12 juin 2013

Critique ciné : After Earth

S'il y a bien un réalisateur qui aimerait connaitre un retour en grâce à Hollywood, c'est sûrement M. Night Shyamalan. Après deux premiers films passés relativement inaperçus, il devient l'un des plus gros phénomènes de l'année 1999 grâce à "Sixième Sens". Il déçoit déjà de nombreux spectateurs avec "Incassable" (2000), son film suivant qui se comporte nettement moins bien au box-office même s'il a depuis regagné des lettres de noblesses grâce aux spectateurs qui vouent un culte à ce film qu'il considèrent comme son meilleur (un avis largement partagé par l'auteur de ces lignes). Le succès commercial est de retour en 2002 avec "Signes" mais certains trouvent déjà que le cinéaste (qui écrit les scénarios de ses films) commence à s'essouffler. Le succès sera une nouvelle fois en baisse en 2004 avec "Le Village" dont la révélation finale (la marque de fabrique de Shyamalan) aura déplu à de nombreux spectateurs. L'homme se lance alors sur une voie différente en 2006 avec "La Jeune Fille De L'Eau" mais l'échec est retentissant puisque le film arrive à peine à rembourser son budget initial de 70 millions de dollars. On retourne du côté des films à twists en 2008 avec "Phénomènes" mais les critiques sont assassines et le box-office ridiculement bas. Le cinéaste se lance alors dans l'adaptation de licence avec "Le Dernier Maitre De l'Air" en 2010 mais les critiques sont une nouvelle fois catastrophiques mêmes si les résultats financiers atteignent des chiffres qu'on n'avait pas vus depuis "Signes".

Il n'en reste pas moins que les nouvelles réalisations de Shyamalan ne sont plus les événements qu'elles étaient au tout début des années 2000, et que l'annonce de son nouveau film "After Earth" n'a pas vraiment fait rêver le public. C'est plutôt Will Smith qui a attiré l'attention ici, vu que l'acteur a déjà été à l'affiche de certains des plus gros blockbusters de science-fiction vus depuis un peu plus de 15 ans : "Independance Day" (1996), "Men In Black" (1997), "Men In Black II" (2002), "I, Robot" (2004), "Je Suis Une Légende" (2007) et "Men In Black III" (2013). On n'ira pas jusqu'à dire que sa présence garantit une science-fiction de qualité (surtout pour ses films de 2004 et 2007 qui ne respectaient pas vraiment les œuvres d'origine) mais au moins en général le grand spectacle était au rendez-vous.

Sauf qu'ici, le but ne semble pas être de divertir le spectateur. L'objectif de l'ensemble semble plutôt se synthétiser autour du jeune Jaden Smith (14 ans), le fils du couple Will Smith / Jada Pinkett est effectivement l'objet d'une campagne de placement de plus en plus systématique de la part de ses parents. Il avait déjà partagé l'affiche de "À La Recherche Du Bonheur" avec son père en 2006, il était apparu dans le pitoyable remake de "Le Jour Où La Terre S'Arrêta" en 2008 puis il était la star du remake de "Karate Kid" en 2010 (un film produit par ses parents). Mais comme Hollywood ne semble toujours pas avoir pris conscience du grand talent du jeune acteur, ses parents décident de passer à la vitesse supérieure afin de lui offrir un film qui lui est totalement consacré. Will Smith écrit donc le script de départ (qui devait à l'origine se dérouler à notre époque avant d'être légèrement modifié pour se situer dans le futur), il produit le film en compagnie de sa femme et de son beau-frère, et il contacte un réalisateur au nom connu mais pas trop cher vu que celui-ci s'est planté avec la plupart de ses derniers films (en l'occurence M. Night Shyamalan après la sortie de "Le Dernier Maître De l'Air"). Voilà, cette fois toutes les conditions sont normalement réunies pour offrir à Jaden Smith la carte de visite ultime qui va servir de détonateur à sa future grande carrière ! Vraiment ?


L'histoire : depuis que les humains ont quitté la Terre il y a mille ans, ils ont dû faire face à un nouveau danger sur la planète Nova Prime où ils ont été confrontés à la menace des Ursas, des créatures meurtrières qui ressentent la peur. Il n'y a qu'un seul homme qui ait réussi à venir à bout des Ursas, c'est le général Cypher Raige. Mais celui-ci ne connait quasiment pas son propre fils Kitai qui rêve pourtant d'impressionner son père...

