22 mai 2013

Critique ciné : Fast & Furious 6

Mine de rien, ça fait déjà 12 ans qu'on bouffe du "Fast & Furious" ! Le premier film éponyme réalisé par Rob Cohen est sorti en 2001, et si l'on excepte le fait que c'était un plagiat total du scénario de "Point Break" où les planches de surf avaient été remplacées par des voitures beaucoup trop flashy, c'était pas trop mal... à l'époque ! Mais les choses se gâtaient dès "2 Fast 2 Furious" de John Singleton en 2003, non-pas parce-que Vin Diesel n'y apparaissait pas (ce qui n'est pas forcément un mal vu sa qualité de jeu d'acteur), mais parce-que le semblant de scénario ne servait que de prétexte débile à montrer d'innombrables courses de voitures toujours plus flashy et d'innombrables concours de "qui a la plus grosse ?" pour une qualité de réalisation nettement inférieure à celle du premier épisode. Le pire a pourtant été atteint en 2006 avec "Fast & Furious : Tokyo Drift" réalisé par un Justin Lin qui est tout de même resté aux commandes de la saga jusqu'à ce sixième film qui vient de sortir ! Un personnage principal gonflant et inintéressant au possible, des voitures encore plus flashy et un scénario toujours plus minable où les yakuzas règlent leurs comptes à coups de courses de drift, on atteignait des sommets de bêtise ! Et après un box-office plus faible que celui des deux premiers films pour ce film qu'on considère comme un spin-off vu sa place particulière dans la chronologie de la saga, on revient aux sources et aux deux personnages principaux du premier épisode avec "Fast & Furious 4" en 2009. Ça ne s'améliore pas beaucoup côté scénario mais au moins les voitures sont enfin beaucoup moins flashy. Par contre on s'ennuie ferme devant cette fausse rivalité entre Brian (Paul Walker) et Dom (Vin Diesel) dont le retour explique peut-être le box-office qui repart nettement à la hausse puisqu'il atteint cette fois plus de 363 millions de dollars (alors que le record était jusque-là détenu par le second film avec plus de 236 millions). On enchaine donc rapidement avec "Fast & Furious 5" en 2011 qui, en plus de remettre les deux mêmes acteurs à la tête du film, fait revenir quasiment tous les personnages principaux de la saga (sauf celle qui était morte dans le quatrième film, mais on y reviendra), en y ajoutant encore quelques personnages dont celui interprété par Dwayne "The Rock" Johnson. Cette fois, plus de soi-disant enquête ou infiltration pour la police, et même les scènes de courses/cascades se font nettement plus rares puisqu'on n'en dénombre que trois (dont une vraiment énorme à la fin) ! On s'oriente plutôt vers le film de braquage et même si le scénario (qui se prend décidément très au sérieux depuis le quatrième épisode) fait preuve de grands moments d'illogisme (notamment en ce qui concerne le personnage interprété par The Rock), la saga atteint cette fois des sommets (incompréhensibles) au box-office et engrange plus de 626 millions de dollars !!!

Il n'en fallait pas tant pour continuer la saga, d'autant plus que la fin du cinquième laissait présager le retour inattendu de Letty (Michelle Rodriguez), un personnage majeur du premier film mais qui décédait rapidement (sans qu'on le voie vraiment) dès son retour dans le quatrième, juste après une scène d'introduction plutôt impressionnante. Alors, ce retour est-il une raison suffisante pour exciter les fans et pour aller voir "Fast & Furious 6" ? Y aura-t-il cette fois un scénario qui ne sera ni un plagiat ni une succession de prétextes débiles ? Tous les personnages principaux présents seront-ils vraiment nécessaires (si c'est comme dans le 5, c'est forcément non) ? Et au fait, cette saga mérite-t-elle vraiment son statut de référence dans le cinéma d'action récent ?

Bon, pour la dernière question je peux tout de suite répondre : à part le premier film qui pouvait éventuellement se laisser regarder (sans toutefois être incroyablement original), tous les autres m'ont paru tout à fait dispensables et rarement à la hauteur de leur réputation. Le meilleur acteur de la bande c'est The Rock, et comme celui-ci n'est présent que depuis un seul film, ce n'est clairement pas ça qui fait la qualité de cette saga. Donc non, personnellement, je ne comprends absolument pas pourquoi on en fait autant avec "Fast & Furious" qui n'est pour moi qu'une succession de films médiocres et pas si impressionnants que ça...

