6 juillet 2012

Critique ciné : The Amazing Spider-Man

Il aura fallu très longtemps pour que Spider-Man, l'un des personnages de comics les plus connus au monde, soit adapté au cinéma. Créé en 1962 par Stan Lee et Steve Ditko, le tisseur a pourtant fait ses débuts au cinéma entre 1977 et 1979 via trois films qui n'étaient en fait que des épisodes remontés de la série TV américaine produite à cette époque (visuellement ridicule aujourd'hui mais plutôt correcte selon les standards de la fin des années 70, cliquez ici pour voir le trailer de l'épisode ayant servi de base au second film). Deux de ces "films" avaient d'ailleurs été distribués en France sous les titres "L'Homme-Araignée" (1977) et "La Risposte De L'Homme-Araignée" (1978).

Mais après ça, et surtout après l'échec cuisant de "Superman III" en 1983, les films de super-héros n'étaient plus une priorité à Hollywood. Pourtant, différents projets successifs de films consacrés à Spider-Man étaient en préparation dans les années 80. Certains s'éloignaient énormément du concept d'origine (avec par exemple une version mutant radioactif à 8 bras) et d'autres ont bien failli arriver à terme (le jeune Tom Cruise, alors âgé d'environ 25 ans, a été envisagé pendant un temps pour le rôle de Peter Parker). Ces projets n'aboutissant à rien (souvent pour des raisons budgétaires), les droits de l'adaptation passent de studio en studio avant d'atterrir dans les mains de James Cameron ("Terminator", "Aliens", "Abyss", "Terminator 2", "True Lies") au début des années 90.

Celui-ci rédige plusieurs scripts complets en songeant régulièrement à Arnold Schwarzenegger pour le rôle du Dr. Octopus. Mais d'innombrables (et extrêmement complexes) problèmes légaux et contractuels entre les différentes compagnies et personnes impliquées empêchent une nouvelle fois le projet de James Cameron d'aboutir.

En 1999, Marvel (qui sort d'énormes difficultés financières survenues 2 ans auparavant) finit par vendre les droits aux studios Columbia (qui appartiennent à Sony) tandis que les studios MGM déclarent eux-aussi posséder les droits d'une telle adaptation (suite à divers rachats de studios et de contrats effectués en 1995). Les deux studios concurrents qui possèdent légalement les droits annoncent alors leur intention de développer un film basé sur l'homme-araignée, tout en espérant secrètement que l'autre finira par abandonner son projet car ils savent très bien que 2 films basés sur la même franchise et sortant quasi-simultanément n'ont aucune chance d'être de gros succès au box-office. Courant 1999, un accord financier est finalement trouvé entre les 2 compagnies : Columbia accepte d'abandonner son projet de développer une série parallèle de films sur James Bond (ce qui aurait été légalement possible via d'autres étranges rachats de contrats) tandis que la MGM garde l'exclusivité de l'agent 007 mais délaisse ses projets concernant Spidey...

Ouf ! En 2000, Columbia démarre enfin la production du premier "vrai" film consacré à Spider-Man en se basant en partie sur les travaux effectués dans le passé par James Cameron. Après avoir écarté Cameron de la réalisation du film, le studio envisage de faire appel à Roland Emmerich ("Universal Soldier", "Stargate", "Independence Day", "Godzilla"), Tim Burton ("Batman", "Batman, Le Défi", "Mars Attacks !"), Chris Colombus ("Maman, J'ai Raté L'Avion" I et II, "L'Homme Bicentenaire") ou David Fincher ("Alien 3", "Fight Club", "The Game", "Zodiac", "The Social Network", "Millénium") avant de porter son choix final sur Sam Raimi ("Evil Dead" I, II et III, "Darkman").

Le "Spider-Man" de Sam Raimi sort en 2002 et connait un énorme succès, aussi bien critique que commercial (+ de 820 millions de dollars de recettes en tout), devenant quasi-instantanément une nouvelle référence cinématographique en terme d'adaptation de comics (aux côtés du "Superman" de 1978 et du "Batman" de 1989) et ouvrant la voie à un nouveau filon commercial pour Hollywood deux ans après une première adaptation des "X-Men" également très réussie. Seule ombre au tableau : les fans "hardcore" acceptent mal le fait que les toiles générées par Spider-Man soient d'origine organique et non-pas créées par des web-shooters portés aux poignets par le héros, comme on peut le voir dans les comics. Cette idée trouve son origine dans les scripts de James Cameron et a été conservée par le réalisateur qui pensait que des web-shooters fabriqués de toutes pièces par un jeune étudiant seraient assez peu crédible...