Comment ne pas s'inquiéter dès les premiers instants du métrage où l'on a droit à un résumé de ce qui est arrivé à l'humanité par le biais d'une voix-off et de quelques plans aux effets spéciaux atroces (il ne s'agit pourtant que de décors) et à peine dignes d'une série TV ? La palme de la laideur revient sûrement au premier plan où on peut apercevoir le général Raige qui s'occupe du cas d'un Ursa. Non, vraiment, on n'a pas le droit de montrer ça en ouverture d'un film qui se veut aussi important. On enchaine ensuite avec de longues scènes censées expliquer à quel point le jeune Kitai veut s'engager dans les Rangers (quand on voit sa motivation première, c'est pas étonnant qu'il soit recalé) ou à quel point le général Raige est un mari aimant alors qu'il ignore totalement son propre fils. C'est assez poussif et le plus gros problème est qu'on a vraiment du mal à comprendre pourquoi il est aussi froid avec son fils. Il y a bien une raison (un peu poussive elle-aussi) qui sera développée tout au long du film, mais ça ne prend pas et on sent bien que le tout n'est qu'un prétexte pour que le jeune Kitai soit mis sur le devant de la scène.

Une fois que le crash a eu lieu et que le destin du père repose sur les épaules du fils (on met quand-même un peu trop longtemps à en arriver là, et le comportement du fils à bord du vaisseau est assez insensé), on peut enfin commencer le parcours initiatique du jeune homme qui va malheureusement s'apparenter à un didacticiel de jeu vidéo une nouvelle fois très poussif et mal amené. Le but du film c'est qu'on apprécie et admire le personnage de Kitai, non ? Alors pourquoi jusqu'ici on a seulement envie qu'il la ferme ou qu'il crève tout simplement sur la planète, histoire qu'on puisse enfin suivre un personnage qui en vaille la peine ? Car dans le genre tête à claque (il fait d'ailleurs toujours la même tronche, avec les lèvres en bec de canard, et ça en devient vite insupportable), ce cher Jaden Smith bat franchement des records et ne s'avère jamais crédible dans ce qu'il est en train de faire. Bon, pour sa défense, il n'a que 14 ans et il est assez logique qu'il peine à nous impressionner physiquement parlant. Mais le problème c'est qu'il est le centre du film...

(Ferme la bouche gamin, t'as l'air bête !)

Car le scénario s'est débrouillé pour que le père s'efface de plus en plus au profit du fils (logique, vu le but du métrage), mais était-ce vraiment nécessaire de rendre le personnage de Will Smith aussi détestable ? On sait depuis longtemps que l'acteur est capable de jouer autre chose que les grandes gueules au physique impressionnant (même si c'est ça qu'on préfère, pas vrai ?), mais fallait-il vraiment qu'il ait ici un jeu aussi monolithique ? Son manque d'émotion envers son fils est vraiment très exagéré, surtout dans des conditions aussi extrêmes, et Will Smith en fait beaucoup trop dans ce sens pour qu'on y croie. Mais ça ne prend pas ! C'est comme s'il se forçait et ça se ressent. En dehors de ça, l'histoire multiplie les situations très convenues ou qu'on voit vraiment venir de loin, et se permet même des facilités impardonnables et dignes d'un dessin animé pour enfants en bas-âge (les scènes du vautour, mais au secours quoi !!!). Après avoir bien insisté sur les hauts faits du père, et quand on réfléchit deux secondes à la situation dans laquelle se trouve le gamin, il est impossible de ne pas comprendre comment va se finir le film. Tout ça est beaucoup trop grossier et on ne peut que s'ennuyer fermement devant cet enchainement de scènes prévisibles et mal amenées.

Visuellement parlant, la déception est grande ! On aurait pu penser que la Terre aurait énormément changé en 1000 ans, surtout en ce qui concerne la faune qui, d'après ce qu'on nous dit, a évolué pour devenir très hostile à l'homme. Au final, à part l'atmosphère qui n'est plus respirable, notre planète n'a pas tant changé, et les quelques espèces animales rencontrées lors de cette aventure n'ont rien de bien exotique. On reconnait bien les animaux dont il s'agit, et mis à part le fait qu'ils sont un peu plus gros qu'aujourd'hui, on ne peut pas dire que ce bestiaire soit follement original. Ce manque d'originalité et d'exotisme se ressent particulièrement dans la photographie (la lumière) des scènes se déroulant dans la jungle/forêt. Aucun effort n'a été fait pour qu'on puisse penser que ça se déroule dans le futur ou sur une planète différente de celle que l'on connait, donc les couleurs sont très crues et peuvent laisser penser que le tout a été tourné dans la forêt du coin, sans aucune retouche. C'est l'un des plus gros ratages de ce film à mon avis, puisqu'il n'arrive pas à nous faire croire qu'on est en train d'assister à une histoire qui se déroule dans un contexte fantastique. Heureusement, les visuels très technologiques visibles à l'intérieur du vaisseau sont très réussis et nous rappellent que c'est bien un film de science-fiction qu'on est en train de regarder. Mais ça ne pèse pas bien lourd dans la balance...



