5 avril 2015

Critique ciné : Fast & Furious 7

La saga Fast & Furious en est déjà à son septième film ! Et c'est pour moi un mystère car le premier Fast & Furious (2001) n'était ni plus ni moins qu'un gros plagiat de l'excellent Point Break (1991). Sympa pour l'époque, mais il a déjà beaucoup moins bien veilli que le film dont il s'inspire. 2 Fast 2 Furious (2003) jouait la carte de la suite facile et pas trop prise de tête pour un résultat assez désolant. Mais le pire était à venir avec Fast & Furious : Tokyo Drift (2006) qui atteignait des sommets de médiocrité. Fast & Furious 4 (2009) tentait de redresser la barre en quittant l'univers des courses de rue et en réorientant la saga vers le cinéma d'action plus généraliste. Malgré le retour du casting d'origine, le résultat était loin d'être concluant ! L'ensemble était un peu plus réussi avec Fast & Furious 5 (2011) qui voyait l'arrivée de Dwayne "The Rock" Johnson au sein du casting. Mais ce n'est qu'avec Fast & Furious 6 (2013) que la saga a enfin rempli ses objectifs en mêlant correctement action débridée, humour et bonne utilisation de quasiment tous les personnages (et un box-office approchant les 800 millions de dollars).

Il ne restait plus qu'à réitérer l'exploit puisque le studio Universal souhaitait enchaîner le plus vite possible sur un 7ème film prévu pour l'été 2014. C'est d'ailleurs pour cette raison que le réalisateur Justin Lin (qui a officié sur les épisodes 3, 4, 5 et 6) a choisi de ne pas rempiler, afin de ne pas sacrifier la qualité des films pour satisfaire les demandes du studio. C'est donc James Wan (Saw, Insidious, The Conjuring) qui le remplace, et si les présences de Paul Walker et Vin Diesel étaient assurées dès le départ, ce n'était pas le cas de The Rock qui devait tourner en priorité le film Hercule de Brett Ratner, même si celui-ci a finalement pu s'arranger pour apparaître dans le film.

Seulement, le 30 novembre 2013, alors que Fast & Furious 7 en est à la moitié de son tournage, Paul Walker décède dans un accident de voiture alors qu'il est le passager d'une Porsche Carrera GT conduite par un de ses amis à près de 150 km/h dans une zone urbaine de Santa Clarita (Californie) limitée à environ 70 km/h. Le véhicule a quitté la route, s'est encastré dans un palmier et a immédiatement pris feu. La production du film est stoppée dans un premier temps, mais il est finalement décidé de réécrire certains passages et de terminer le tournage en utilisant une combinaison d'effets spéciaux et des frères (Cody et Caleb) de Paul Walker afin de finaliser ses scènes. La sortie de Fast & Furious 7 a ainsi été repoussée au mois d'avril 2015.


À la fin de Fast & Furious 6, il était enfin clairement établi que l'épisode Tokyo Drift se situait chronologiquement entre le 6ème et le 7ème film, ce qui permettait d'introduire un nouvel antagoniste (interprété par Jason Statham) motivé par un sentiment de vengeance envers les héros de la saga. Malheureusement, et aussi surprenant que cela puisse paraître, cet aspect du scénario ne constitue pas tout à fait l'histoire principale de ce nouvel épisode, où nos héros sont une nouvelle fois engagés (par un nouveau personnage, collègue de The Rock, interprété par Kurt Russell) pour stopper une bande de méchants au plan machiavélique et mettant en danger la sécurité mondiale (comme dans le 6). Du coup, ces deux histoires se mélangent de façon assez bizarre, avec Jason Statham qui arrive régulièrement comme un cheveu sur la soupe, ce qui apporte davantage de confusion que d'intérêt pour ces enjeux assez inintéressants. Si l'aspect scénaristique n'a jamais été le fort de la saga, il est tout de même dommage qu'il soit aussi bancal ici, d'autant plus que le film revient également sur la perte de mémoire de Letty, alors que c'était peut-être l'un des côtés les moins glorieux de la saga sur lequel il aurait peut-être été bon de ne plus trop insister.

Était-ce bien utile de revenir dans la saga pour l'alourdir de sentimentalisme idiot ?

Côté continuité, les fans de l'intégralité de la saga seront ravis de revoir quelques anciens personnages des précédents films (notamment du 1, du 3 et du 5), même si cela ne dépasse bien souvent pas le stade du caméo pas forcément très utile. En revanche, même si le casting principal a perdu deux de ses membres à la fin du sixième film, force est de constater que le scénariste Chris Morgan (qui a écrit tous les films depuis le 3ème) a beaucoup de mal à utiliser tous ses personnages. Roman est plus souvent pathétique que drôle, et son intérêt est franchement discutable dans la majorité des scènes. Idem pour Tej, le hacker de service qui semble de moins en moins utile et qui semble avoir signé pour revenir seulement si on lui attribuait une scène de baston (complètement hors sujet lorsqu'elle survient). Letty non-plus n'a plus grand chose à faire, et si on laisse de côté cette histoire de perte de mémoire, sa participation se résume à une scène de baston (correcte, mais pas forcément mémorable).

Autrefois très drôle, désormais agaçant et inutile...