Sam Raimi confirme son talent à la tête de la saga avec l'excellent "Spider-Man 2" en 2004 (+ de 780 millions de dollars de recette) mais déçoit avec "Spider-Man 3" en 2007, notamment à cause d'incohérences, de lourdeurs et de personnages mal exploités (Gwen Stacy, L'Homme-Sable et surtout Venom), malgré le plus gros succès de la trilogie au box-office (+ de 890 millions de dollars de recette et désormais le second meilleur score de l'histoire des adaptations Marvel derrière "Avengers"). Le réalisateur et les 2 principaux acteurs (Tobey Maguire et Kirsten Dunst) restent toutefois attachés à "Spider-Man 4" qui doit sortir durant l'été 2011 en se concentrant cette fois (entre-autres) sur le Lézard, un méchant déjà présent dans la saga via son alter-égo, le docteur manchot Curt Connors (mentionné dans le 1er film et visible dans les 2 suites sous les traits de l'acteur Dylan Baker).

Mais le studio et le réalisateur n'arrivent pas à se mettre d'accord sur l'orientation du scénario et Sam Raimi finit par quitter le projet. Plutôt que de simplement embaucher un autre réalisateur, Columbia et Marvel annoncent début 2011 que "Spider-Man 4" est annulé et que la franchise va repartir à zéro (c'est ce qu'on appelle un reboot) via un nouveau réalisateur, un casting rajeuni (à priori surtout moins gourmand en termes de rémunération) et un film tourné en 3D.

Le réalisateur Marc Webb ("(500) Jours Ensemble") est rapidement nommé à la tête du projet tandis qu'Andrew Garfield ("L'Imaginarium Du Docteur Parnassus", "The Social Network") et Emma Stone ("Supergrave", "The Rocker", "Zombieland") sont annoncés comme les nouveaux interprètes du héros Peter Parker et de la blonde au serre-tête noir Gwen Stacy, la belle rousse Mary-Jane Watson (l'autre grand amour de Peter Parker) ayant finalement été écartée du projet. Des acteurs célèbres comme Martin Sheen ("Apocalyspe Now", "Wall Street", "Spawn") et Sally Field ("Mrs. Doubtfire", "Forrest Gump") endossent cette fois les rôles de l'Oncle Ben et de la Tante May, et on finit par apprendre que le grand méchant sera bien le Lézard, interprété cette fois par le gallois Rhys Ifans ("Coup De Foudre A Notting Hill", "Hannibal Lecter, Les Origines Du Mal", "Elizabeth, L'Âge D'Or", "Mr. Nice", "Anonymous").

Le célèbre super-héros aura donc une fois de plus eu beaucoup de mal à trouver le chemin des salles obscures ! Mais est-ce que la nouvelle équipe créatrice, le nouveau casting, la 3D et la présence des fameux web-shooters convaincront les fans de la nécessité du reboot de la série seulement 10 ans après ses véritables débuts (très réussis) sur grand écran ? Ce nouveau film intitulé "The Amazing Spider-Man" (le nom officiellement adopté par la principale publication consacrée au personage dès 1963) est en tout cas attendu au tournant avec sa nouvelle orientation à priori plus sombre et surtout visiblement plus juvénile...


L'histoire : abandonné par ses parents à l'âge de 4 ans et désormais sous la garde de son Oncle Ben et de sa Tante May, Peter Parker est un adolescent réservé et passionné de photographie. Afin d'en apprendre plus sur les recherches effectuées autrefois par son père, il s'introduit dans les laboratoires Oscorp où de nombreuses expériences sont réalisées dans le domaine de la génétique...