Qu'on connaisse ou pas ses intentions réelles, le film "After Earth" n'est qu'une coquille vide et poussive qui peine à nous faire croire à une histoire mal écrite, mal jouée et mise en scène sans grande conviction (avec parfois quelques accès de grande laideur visuelle). Le public ne s'y trompe pas et le film est en train de faire un flop catastrophique puisqu'il n'arrivera sans doute pas à rembourser son budget de 130 millions de dollars (dans quoi est passé ce budget, au fait ?). Will Smith est intéressant quand on lui écrit de bons personnages (ce qui n'est le cas ici) et son fils Jaden n'a absolument pas les épaules pour porter un film de cette envergure (encore une fois, il n'a que 14 ans, donc c'est peut-être assez logique). Il vaudrait mieux que le jeune homme aille faire ses preuves dans une production où il n'est pas hyper-entouré par sa famille, histoire qu'il se sente un peu en danger et qu'il fasse des efforts, car après tout, vu que le projet "After Earth" a entièrement été construit pour lui et autour de lui, comment voulez-vous qu'il se dépasse pour impressionner le public ?

C'est donc un échec cuisant pour la famille Smith que cet ennuyeux et pompeux "After Earth" qui entraine dans sa chute le réalisateur M. Night Shyamalan relégué au rang de "yes-man" qui s'est certainement plié à toutes les volontés de Will Smith pour au final sortir un film plat, prévisible et ennuyeux. L'entreprise était discutable, et le résultat à l'écran est un peu trop flagrant de bêtise et de bons sentiments, à l'image de la toute dernière image du film qui repousse les limites du ridicule (oh les jolies baleines !). Il n'aurait pourtant pas été très difficile de rendre l'ensemble un minimum distrayant, si seulement tout ça ne se prenait pas autant au sérieux.

Il parait que Will Smith envisage désormais de ne plus s'engager dans des gros blockbusters. Ce serait dommage car il faudrait juste qu'il évite les films qu'il a lui-même écrits, mais en dehors de ça il reste un acteur doué et attachant. Quant à Jaden Smith, ce ne sera pas pour cette fois, mais s'il continue à travailler et qu'il se décide à arrêter de faire toujours la même moue, ça pourrait peut-être finir par fonctionner. Le plus important en revanche, ce serait que M. Night Shyamalan retourne enfin travailler sur ses propres projets !

2 commentaires:

wildgunslinger a dit…

Pour ma part, je te rejoins sur le scénario, plat et bête, simplement là pour mettre Jaden en évidence.

Par contre...c'est tout de même le meilleur film de Shyamalan depuis Sixième Sens pour moi!
Parce quand même Signs ou Phénomènes atteignaient des sommets de stupidité et de fautes de goût cinématographiques.
Ici, la réalisation est loin d'être mauvaise et j'ai trouvé le film plaisant, malgré les gros défauts du scénario.

Cela étant, Shyamalan est bel et bien un yes man et je préfère encore pour ma part qu'il continue avec des projets de ce style, où il n'est pas ridicule, plutôt que de proposer de développer des scénario personnels complètement stupides comme ceux de Incassable, Signs ou Phénomènes.

Ce qui est amusant, c'est que pour After Earth, j'étais persuadé qu'on allait nous servir un twist en nous apprenant à la fin que toute l'histoire n'était qu'une simulation destinée à faire prendre confiance au personnage de Jaden Smith...ce qui aurait pu excuser tous les aspects cucu du scénario!

Draven a dit…

Hello ! Merci pour ton commentaire !

Niveau réal', c'est vrai qu'After Earth n'est pas franchement mauvais, mais on n'y voit rien d'extraordinare non-plus. J'ai le sentiment que n'importe-qui aurait pu réaliser ce film exactement de la même manière, et que Will Smith s'est juste payé les services de Shyamalan afin de donner un peu plus de visibilité au projet, vu qu'un nouveau film de Shyamalan va forcément faire parler de lui.

Par contre, je crois que nous sommes en désaccord sur la carrière de Shyamalan. Je n'ai jamais revu 6ème Sens (qui était très bon) depuis sa sortie en salles, mais j'ai beaucoup aimé Signes et surtout Incassable que je considère comme un chef-d'œuvre qu'il est possible d'appréhender de deux manières différentes, et où ça fonctionne dans les deux cas ! Je n'ai pas vu Phénomènes mais en revanche j'ai trouvé qu'on avait beaucoup trop craché sur Le Village qui, sans être incroyable, n'était pas aussi atroce qu'on a bien voulu le dire.

J'aime beaucoup qu'un réalisateur ait son propre style et je dois dire que j'apprécie beaucoup celui de Shyamalan, même s'il y a au final peu de films où il a réussi à le faire fonctionner. Par contre, je n'aimerais pas du tout qu'il continue à faire des films sans âme comme After Earth. J'ai l'impression que ce n'est pas du tout son truc et je préférerais le voir se planter avec un de ses projets persos que de le voir continuer à faire des films ultra-génériques pour les autres...

Par contre pour le twist, j'étais quasi-sûr qu'il n'y en aurait pas ici car c'est plus un film de Will Smith que de Shyamalan.

J'avais écouté ta critique et j'avais été très surpris par ton avis plutôt positif. Mais je respecte ça, et on est quand-même loin de la catastrophe artistique totale. C'est juste que je n'ai absolument pas réussi à m'intéresser à ces personnages et à ce contexte qui ne m'ont pas du tout touchés...