La nouvelle venue Nathalie Emmanuel (vue dans Game Of Thrones) ne sert pas non-plus à grand-chose, si ce n'est d'être en doublon par rapport à Tej. Et l'apport de Kurt Russell à la saga reste totalement anecdotique tant son personnage aurait pu être interprété par n'importe qui (un peu comme les méchants très oubliables joués par Djimon Hounsou, Tony Jaa et Ronda Rousey). Mais là où ça devient plus grave, c'est lorsque les personnages emblématiques de la saga sont mal utilisés ! The Rock est en effet absent de la grande majorité des scènes du film et il est juste assez visible pour qu'il ne s'agisse pas d'un simple caméo (ça doit être ça l'arrangement qu'ils ont trouvé pour qu'il puisse tourner le lamentable Hercule). Pire : le personnage de Dominic Torreto qui avait soigneusement évité d'être affaibli dans quelque circonstance que ce soit dans les 6 films précédents (ou plutôt dans les 4 dans lesquels il apparaissait) se trouve ici considérablement ramolli par des choix scénaristiques hautement discutables et qui concernent le plus souvent les aspects les moins intéressants du scénario. Vin Diesel était déjà hautement risible dans son registre habituel, mais il s'avère encore plus pathétique lorsqu'il tente de faire preuve de sensibilité. Le personnage de Paul Walker reste quant à lui fidèle à lui-même, sans profondeur et sauvant la mise grâce à ses sourires niais...



J'attribue tout de même à Paul Walker la meilleure scène visuelle du film (un peu trop dévoilée dans le trailer ci-dessus, comme quasiment toutes les scènes d'action d'ailleurs), un moment de bravoure à couper le souffle comme on aurait aimé en voir davantage (il y a une tentative de réitérer l'exploit avec Vin Diesel en fin de métrage, mais ça tombe complètement à plat). La seule scène d'action mémorable du film est la course-poursuite sur la route de montagne qui arrive presque au même niveau que l'excellente scène de l'autoroute espagnole dans le 6ème film. En revanche, toutes les autres scènes d'action sont assez génériques et on a déjà vu beaucoup mieux plus tôt dans la saga (notamment dans les deux films précédents). La scène des tours de Abu Dhabi (également bien trop dévoilée dans les trailers) est loin de tenir ses promesses et comporte même les effets numériques les plus dégueulasses de la saga depuis le second film (et ça rappelle également à quel point les scènes des tours de Dubaï dans Mission : Impossible - Protocole Fantôme étaient époustouflantes). Même la fameuse scène des véhicules largués depuis un avion (ultra-dévoilée dans les trailers) n'a finalement rien de bien fou, et s'avère assez plate comparé au grand moment de folie que constituait une scène similaire de L'Agence Tous Risques (2010).

Pourquoi avoir été chercher Kurt Russell si c'était juste pour lui faire faire ça ?

La scène d'action finale de Fast & Furious 7 se paye également le luxe d'être l'une des moins inspirées de la saga, alors que le fait de se dérouler en milieu urbain aurait pu rendre l'ensemble bien palpitant (en y ajoutant par exemple des forces de police en grand nombre, alors que celles-ci sont curieusement très absentes et que les divers enjeux de cette séquence sont loin d'être passionnants). N'oublions pas de préciser que l'apport de Jason Statham ne tient finalement pas ses promesses au sein de la saga. Tantôt sur-vendu quant à ses capacités (quasiment surhumaines par moments), puis arrivant n'importe-quand alors que le film s'acharne à nous présenter des enjeux différents, sans parler de ses motivations difficilement compréhensibles, il a finalement beaucoup de mal à trouver sa place au sein de cet univers, si ce n'est pour servir de némésis passager au personnage de Dominic Torreto. Décevant...

Le plus gros gâchis du film, où quand Jason Statham s'avère encore moins bien exploité que dans ses films d'action habituels...

Signalons pour terminer les efforts déployés pour terminer le film sans Paul Walker. S'il est difficile de dire quelles sont les scènes d'action auxquelles il n'a pas participé, on voit en revanche très bien trois scènes de dialogues (une avec Mia, deux avec Dom) qui ont clairement été remontées pour offrir à son personnage une porte de sortie en douceur de la saga. C'est d'autant plus flagrant que Brian ne parle quasiment pas dans ces scènes, qu'il se contente de regards ou de vagues réponses assez passe-partout, et que les scènes sont montées en "champ / contrechamp" afin qu'on ne voie pas le visage de Paul Walker en même temps que celui de son interlocuteur. Même si ces moments sont assez visibles, il est difficile d'en tenir rigueur à toute une équipe qui a clairement fait de son mieux pour que cela s'intègre au reste du film. Et il est tout aussi difficile de ne pas avoir la gorge serrée lors de l'hommage sincère qui lui est rendu en fin de métrage.

Un hommage poignant à Paul Walker, que l'on soit fan ou non de son jeu d'acteur.

Au final, Fast & Furious 7 renoue avec la médiocrité qui a presque toujours caractérisé la saga, et c'est sans parler de la première demi-heure du film qui, en dehors d'une scène de baston complètement "over the top", se contente de ressasser des informations déjà connues depuis la fin du 6ème épisode. Pourtant le film semble bien parti pour obtenir une nouvelle fois un box-office monstrueux tandis que l'annonce de nouvelles suites ne devrait plus tarder. Un mystère pour moi, je vous dis...

3 avril 2015

24FPS 70 : Chappie

Après Elysium, Neill Blomkamp est de retour avec Chappie, son nouveau film de science-fiction centré cette fois sur les robots. Que du bonheur pour 24FPS, le podcast ciné avec ou sans spoiler !


Dans la première partie de l'émission, Julien et moi revienons tout d'abord sur la genèse du film et on livre nos impressions générales sans spoiler. Puis, lorsque survient le signal sonore (vers 1:19), on détaille nos avis sur de nombreuses scènes en dévoilant toute l'histoire du film et en digressant largement par moments !



Bonne écoute, et n'hésitez pas à nous dire ce que vous pensez du cinéma de Neill Blomkamp.

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Crédits musicaux : It's A Dangerous City de Hans Zimmer, issu de l'album Chappie - Original Motion Picture Soundtrack (2015), et Enter The Ninja de Die Antwoord, issu de l'EP 5 (2010)