage meurt et que tout est figé autour de lui alors qu'il continue à se déplacer dans les décors, de jolis plans qui ne sont pas sans rappeler les images révolutionnaires de "Matrix" en 1999. Mais pour le reste, les effets spéciaux sont très laids et très visibles, avec une mention toute particulière aux "crevures" souvent bien mal intégrées dans les plans. La réalisation essaie d'être dynamique et enjouée, mais se contente souvent de ce qui est ultra-classique dans ce type de film. De plus, le montage et l'écriture de l'ensemble sont spécialement ratés puisque dès qu'une scène se termine, on passe à la suivante sans la moindre forme de transition. Signalons également le méchant interprété par un Kevin Bacon ("Footlose", "Tremors", "Apollo 13", "Sleepers", "Hollow Man", "X-Men : Le Commencement") peu inspiré face à son personnage aussi mal écrit que tous les autres. Bref, un ratage total, à éviter absolument ! Le réalisateur (allemand) de "Flightplan" et "Red" rate donc complètement sa chance de mettre un scène un blockbuster fun et surtout rentable (130 millions de budget pour cette daube qui ne rentrera pas dans ses frais).

"American Nightmare" de James DeMonaco

Le phénomène "The Purge" arrive enfin en France sous un titre totalement différent, histoire de bien perdre en route ceux qui auraient entendu parler de ce film réalisé pour un budget ridiculement bas de 3 millions de dollars et dont les recettes atteignent déjà près de 80 millions dans le monde, avant sa sortie française. Ce qui a aidé le film à se faire connaitre, c'est son concept pour le moins original. En effet, aux Etats-Unis en 2022, tous les crimes sont permis une fois par an pendant 12 heures afin d'assurer la tranquillité et la prospérité du pays (où la crise n'est plus qu'un lointain souvenir) le reste de l'année. Bien entendu, cette nuit de "la purge" (qui donne son titre original au film, alors que le titre français semble renvoyer à un jeu de mots sur "le rêve américain") soulève énormément de questions d'éthique que le long-métrage n'hésite pas à nous balancer régulièrement à la figure. Mais "American Nightmare" reste avant tout un film de type "home invasion", soit un genre rarement original et souvent très violent. Et celui-ci ne déroge pas à la règle puisque les scènes sanglantes y sont légion. Le comportement de certains personnages est parfois incompréhensible ou injustifiable, mais n'est-ce pas le cas de nombreux protagonistes dans les films de ce genre ?

"American Nightmare" n'est peut-être pas révolutionnaire, mais il a au moins le mérite de renouveler ses enjeux 2 ou 3 fois en cours de route, et rien que ça c'est déjà très peu courant ! Les amateurs de violence pure seront peut-être déçus car on a déjà pu voir des films qui allaient beaucoup plus loin dans ce sens comme "The Strangers" ou "Mother's Day". Mais le gros point fort de "American Nightmare" c'est cette histoire de "purge" et toutes les conséquences qu'elle peut avoir, notamment sur des jeunes gens qui  y prennent beaucoup de plaisir et qui ne sont pas sans rappeler les adolescents flippants de "Funny Games". En tout cas le film a le mérite d'explorer différentes facettes de son concept et de ses conséquences, dans un enrobage très correct pour son petit budget, avec une réalisation de bonne facture et deux bons acteurs (Ethan Hawke et Lena Headey) à sa tête. Ça fait quand-même pas mal de bons points pour une réalisation qui a coûté aussi peu cher et qui a été écrite par son réalisateur. L'effort mérite d'être souligné et soutenu !

"Insaisissables" de Louis Leterrier

Après avoir réalisé "Le Transporteur", "Danny The Dog", "Le Transporteur 2", "L'Incroyable Hulk" (celui avec Edward Norton) et le remake de "Le Choc Des Titans", le français Louis Leterrier réunit un casting assez impressionnant (même si principalement composé d'habitués des seconds rôles dans de très grosses productions) pour un film de cambriolage de haute volée qui se veut l'égal d'un "Ocean's Eleven" avec de la magie en plus. Pour être franc, dès les bande-annonces, j'étais surpris (et agacé) par les tours de magie remplis d'images de synthèse et auxquels il est impossible de croire une seule seconde (un comble au cinéma si on y réfléchit un instant) ! Et c'est malheureusement exactement pareil dans le film ! Comment peut-on croire à ces magiciens et à leurs braquages rocambolesques si on ne croit même pas à leurs tours les plus basiques (mention spéciale à l'hypnose, particulièrement abusée), alors que le film est censé confronter la réalité de l'enquête avec ces éléments fantastiques mais supposés être uniquement du show-business ? Rien qu'à cause de ça, impossible de rentrer dans cette histoire, mais ce n'est malheureusement pas le seul problème du film.

La réalisation de Louis Leterrier s'avère assez efficace lors des scènes d'actions, mais pourquoi avoir mis autant de plans tournoyants dans ce film, surtout lors des tours de magie ? C'est bien la première fois qu'un film arrive à me donner le tournis et que je suis tenté de fermer les yeux pour éviter de me sentir vraiment mal, et c'est loin d'être une expérience appréciable au cinéma. Si on y réfléchit un instant, les personnages n'ont pas la moindre profondeur et ils fonctionnent uniquement grâce à leurs caractères très différents (presque stéréotypés) et le rythme de film qui ne s'arrête jamais (pour justement nous éviter de trop réfléchir). On ne sait absolument rien des "4 Cavaliers" qui commettent les braquages, si ce n'est que Jesse Eisenberg nous ressert exactement la même prestation que lorsqu'il interprétait Mark Zuckerberg dans "The Social Network", sauf qu'ici il est juste totalement détestable de bout en bout et qu'il est impossible de s'attacher à lui (alors que le film de David Fincher réussissait ce tour de force). Heureusement que le personnage de Woody Harrelson ("Tueurs Nés", "Larry Flint", "Zombieland") le chahute de temps en temps et qu'il possède des répliques très drôles, car on rigole bien dans "Insaisissables", il faut l'avouer ! On retiendra aussi la très très jolie Isla Fisher et les prestations toujours très classes de Michael Caine et Morgan Freeman. Du côté des enquêteurs, Mark Ruffalo ("Zodiac", "Shutter Island", "Avengers") nous livre son interprétation habituelle du personnage sympathique mais un peu largué, tandis que la française Mélanie Laurent interprète une employée d'Interpol très peu crédible et en décalage total avec leu jeu de tous les acteurs américains qui l'entourent.

Mais le pire là-dedans, c'est bien évidemment le scénario qui se croit très malin et est persuadé de mener le spectateur en bateau alors que des ficelles vraiment énormes révèleront très tôt la vérité à ceux qui n'auraient pas débranché leur cerveau pendant la séance. Les retournements et les révélations s'avèrent alors plus lamentables qu'autre-chose, et le tout n'est au final qu'une gigantesque esbroufe visuelle (censée renvoyer au monde de la magie) qui ne sert qu'à cacher une pauvreté scénaristique vraiment navrante ! Ça se croit très intelligent, et c'est principalement pour cette raison que ce film m'a exaspéré car il n'arrive bien sûr pas à la cheville de petits bijoux comme "Ocean's Eleven" et un autre de mes films cultes que je ne peux pas nommer sous peine de révéler l'intrigue de "Insaisissables". Il serait toutefois malhonnête de nier qu'il s'agit d'un bon divertissement qui plaira au plus grand nombre, mais les divertissements qui prennent les spectateurs pour des cons, ça n'est pas ma tasse de thé...

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