31 janvier 2013

Critiques ciné express : Lincoln, The Master & Ralph

"Lincoln" de Steven Spielberg

Spielberg était supposé tourner son "Lincoln" en 2006, après en avoir acquis les droits en 1999 et avec Liam Neeson dans le rôle principal. Mais le projet est sans cesse retardé faute d'un scénario convaincant et Neeson finit par quitter le projet en 2010 suite au décès de sa femme. Après une seconde tentative avortée pour sortir le film fin 2009, c'est finalement fin 2012 (aux Etats-Unis) que sort le film événement consacré à la plus grande personnalité politique de l'histoire américaine !

Comme le titre du film ne l'indique pas, il n'est ici question que des deux derniers mois de la vie d'Abraham Lincoln, deux mois passés à préparer le vote de l'amendement qui mettra fin à l'esclavage dans le pays tout en réfléchissant à un moyen de mettre fin à la guerre civile (alors que l'incroyablement mauvais "Abraham Lincoln : Chasseur De Vampires" également sorti en 2012 couvrait quasiment toute la vie du bonhomme).

La période couverte est tout de même suffisante pour découvrir un homme réfléchi et cultivé, passionné de citations et de paraboles, et déchiré entre sa famille et le sort de son pays. La tâche qui lui incombe est colossale et historique, et les obstacles sont nombreux. L'une des surprises du film réside d'ailleurs dans le fait de découvrir que certains des opposants à l'abolition de l'esclavage le sont uniquement pour contrer la politique de Lincoln (bien qu'étant favorables à l'abolition), tandis que certains de ceux qui seront convaincus de voter pour l'amendement le feront pour des raisons n'ayant strictement rien à voir avec la situation des Noirs dans le pays. Pire, la guerre civile complique tout, comme le fait que l'amendement doit absolument passer avant la fin du conflit faute de pouvoir exister quand la paix sera revenue. Bref, le film parle surtout de manœuvres politiques en tous genres et cela a tendance à plomber le métrage à travers de très nombreuses scènes de dialogues, certes essentielles pour raconter cette histoire, mais qui finissent par lasser...

La plupart des scènes se déroule en intérieurs (richement décorés et volontairement assez sombres, certainement pour tenter de reproduire la luminosité en intérieur de l'époque) et les dialogues entre Lincoln et sa femme Mary (Sally Field) sont souvent l'occasion pour le réalisateur de jouer avec les miroirs présents dans la pièce. Les seconds rôles sont légion et s'il ne fallait en retenir que deux, on évoquerait forcément Thaddeus Stevens (Tommy Lee Jones) qui vole la vedette à Lincoln lors des scènes les plus fortes du film et Robert Todd Lincoln (le fils ainé du président, interprété par Joseph Gordon-Levitt) qui semble avoir un rôle important à jouer dans cette histoire mais qui n'a jamais le temps d'être approfondi.

En conclusion, ce "Lincoln" est l'occasion de découvrir un homme politique pas aussi charismatique qu'on aurait pu l'imaginer, mais tout de même très attachant par sa détermination et son humanisme exacerbés ! Dommage tout de même que le film soit aussi bavard et politique car cela risque de perdre en chemin les spectateurs les moins informés sur la période traitée. On se réjouira des très nombreux second rôles marquants mais on regrettera la présence de scènes d'extérieurs (les rares visibles sont pourtant extrêmement soignées). Une semi-réussite donc pour Spielberg qui signe là un beau film mais trop destiné à un public vraiment passionné par le sujet...

"The Master" de Paul Thomas Anderson

Paul Thomas Anderson est, semble t'il, un grand cinéaste ! Et il est effectivement difficile de prétendre le contraire à la vue de "The Master" tant les cadres, les lumières et les plans en général sont soignés. Le problème ici, c'est que Paul Thomas Anderson ne sait visiblement pas quelle histoire raconter...

Depuis fin 2009, le réalisateur tente d'écrire un film sur le fondateur d'une secte (en s'inspirant notamment de L. Ron Hubbard, le créateur de l'Église de Scientologie) après la Seconde Guerre Mondiale. Tout ce qu'il sait, c'est qu'il veut que le personnage soit interprété par Phillip Seymour Hoffman, mais il ne sait pas vraiment où va cette histoire. Il continue tout de même à écrire (en reprenant des idées non-utilisées pour son précédent film "There Will Be Blood") tout en soumettant régulièrement ses idées à l'acteur qui finit par lui suggérer de se concentrer sur celui qui en était au départ le principal personnage secondaire : Freddie Quell (qui devait tout d'abord être interprété par Jeremy Renner avant que Joaquin Phoenix ne prenne le rôle).

À partir de là, le concept de "The Master" est clair : opposer le charismatique Lancaster Dodd (fondateur charismatique et respecté de La Cause) à Freddie Quell (vétéran de guerre imprévisible, alcoolique et obsédé sexuel). OK, pas mal comme idée de départ... Sauf que ce n'est pas la base du scénario, c'est le scénario ! "The Master" ne raconte pas d'histoire, le film se contente d'enchainer les scènes sans se soucier des ellipses temporelles pour mettre sans cesse en opposition ses deux personnages principaux. Personnellement je n'appelle pas ça un scénario, j'appelle ça des variations sur un même thème qu'on fait durer pendant plus de 2h15 !

Cinématographiquement parlant, The Master est une véritable leçon de mise en scène ponctuée de plans-séquence sublimes et portée par deux grands acteurs au talent impressionnant (surtout Joaquin Phoenix, incroyable et presque méconnaissable uniquement grâce à son jeu). Mais pourquoi gâcher autant de maîtrise en ne proposant aucune histoire digne de ce nom ? Les deux protagonistes majeurs sont figés dans leur rôle respectif pendant toute la durée du film, et seuls les environnements et les personnages secondaires (ou en tout cas les rares qui gravitent régulièrement autour des deux autres) évoluent un peu. Certains appellent ça un chef-œuvre, moi j'appelle ça un gâchis et une perte de temps (ou éventuellement un bon somnifère car la somnolence a pointé à plusieurs reprises alors que j'ai vu le film en plein après-midi) !

On va dire que ce n'est pas mon type de cinéma car je ne peux que reconnaître les qualités de tous les aspects du film en dehors du scénario...

"Les Mondes De Ralph" de Rich Moore

Je dois bien l'avouer, les films d'animation, ce n'est plus ma tasse de thé depuis bien longtemps. Mais quand il y a quelque-chose qui me parle dans le concept, je fais tout de même l'effort de m'y intéresser et là il était très difficile d'échapper au côté cross-over/retro-gamer des "Mondes De Ralph". Bien conscient qu'il s'agit avant tout d'un film pour enfants, je dois pourtant admettre avoir pris mon pied devant un spectacle coloré, rythmé, varié et plein de personnages attachants (mentions spéciales à Vanellope von Schweetz et la fantastique sergent Calhoun).

Les quelques références "gamer" disséminées ça et là dans le film feront le bonheur des spectateurs les plus attentifs (sans parler du fait que les personnages de Felix et Ralph sont clairement inspirés de Mario et Donkey Kong) tandis que les autres ne s'ennuieront jamais face à un scénario malin et qui se renouvelle assez régulièrement.

Je ne vais pas en dire beaucoup plus car le film n'est certainement plus à l'affiche mais c'était sans conteste une très belle surprise de la fin 2012 que je regrette amèrement de n'avoir vu que début 2013...

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