On comprend dès les premiers instants que la priorité n'est pas de rusher l'histoire en se précipitant vers le fameux incident qui va changer la vie de Peter Parker à tout jamais. Non, l'accent est tout d'abord mis sur l'histoire des parents de Peter, et sur les mystères qui y sont rattachés. Des mystères que le jeune homme veut absolument résoudre...
Mais si l'intention de vouloir explorer une nouvelle approche du personnage de Peter Parker est louable, on déplore en revanche le fait que cela ne serve finalement pas à grand-chose ! Car mis à part le départ précipité des parents, on ne sait pas ce que leur disparition a de mystérieux. Pire : ce qui semblait être l'axe majeur du scénario de ce film passe complètement au second plan une fois que la première demi-heure est atteinte !!! Pourquoi alors avoir axé la campagne de communication du film autour des parents de Peter Parker ? Pour faire croire que le film serait plus sombre ? L'ensemble est effectivement assez sombre, mais c'est plutôt dû au grand nombre de scènes qui se déroulent de nuit ! Car à part ça, le scénario est plutôt classique : un ado mal dans sa peau qui se découvre des pouvoirs et de nouvelles possibilités (la fameuse métaphore sur la transition de l'adolescence), la jolie jeune fille dont il est amoureux, le scientifique brillant dépassé par ses recherches qui se transforme en savant fou, la difficulté d'être accepté lorsqu'on est différent et qu'on n'appartient pas au système légal, et pas grand-chose d'autre en fait... Que des trucs super évidents !

Je croyais que le but du reboot était d'offrir une nouvelle vision du personnage ? Pourtant, "The Amazing Spider-Man" se contente d'une intrigue relativement basique et se permet même l'incroyable fainéantise de repiquer 2 éléments majeurs (je ne vous dirai pas lesquels) du scénario du 1er "Spider-Man" de Sam Raimi ! Côté originalité, c'est raté... D'ailleurs, le rythme de la narration est lui-aussi plutôt raté puisqu'on prend tellement de temps à amener les transformations physiques des deux principaux protagonistes (en traitant bien un seul personnage à la fois) qu'un ennui assez prononcé pointe le bout de son nez au bout d'une bonne heure de film (merci au spectateur devant moi qui s'ennuyait lui-aussi et qui a regardé l'heure sur son portable à ce moment-là pour que je sache où on en était), ce qui est très gênant pour une réalisation qui dure plus de deux heures. Même après le passage obligé des transformations respectives, ça se traine encore un petit moment et le film ne re-décolle vraiment qu'à la toute fin ! On déplore d'ailleurs de nombreuses scènes qui commencent à s'avérer intéressantes au moment où elles s'achèvent brusquement pour passer à tout à fait autre chose. Incompréhensible !
Et tout ça manque cruellement de scènes d'action : non-seulement il n'y en a pas beaucoup, mais en plus elles passent généralement assez vite, et il faut encore une fois attendre la fin du métrage pour en avoir à se mettre sous la dent. Le réalisateur Marc Webb se montre d'ailleurs assez peu inspiré pour ce type de scènes et la plupart des plans aériens du tisseur sont vus d'assez loin alors qu'on avait presque l'impression d'accompagner le héros dans les airs avec la trilogie de Sam Raimi. Quel dommage, c'est une autre des grandes promesses de ce reboot qui s'avère ne pas être respectée... Du coup, l'apport de la 3D s'avère assez inutile. D'ailleurs, vous vous souvenez du fantastique plan en vue subjective qu'on pouvait voir à la fin de la toute première bande-annonce du film ? Ce type de plan est bien présent dans "The Amazing Spider-Man" ! Mais uniquement à 2 reprises et pendant une microscopique poignée de secondes. On risque de les rater en clignant des yeux. Encore une fois quel gâchis... Ce n'est en tout cas pas du côté du visuel qu'on retiendra ce film : il n'y a pas grand-chose de neuf à se mettre sous la dent. On peut même dire que la précédente trilogie proposait beaucoup plus de plans renversants et innovants...

(Une image qui résume le meilleur aspect du scénario...)

Il y a tout de même une partie de l'histoire de "The Amazing Spider-Man" qui est particulièrement réussie : celle qui concerne la romance entre Peter Parker et Gwen Stacy. Si le jeune héros se révèle être un adolescent difficile à cerner et à la limite assez peu sympathique (ce qui est très gênant car du coup on ne ressent pas beaucoup d'empathie pour lui), la jolie blonde s'avère en revanche extrêmement attachante de par la richesse de son caractère relativement imprévisible ! Si l'actrice Emma Stone nous ressert un personnage similaire à ce qu'elle a déjà interprété par le passé (notamment dans "Zombieland"), le résultat est absolument charmant et fait de Gwen Stacy le personnage le plus réussi du film !
Car le traitement des protagonistes est l'un des autres points faibles du film (sans que le talent des acteurs ne soit remis en cause) : on n'a jamais l'occasion de s'attacher à l'Oncle Ben, Tante May ne sert quasiment à rien et le pourtant très réussi Capitaine George Stacy (interprété par Denis Leary) de la police de New-York s'avère finalement très sous-employé !
Pour revenir un instant sur Spider-Man lui-même, il est assez peu mis en valeur lors des scènes de voltige où il semble parfois se balancer comme un poids mort au bout d'une corde. Il adopte assez peu les poses acrobatiques qu'on le voit pourtant adopter sur les posters du film et sur quasiment tous les produits dérivés consacrés à ce personnage ultra-connu ! Comble du comble : il se déplace à pied lors de certaines scènes et ne semble pas trop se préoccuper de son identité secrète !!! Là on est à la limite de la trahison de l'essence même du personnage... Oh, et une remarque très personnelle : un Spider-Man au physique maigrichon comme ça, ce n'est pas du tout mon truc !