Pour le reste des questions, voyons comment s'en sort ce nouveau film ci dessous.

(Ça y est, ils sont contents, cette fois ils ont vraiment réuni tout le casting des films précédents ?)

L'histoire : Suite au casse de Rio, Brian et Dom se la coulent douce dans un pays qui ne pratique pas l'extradition. Mais l'agent Hobbs se retrouve confronté à un nouveau gang de pilotes en Russie/Europe, et vu que Letty (que tout le monde croyait morte) semble en faire partie, il dispose d'un bon prétexte pour demander l'aide des deux compères...

Si je suis aussi virulent envers la saga, c'est peut-être parce-que je n'avais encore jamais vu l'un de ses épisodes au cinéma... jusqu'à aujourd'hui ! Car je dois bien l'avouer, c'est plutôt fun de voir "Fast & Furious 6" dans une salle obscure. Mais faisons les choses dans l'ordre et réglons tout de suite le compte du scénario : ça n'a jamais été le point fort de la série, et ça n'est pas non-plus celui de ce 6ème opus, même s'il faut avouer que de gros efforts ont été faits pour que le récit soit rythmé et que cette histoire s'intègre bien dans toute la chronologie (surtout par rapport au 3ème et au 4ème film). Il reste tout de même un bon paquet de trucs qui ne servent à rien, en commençant une scène au tout début du film qui est supposée montrer que Brian doit maintenant arrêter de mener une vie dangereuse à cause de sa nouvelle vie familiale, une idée intéressante (très classique dans le cinéma d'action) qui ne reviendra pourtant jamais dans le reste du film. Pourquoi l'avoir introduite alors ? Difficile également de justifier la position d'Elena (Elsa Pataky) en tant que nouvelle copine de Dom (comme on pouvait le voir à la fin de "Fast & Furious 5") alors que celui-ci part à la recherche de Letty qui est toujours considérée comme sa copine historique et légitime. Donc Elena est quasiment entièrement zappée de ce film et on se demande même quelle était sa réelle motivation à se retrouver avec Dom lors de ses rares dialogues... Sinon, on n'en finit pas de se demander sous quelle autorité travaille l'agent Hobbs (Dwayne Johnson) tout autour du monde, car il est visiblement plus important que l'armée américaine elle-même. Le film souffre aussi d'un gros temps mort en son milieu, juste le temps d'amener quelques révélations mais ça fait bizarre d'enchainer autant de scènes de dialogues après avoir montré régulièrement de l'action. Il ne faut pas trop s'inquiéter car on repart ensuite de plus belle pour finir par une très longue et très grosse scène d'action pure ! Enfin, et pour en terminer avec le scénario, signalons tout de même toute une partie de l'histoire qui ne concerne que Brian et qui fait le lien avec le 4ème film en plein milieu du métrage. Celle-ci, en plus d'être très difficile à avaler niveau crédibilité, se révèle finalement tellement inutile que même ses amis ne voudront pas en entendre parler par la suite, ce qui montre bien à quel point ça ne servait à rien vu le manque de conséquences concrètes de sa petite escapade en solo. Et c'est d'ailleurs lors de cet arc scénaristique qu'on a droit à ce qui peut se faire de pire en terme de dialogue dans le cinéma d'action, à savoir la phrase ultra-cliché émanant d'un méchant : "Tu seras bientôt mort, alors je vais tout t'expliquer." Comment peut-on encore oser faire ça ? Oublions également la scène de l'acquisition des véhicules utilisés par les gentils dans ce film. Ça se veut comique mais au final ça tombe à plat très rapidement et ne sert pas à grand-chose...

Sinon, et malgré tous ces petits défauts, le film est peut-être l'un des mieux écrits de la série dans le sens où l'intrigue évolue doucement mais sûrement, en justifiant à chaque fois une nouvelle scène musclée. On a donc droit à de régulières scènes de course-poursuite, mais aussi quelques scènes de baston particulièrement énergiques et efficaces ! Signalons d'ailleurs que l'utilisation des voitures est enfin bien intégrée dans la trame générale. Le premier et le troisième film se déroulaient dans le milieu des courses de rue, c'était donc assez facile d'intégrer régulièrement des scènes de bagnole (même si c'était vraiment ridicule de les voir drifter en dehors de ces fameuses courses dans le 3ème). Mais dès le second film où les scènes de course étaient incessantes et rarement justifiées, il semblait difficile de trouver de bons prétextes pour mettre en scène les voitures, à part dans de grosses scènes de braquages comme au tout début du 4 (oublions les poursuites ridicules dans les tunnels de ce film) et au début et à la fin du 5. Mais là dans le 6, vu que les méchants sont aussi des fanas de bagnoles, c'est beaucoup plus simple et logique de les faire se courser régulièrement. Ça n'est pas très fin, mais au moins ça fonctionne !

