22 novembre 2012

Critique ciné : Argo

Je dois bien l'avouer, je n'ai pas vu les précédents films réalisés par Ben Affleck : "Gone Baby Gone" (2007) et "The Town" (2010). Par contre je connais évidemment l'acteur Ben Affleck qui a fait ses débuts dans le cinéma indépendant (notamment dans certains des premiers films de Kevin Smith) avant de devenir la star principale de blockbusters comme "Armageddon" (1998), "Pearl Harbor" (2001) ou "Daredevil" (2003) avant de se faire un peu plus discret (peut-être à cause de la piètre qualité de ces 3 films) pour débuter une carrière de réalisateur ponctuée d'apparitions dans des rôles nettement plus intéressants que ceux de l'époque où il était bien en vue à Hollywood.

Pour son 3ème film nommé "Argo", il ne choisit pas la facilité et s'attaque à l'histoire récente des Etats-Unis via l'épisode de la crise iranienne des otages qui a ébranlé les relations internationales des Etats-Unis au Moyen-Orient de 1979 à 1981. Mais ce n'est pas de la cinquantaine d'otages qu'il est véritablement question dans "Argo" car le film se concentre surtout sur une histoire dont les coulisses n'ont été révélées au grand public qu'en 1997 : celle des 6 ambassadeurs américains qui ont réussi à s'enfuir le jour où leurs collègues furent capturés, sans toutefois savoir comment quitter le pays en toute sécurité. Cette histoire (vraie) est donc avant tout celle de Tony Mendez, l'agent de la C.I.A. (ici interprété par Ben Affleck) qui a organisé une mission de sauvetage pour sortir ces 6 américains d'Iran en les faisant passer pour une équipe canadienne en repérage pour le tournage d'un film de science-fiction nommé "Argo"...



L'histoire : le 4 novembre 1979, l'ambassade américaine de Téhéran est prise d'assaut par des manifestants et tous les employés américains sont capturés et retenus en otage. Seuls 6 d'entre-eux ont réussi à s'échapper et se cachent dans la capitale iranienne où ils sont en danger permanent. Pour les récupérer, l'agent de la C.I.A. Tony Mendez va inventer de toutes pièces un tournage de film de science-fiction ayant pour décor un pays oriental avec la complicité plus ou moins volontaire d'Hollywood...

S'il y a une chose qui est appréciable avec les films qui relatent des faits réels, c'est lorsqu'on prend le temps de remettre les choses dans leur contexte pour que le spectateur puisse apprécier la gravité de la situation. Les première minutes d'"Argo" s'en chargent à merveille et les explications sont suffisamment claires pour qu'on soit tout de suite plongé dans le drame qui se déroule même sans avoir eu au préalable la moindre idée de ce qui se passait en Iran à la fin des années 70. De plus, le grain de l'image, les décors et les costumes (sans parler du logo Warner au tout début du métrage) ont été choisis avec soin et pourraient faire passer "Argo" pour un film véritablement tourné en 1980 sans le moindre problème. D'ailleurs, on peut se rendre compte du soin qui a été apporté aux moindres détails des vêtements, des coiffures et des décors à la toute fin du film, lorsqu'on nous montre de véritables photos d'archives dont les scènes et les personnages ont été recréés à l'identique pour le film. La ressemblance des acteurs avec les 6 véritables ambassadeurs de l'époque est même véritablement impressionnante ! Mais la première partie du film se concentre surtout sur d'autres personnages situés aux Etats-Unis. On voit tout d'abord les coulisses de la C.I.A. et les échanges d'idées qui ont conduit Tony Mendez à envisager de produire un faux film de science-fiction afin de sortir ses compatriotes d'Iran. C'est l'occasion de faire connaissance avec Jack O'Donnell (interprété par le génial Bryan Cranston, le père de Malcolm dans la série du même nom, Walter White dans la série "Breaking Bad" ou encore le méchant Cohaagen dans le récent remake de "Total Recall"), le supérieur hiérarchique de Tony Mendez qui s'avérera aussi essentiel à l'opération que l'homme qui se trouve sur le terrain à l'autre bout du monde.