Mais le personnage le plus inintéressant reste de loin l'antagoniste du film ! Si le docteur Connors s'avère assez intrigant et plutôt bien interprété (bien que manquant de charisme), il perd beaucoup de son intérêt lorsque le Lézard fait son apparition ! On a en effet beaucoup de mal à comprendre le changement de caractère soudain dont est victime ce personnage. On se contente visiblement du syndrome du savant fou qui pète les plombs à cause de ses expériences et c'est tout ! Whaou... je pensais qu'au XXIème siècle on avait un peu plus d'imagination que ce genre d'image d'Epinal du méchant de récit fantastique ! Et si le Lézard est plutôt réussi en terme d'animation, on ne peut que déplorer son visage absolument ridicule qui évoque plus le rire que la frayeur ! Un ratage complet de ce côté-là ! Les fans avaient raison d'être méfiants depuis que les premiers visuels avaient été dévoilés...

Encore un mot au sujet de la musique composée par James Horner ("Aliens", "Willow", "Jumanji", "Apollo 13", "Braveheart", "Titanic", "Avatar") : si un thème principal assez récurrent finit par se dégager de l'ensemble, celui-ci manque cruellement d'originalité et n'est rien en comparaison du fantastique thème concocté par Danny Elfman pour la précédente trilogie.



Si l'attente (et les promesses) autour de "The Amazing Spider-Man" n'avai(en)t pas été aussi grande(s), la déception serait sans doute moindre ! Mais même sans être comparée aux films de Sam Raimi, la réalisation de Marc Webb manque cruellement d'ampleur, d'action à grande échelle, de personnages attachants et surtout d'un souffle épique nécessaire à tout film culte évoluant dans l'univers des super-héros. L'intérêt du reboot était d'apporter un nouveau souffle à cette franchise (qui n'en avait pas tant besoin, et surtout pas aussi tôt) via une approche inédite. Au lieu de ça on a un film qui se prétend sombre parce-qu'il est en fait dénué d'humour (si on excepte l'habituel et pour une fois amusant caméo de Stan Lee), et qui se prétend réaliste et moderne alors que les desseins du méchant sont old-school de chez old-school en termes de SF, et que les objets sur lesquels il y a écrit en gros "PROPRIÉTÉ DE UNTEL" me rappellent plus les dessins-animés de "Bip Bip Et Coyote" qu'autre chose...

Sans être complètement raté, "The Amazing Spider-Man" est au final un film très moyen dont le manque d'ambition s'avère assez invraisemblable, surtout quand on voit tout le battage qui a été fait autour du projet. L'un des points forts de la trilogie de Sam Raimi était d'avoir su séduire aussi bien le grand public que les initiés ! Ici, c'est principalement le public adolescent qui est ciblé (et qui appréciera certainement le plus ce film) via un scénario qui s'inspire pas mal de l'histoire et de l'ambiance des comics "Ultimate Spider-Man" (dont le but était identique). Mouais, un peu réducteur non ? Faut-il tout de même donner sa chance au film afin que ce soit la suite ("The Amazing Spider-Man 2" est déjà planifié pour 2014) qui tienne ses promesses en termes d'enjeux scénaristiques et visuels ? Je ne suis pas sûr d'en avoir vraiment envie...
D'ailleurs la scène post-générique censée donner un indice sur le futur de la saga était spoilée dans une des bande-annonces !!! Mais WTF ???

Ce que je veux moi, c'est un vrai "Spider-Man 4" avec Raimi, Maguire et Dunst, sans oublier le génial J.K. Simmons dans le rôle de J.J. Jameson...

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