(Les scènes d'action sont trop retouchées numériquement pour être crédibles, mais elles restent impressionnantes !)

Côté personnages, ils sont tellement nombreux qu'ils ne peuvent pas tous être traités sur un pied d'égalité. Il y en a donc un certain nombre qui se retrouve mis de côté comme Elena Neves (déjà mentionnée plus haut) et Mia Toretto (Jordana Brewster) qui n'est finalement pas très présente non-plus. Tej (Chris "Ludacris" Bridges) est relégué au rang du petit génie informatique de la bande (comme dans le précédent film mais en moins utile) et Han (Sung Kang) est toujours aussi sympathique même s'il n'est pas très utilisé non-plus. Il forme pourtant toujours un beau couple avec la jolie Gisele (Gal Gadot) qui sait quand faire parler ses charmes plutôt que la force brute dans une scène tout de même moins marquante que dans le 5. L'inépuisable Roman (Tyrese Gibson) n'est par contre pas avare en remarques débiles et pitreries diverses, et il devient donc l'élément comique de la bande, souvent poussif mais parfois très drôle quand même !

Brian O'Conner semble prendre pas mal de recul et ne peut plus vraiment être considéré comme un des leaders de la bande aux côtés de Dom. Cela ne signifie pas qu'il est complètement mis de côté, il reste tout de même très présent de façon régulière, mais le tandem qui dirige le film est désormais clairement assuré par Dom et l'agent Hobbs. Peut-être que les producteurs et les scénaristes se sont enfin rendus compte que le fait de sourire comme un idiot ne suffisait plus à sauver les scènes jouées par l'insipide Paul Walker. Dom Toretto est toujours interprété par Vin Diesel, et toujours de la même manière. En clair : c'est un sacré bad-ass quoi qu'il fasse ! Qu'il soit songeur près de ses voitures, en train de se soigner tout seul sans broncher ou en pleine course poursuite, l'acteur adopte toujours le même jeu monolithique supposé le rendre très sérieux pour qu'il ne perde jamais la face. Cela ravira sûrement les fans mais je ne peux personnellement pas m'empêcher de rire à chacune de ses apparitions tellement je me désolé de la pauvreté du jeu de Vin Diesel qui se prend beaucoup trop au sérieux dans la peau de ce personnage ultra-cliché (alors que tous les autres ont tout de même un peu plus de recul). Michelle Rodriguez nous sert elle-aussi toujours le même personnage un peu sombre mais il faut avouer qu'elle assure pas mal dans diverses scènes très physiques. Les explications concernant le retour de Letty sont en revanche très cliché et à la limite du foutage de gueule, mais c'est finalement loin d'être le cœur du film. L'agent Hobbs gagne en revanche un peu en épaisseur (au propre et au figuré) grâce à un Dwayne Johnson qui dispose enfin de suffisamment de scènes pour prouver sa valeur dans la saga (parce-que dans le 5, il n'était pas si présent que ça finalement). Toujours très bon dans les plans physiques, il s'avère également très imposant dans les scènes de dialogues où il fait régulièrement preuve d'un humour bienvenu (sans oublier le fait qu'il trahit une envie de se faire embaucher sur les films Marvel à trois reprises). Certaines de ses décisions sont toujours aussi difficiles à comprendre (comme à la fin du 5 mais en moins pire) et il est cette fois épaulé par la très impressionnante Riley interprétée par Gina Carano, une authentique championne de MMA et de kickboxing qu'on avait déjà vue dans "Haywire" ("Piégée" en VF) de Steven Soderbergh en 2011. Cette nouvelle venue s'avère particulièrement efficace dans les scènes de combat où l'on a vraiment l'impression que les coups font mal. Un bon point ! Luke Evans s'avère quant à lui très correct (même si très cliché) dans le rôle du méchant Owen Shaw. Pas mémorable, mais assez bon pour faire fonctionner son personnage dans ses diverses scènes.

