15 mai 2013

Critique ciné : Mama

Que de chance pour le réalisateur argentin Andrés Muschietti : il réalise divers court-métrages et story-boards avant de se faire remarquer avec "Mama" en 2008, une courte vidéo de moins de 3 minutes (visible en fin d'article) qui attirera notamment l'attention de Guillermo del Toro ("Hellboy", "Le Labyrinthe De Pan") qui en produira le remake sous forme d'un long-métrage. Côté casting également, Mamà s'en sort plutôt bien grâce à Nicolaj Coster-Waldau (Jaime Lannister dans la série "Game Of Thrones") mais aussi et surtout Jessica Chastain ("Take Shelter", "Tree Of Life", "Des Hommes Sans Loi", "Zero Dark Thirty"), l'une des étoiles montantes actuelles à Hollywood. Du coup, c'est avec beaucoup d'intérêt que son film arrive dans les salles américaines en janvier 2013 où il fait un carton puis dans les salles françaises le 15 mai suivant.

(J'avais pu voir ce film au festival de Gérardmer 2013)

L'histoire : suite à un drame familial, deux fillettes se retrouvent abandonnées dans la forêt où elles vont mystérieusement survivre pendant 5 ans. Lorsqu'elles sont retrouvées, leur oncle décide de s'occuper d'elles mais il y a visiblement quelque-chose qui n'est pas vraiment d'accord avec ce changement de situation...

Il s'agit encore, après des films comme "Esther" ou "Insidious", de l'histoire d'une famille qui bascule dans l'horreur par le biais de jeunes enfants (deux fillettes dans ce cas). Mais le contexte est tout de même un peu particulier car les deux enfants ont passé 5 ans à survivre seules dans la forêt suite à un drame familial. Elles partent donc avec un bagage assez lourd et vont vivre chez leur oncle dont la petite amie bassiste dans un groupe de rock n'est pas forcément enchantée de voir soudainement débarquer deux gamines dans sa vie et son couple. Au moins c'est sûr, on n'évolue pas vraiment dans le cadre familial classique habituel et c'est plutôt une bonne chose car cela apporte un peu d'originalité à l'ensemble qui se détache du cocon familial habituel. Cela ne signifie pas qu'Annabel (Jessica Chastain) n'aime pas ces deux petites filles, c'est simplement qu'elle ne se voyait pas s'en occuper, et surtout qu'elle ne sait pas vraiment s'en occuper ! Un élément qui devient vite déterminant dans le déroulement de l'histoire puisque le film repose tout de même essentiellement sur ses épaules. Et l'actrice prouve une nouvelle fois son grand talent (ceux qui ont vu "Zero Dark Thirty" reconnaitront-ils l'actrice au premier coup d'œil ?) en incarnant une figure maternelle pas très conventionnelle et parfois drôle dans son manque d'expérience avec les enfants. L'autre acteur qui porte le film est bien sûr Nicolaj Coster-Waldau qui, bien qu'un peu moins présent, interprète un oncle aimant et totalement dévoué à la ré-insertion de ses deux nièces dans un cadre familial normal. C'est d'ailleurs le même acteur qui joue le père des fillettes dans la courte scène d'introduction du film et l'auteur de ces lignes doit confesser avoir passé un long moment à s'extasier devant le ressemblance physique des deux frères sans jamais s'être rendu compte qu'ils étaient interprétés par la même personne.

(C'est la personnalité hors-norme du personnage de Jessica Chastain qui permet au film de rester à peu près intéressant sur la durée...)

L'autre personnage très important dans cette histoire est le docteur Dreyfuss (Daniel Kash) qui suit de près les fillettes depuis qu'on les a retrouvées et qui est celui par qui le spectateur va tenter d'en apprendre davantage sur la fameuse Mama dont il est tant question. Il rappelle un peu le personnage du docteur Loomis dans Halloween, celui qui n'intervient que de temps à autre et qui progresse tout doucement dans son enquête tout au long du métrage. Impossible évidemment de ne pas évoquer les deux fillettes elles-mêmes car elles sont très bien interprétées (aussi bien quand elles sont toutes petites dans la scène d'introduction que dans le reste du film), et elles évoquent forcément un malaise à cause de ces 5 années pendant lesquelles elles ont échappé à la civilisation. On se demande donc régulièrement de quoi elles sont capables et comment elles peuvent réagir même si dans l'ensemble elles s'adaptent assez rapidement au mode de vie citadin. Il y a donc une grosse part de l'inquiétude ressentie en permanence dans le film qui vient d'elles et cela fonctionne à merveille ! Mais la principale source de frissons reste bien sûr cette mystérieuse Mama dont on ne sait absolument rien au départ et qui nous réserve quelques passages qui font vraiment froid dans le dos !

Le fait est que le film souffre tout de même d'un gros passage à vide en son milieu, une fois que la situation a bien été établie. Et cela vient peut-être du fait qu'il s'agit de l'extrapolation d'un court métrage qui ne montrait qu'une scène (très réussie). Je m'explique : pour en faire un long-métrage il a fallu trouver une origine, un développement et une conclusion à cette histoire. Ici, l'origine a été plutôt bien pensée et mise en scène, et le tout fonctionne à merveille quand on y ajoute en plus le caractère un peu inhabituel de certains des personnages. Le milieu du film, lui, n'est qu'un étirage en longueur de ce qui faisait la substance du court-métrage d'origine et ça se sent un peu trop lorsque quelques longueurs commencent à freiner le film. On enchaine donc les scènes effrayantes mais la situation n'évolue plus vraiment pendant un peu trop longtemps. En revanche (et ça rattrape un peu le tout), certains personnages évoluent légèrement à ce moment-là et c'est ce qui fait qu'on reste captivés par cette histoire dont on se demande où elle va nous mener. Et c'est là qu'arrive le plus gros défaut du film : il a fallu trouver une conclusion à tout ça et celle-ci s'avère très décevante ! Les ambiances tamisées qui généraient jusque-là des moments de frissons qui montaient progressivement en puissance laissaient présager un final assez impressionnant. Or on change légèrement de cadre pour partir dans un registre un peu plus sentimental, certes poignant, mais un peu décevant par rapport à tout ce qui a été construit jusque là...



Au final, "Mama" est un film d'épouvante plutôt bien réalisé (pour un premier long-métrage) mais qui s'adresse plus au grand public qu'aux amateurs de films de genre. C'est d'autant plus décevant que le début du film était très dur et que le tout s'adoucit progressivement (sans oublier de gros passages à vide au milieu de l'histoire) à mesure qu'on se rapproche de la conclusion. Dommage car dans l'ensemble ça fonctionne très bien dans le premier tiers, mais on s'ennuie un peu trop lors du second. Le dernier tiers est un peu meilleur au niveau du rythme mais la conclusion s'enfonce dans des facilités qui désoleront les spectateurs les plus exigeants en matière de frissons tout en faisant le bonheur du grand public !

Et comme promis, voici le court-métrage de 2008 présenté (en VO) par Guillermo del Toro lui-même :

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