Mais la partie la plus jouissive d'"Argo" se situe surtout à Hollywood, car pour aider à la crédibilité de l'opération de sauvetage, c'est un véritable processus de production cinématographique qui a été mis en branle dans la capitale du cinéma avec la complicité involontaire de la presse et de l'industrie toute entière. Les deux seuls personnages à avoir été au courant du véritable but de l'opération sont le maquilleur John Chambers (très célèbre pour avoir créé les visages des singes dans les 5 premiers films de la saga "La Planète Des Singes" ou encore les oreilles de Spock pour la série TV "Star Trek") et le producteur Lester Siegel qui sont ici respectivement interprétés par John Goodman ("Blues Brothers 2000", "The Big Lebowski", "Speed Racer") et Alan Arkin (un acteur à la carrière déjà très longue mais dont le personnage de grand-père vous a peut-être marqué si vous avez vu "Little Miss Sunshine"). Et d'une façon très surprenante, ces deux personnages apportent un côté comique à "Argo" malgré la situation dramatique dont il est question car leur vision de l'industrie cinématographique est bourrée d'humour et de sarcasmes qui ne pourront que surprendre le spectateur au milieu de toute cette histoire. Et si leur importance s'amenuise fortement dès que l'action du film se concentre sur le sauvetage en territoire iranien, on ne pourra que se régaler d'en avoir autant appris sur les dessous d'Hollywood en seulement une poignée de scènes.

(Les scènes montrant les coulisse d'Hollywood sont l'occasion de souffler, et même de rire un peu au sein de toute la tension du film !)

Une fois que l'opération est lancée et que le personnage de Tony Mendez se retrouve seul en Iran pour en faire sortir ses 6 compatriotes, la tension du film monte d'un (gros) cran et celle-ci n'aura de cesse d'augmenter jusqu'à la fin du métrage par le biais d'une succession de scènes plus crispantes les unes que les autres. On pourra éventuellement s'énerver du comportement de certains des 6 américains mais si on prend le temps de réfléchir quelques secondes au danger auquel ces gens étaient exposé (alors qu'ils n'étaient après tout que des employés de bureau), on pourra leur pardonner leur attitude qui sert également à faire fonctionner le film en tant que thriller. Car les imprévus et les retournements de situation sont au programme et certaines scènes de tension ne correspondent peut-être pas tout à fait à la réalité de ce qui s'est passé à cette époque, mais elles servent le film à merveille et font en sorte qu'on a envie d'arracher les sièges du cinéma tant le stress est à son comble.

N'oublions pas de signaler le jeu tout en retenue de Ben Affleck qui interprète ici un Tony Mendez impressionnant par sa stature imposante et son calme quasi-permanent qui ont d'abord tendance à le faire passer pour un personnage complètement détaché alors qu'il s'agit en fait d'un professionnel totalement dévoué à sa mission et toujours très conscient de se qui se déroule sous ses yeux. Malgré son visage apparemment souvent figé, on peut deviner ce qu'il pense rien que par ses regards ou son attitude corporelle générale et au final on ne pourra qu'être impressionné par ce personnage au courage et au professionnalisme largement supérieurs à la moyenne ! Un personnage très réussi donc, et c'est tant mieux car c'est sur lui que repose l'intégralité du film !



Avec "Argo", Ben Affleck ne signe pas seulement un très bon 3ème film en tant que réalisateur, il nous livre également un excellent thriller à l'ancienne et démontre qu'il n'y a pas besoin de scènes d'action à gogo pour scotcher le spectateur dans son siège. Une bonne histoire bien rythmée, de très bons acteurs et une tension superbement gérée y arrivent à merveille ! C'est malheureusement une façon de faire des films qui a tendance à se perdre à Hollywood depuis quelques années...

"Argo" est donc l'un des meilleurs films de cette fin d'année 2012 ! Il redonne ses lettres de noblesse au thriller et son seul défaut est de légèrement occulter l'engagement du Canada dans cette opération plus que risquée (notamment sur le plan international). Mais après tout, le but d'"Argo" n'est pas de proposer un film documentaire. Il s'agit plutôt d'une opération vue du point de vue américain, et par un américain qui n'hésite pas à prendre du recul sur les agissements pas toujours très glorieux de son propre pays. Brilliant !

Bon maintenant, il est grand temps que je m'intéresse à "Gone Baby Gone" et "The Town" qui sont, paraît-il, également très bons !

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