Malheureusement la réalisation brouillonne de Justin Lin, même si elle s'est améliorée depuis le troisième film, dessert toujours autant les phases d'action. On a parfois beaucoup de mal à comprendre ce qui se passe, surtout quand cela se déroule de nuit, tant les plans de coupe sont nombreux et frénétiques. Heureusement on arrive à peu près à comprendre ce qui se passe dans l'ensemble, sauf dans la grande scène finale qui est à la limite de l'illisible. C'est un peu dommage mais les scènes d'action sont généralement très musclées et assurent le spectacle à tous les étages ! On regrettera tout de même de trop nombreux plans retouchés numériquement dans les phases d'action, ce qui a tendance à rendre certains passages très peu crédibles (on pense notamment aux divers passages où un personnage saute d'un véhicule en marche pour atterrir sur un autre, avec des distances parcourues bien trop grandes aussi bien en hauteur qu'en longueur) et amenuise le sentiment de destruction puisqu'on voit bien qu'il ne s'agit pas d'objets réellement présents sur le tournage.



Au final, "Fast & Furious 6" possède une collection de défauts (habituels dans la saga) qui n'entache en rien son statut de divertissement ultra-burné et très fun à voir sur grand écran ! Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il mérite un statut culte, ni même qu'il s'agit d'un grand film dans l'histoire du cinéma d'action, mais on tient peut-être là le meilleur épisode de la saga, ou en tout cas le mieux équilibré, le mieux écrit et le mieux mis en scène depuis le premier film de 2001. Le grand spectacle est largement assuré (malgré cette scène finale vraiment trop brouillonne) et divers rebondissements (souvent prévisibles) sont au rendez-vous pour maintenir l'attention du spectateur jusqu'au bout. Les gros fans de la saga y retrouveront même divers éléments récurrents qu'on est habitués de retrouver dans chaque film ! Que demander de plus ? Le personnage de Dom atteint cette fois des sommets en matière de "bad-ass" !!! Même moi, qui ne l'apprécie pas du tout, j'ai été très impressionné par certaines de ses scènes (mais le reste du temps il m'a fait rire) !!! Et si la boucle des 6 premiers films est désormais bien bouclée, la porte est déjà ouverte pour un 7ème épisode dont l'entrée en matière ne manquera pas d'exciter les fans à la toute fin de "Fast & Furious 6"...

On sait d'ailleurs que la sortie de "Fast & Furious 7" est déjà prévue pour juillet 2014 aux Etats-Unis, et que c'est justement ce court délai qui empêchera Justin Lin de revenir à la réalisation puisque cela l'aurait forcé à entamer la pré-production du 7 pendant la post-production du 6. Son remplaçant a déjà été trouvé et il s'agira de James Wan (le premier "Saw", "Insidious"). Vin Diesel et Paul Walker ont déjà signé pour reprendre leur rôle, mais Dwayne Johnson n'est pas certain de pouvoir être présent car cela risque de se chevaucher avec le tournage du nouveau "Hercules" de Brett Rattner dont il tient le rôle-titre et qui sortira à la même période. Vin Diesel a déjà annoncé que l'action de "Fast & Furious 7" se déroulera à Tokyo et au Moyen-Orient...

2 commentaires:

wildgunslinger a dit…

Hum! Je te trouve un peu violent quand même, mais cette franchise a toujours été mal perçue, principalement à cause de la nullité de son 2e épisode.
Les films réalisés par Justin Lin sont loin d'être mauvais et il a su renouveler le concept et rafraîchir l'univers à mon sens.
Et qu'on le veuille ou non, Fast Five était un très bon film d'action...comme l'est le 6e, mais comme pour les films de Michael Bay, ce sera mal accueilli par les cinéphiles...
Tant pis, moi j'aime et j'assume!

Draven a dit…

C'est vrai, j'avoue, je suis un peu virulent avec ces films. Je crois que c'est tout simplement un univers qui ne me séduit pas et pour être franc je suis loin d'être fan de la réalisation de Justin Lin.

Mais il est vrai que le 5ème film devait être sympa à voir au cinéma et que le 6ème envoie du lourd !

Je ne me considère pas comme un cinéphile élitiste, c'est même tout le contraire ! Et ce n'est certainement pas pour ça que je suis un peu méchant avec la saga Fast & Furious. C'est juste que c'est un univers et des personnages qui ne me touchent pas...

Tu as bien raison d'assumer ta passion pour cette série ! Je suis moi-même fan de tas de films débiles pour lesquels on pourrait aisément me critiquer, donc je connais le feeling.