15 janvier 2012

Critique ciné : J. Edgar

Réglé comme une bonne vieille horloge normande en bois massif, Clint Eastwood nous délivre quasiment 1 film (parfois 2) par an depuis la fin des années 90, avec un intérêt régulier pour l'histoire des Etats-Unis depuis la seconde moitié des années 2000, par le biais de drames personnels comme dans "Mémoires De Nos Pères" (2006) ou "L'Échange" (2008), ou via un personnage qui est à lui seul le symbole des conséquences des décisions politiques et militaires de son pays comme dans le fabuleux "Gran Torino" (2009). Il s'était déjà intéressé aux coulisses des plus hautes autorités américaines dans la fiction "Les Pleins Pouvoirs" (1997) et dressé le portrait d'une grande personnalité politique dans "Invictus" (2009), mais dans ce dernier cas il s'agissait de Nelson Mandela et donc de l'Afrique du Sud.

Avec le biopic "J. Edgar", Clint Eastwood s'attaque donc à un demi-siècle d'histoire des Etats-Unis via l'un de ses personnages les plus influents : J. Edgar Hoover qui a été à la tête du F.B.I. pendant 48 ans !




L'histoire : J. Edgar Hoover a été nommé à la tête du B.O.I. (Bureau Of Investigation) en 1924, une institution renommée F.B.I. (Federal Bureau of Investigation) en 1935. Il restera à ce poste jusqu'en 1972, en ayant enquêté sur la vie privée d'innombrables personnes (dont 8 présidents américains), en ayant exercé des pressions sur de nombreuses personnalités (dont Martin Luther King) et en ayant lutté contre le communisme, le grand banditisme ou quelques crimes célèbres avec une obsession du détail intacte jusqu'à sa mort...

Ce que j'aime dans le cinéma de Clint Eastwood, c'est que l'homme prend toujours le temps de bien poser ses personnages afin de raconter leur histoire. Mais dans "J. Edgar", on est rapidement surpris par le rythme assez soutenu (et légèrement déconcertant au début) de l'histoire. Comme en plus, le récit se découpe en nombreux va-et-vient entre le présent (Hoover qui raconte sa propre histoire) et le passé (des flash-backs couvrant toute la carrière de l'homme), on est même un peu perdus au début du métrage. Mais même si les retours dans le passé s'effectuent sans la moindre transition, on finit par s'y retrouver grâce notamment à l'apparence physique du personnage interprété par Leonardo DiCaprio.

Ce qui peut également surprendre le public (européen), c'est le fait que le film ne parle finalement pas tant que ça de l'histoire des Etats-Unis durant l'ère Hoover. L'histoire est tellement centrée sur son personnage principal que le spectateur a vraiment intérêt à connaître certains événements ou protagonistes majeurs de ce pays pour bien saisir la portée de ce qui est montré à l'écran. En revanche, la vie privée de J. Edgar Hoover est bien plus facile à appréhender (en partie parce-qu'elle se résume à 3 personnes : sa mère, son bras droit et sa secrétaire).

(Pas commode cet homme-là ! Mais il valait mieux être avec lui que contre lui...)

Leonardo DiCaprio est tout simplement bluffant tout au long du film. Il interprète à merveille le directeur du F.B.I. à différentes étapes de sa vie et s'avère extrêmement crédible en jeune ambitieux, en homme autoritaire ou en vieillard paranoïaque. Notons d'ailleurs la qualité exceptionnelle de son maquillage lors des passages se situant dans les dernières années de la vie de Hoover.
Le seul défaut de l'interprétation de DiCaprio, c'est qu'elle est tellement écrasante et charismatique que les autres acteurs paraissent presque fades à côté de lui, sauf peut-être Judi Dench (qui joue le rôle de M dans les films "James Bond" depuis 1995) dans le rôle de Mme Anne Marie Hoover, tout aussi charismatique que son fiston.
Le rôle secondaire le plus important du film a été confié à Armie Hammer (déjà vu dans "The Social Network" de David Fincher dans le rôle des jumeaux Winklevoss). Il interprète Clyde Tolson, le fidèle bras droit de Hoover et son tempérament bien plus posé permet au spectateur de prendre du recul face à Hoover qui s'avère être un personnage plutôt détestable. Son maquillage de vieillard est en revanche moins convaincant que celui de DiCaprio...
Notons enfin la prestation très correcte de Naomi Watts de le rôle d'Helen Gandy (la secrétaire de Hoover), malheureusement toujours écrasée par la présence de son patron.

Impossible de parler de "J. Edgar" sans évoquer la controverse provoquée par le film. Hoover a toujours été fortement soupçonné d'être homosexuel refoulé et travesti occasionnel, mais ça n'a jamais pu être prouvé. Clint Eastwood a pourtant choisi de montrer des scènes qui ne laissent aucune place au doute et cela lui vaut de vives critiques dans son pays. Il serait mal venu de juger le film sur ce seul critère, même s'il est vrai que le parti-pris radical du réalisateur peut surprendre.



Avec son personnage principal en béton armé, témoin privilégié d'une partie de l'histoire récente des Etats-Unis, Clint Eastwood nous livre avec "J. Edgar" un récit passionnant dont on regrette qu'il ne s'attarde pas sur davantage de détails. Des décors très soignés et une lumière particulièrement bien choisie sont également de la partie dans ce film qui n'a pourtant pas l'ambition de raconter l'histoire d'une époque, mais bien celle d'un personnage unique en son genre sans jamais chercher à le rendre sympathique.

La plus grande qualité du film est aussi son plus grand défaut : la présence écrasante du personnage de J. Edgar Hoover ! On ne peut rester insensible aux obsessions quasi-maladives du directeur du F.B.I. mais on aurait aimé en savoir plus sur beaucoup d'éléments évoqués tout au long du métrage.

Une bonne histoire portée par un personnage très intéressant (on ne voit pas passer les 2 heures et quelques), mais il manque au film un côté épique (ça manque d'enjeux vers la fin) qui lui aurait permis de trouver sa place aux côtés des plus grands "biopic" historiques.

PS : Ayant eu la chance de voir le film en VOST, je n'ai pu qu'apprécier la qualité de la prestation vocale de Leonardo DiCaprio qui module sa voix en fonction de l'âge du personnage. Mais comme son doubleur français habituel a une voix beaucoup plus juvénile, j'ai peur que ce ne soit pas aussi réussi dans la VF.

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