23 février 2015

Critique ciné : American Sniper

Mine de rien, le réalisateur Clint Eastwood nous propose quasiment un film par an depuis le milieu des années 90, et depuis le milieu des années 2000, la plupart d'entre-eux sont inspirés de faits réels comme Mémoires De Nos Pères (2005), Lettres d'Iwo Jima (2006), L'Échange (2008), Invictus (2009), J. Edgar (2011) et Jersey Boys (2014).

Avec American Sniper, il s'attaque cette fois à un chapitre très récent de l'histoire des Etats-Unis puisqu'il y trace le portrait de Chris Kyle, le tireur d'élite le plus redoutable de l'histoire de l'armée américaine, puisque cette dernière lui a confirmé 160 tirs mortels (alors que la réalité serait proche de 255 tirs mortels) lors de la seconde guerre en Irak au début des années 2000, ce qui représente environ trois fois le record précédent (de l'armée américaine).


Après quelques scènes introduisant Chris Kyle dans sa jeunesse, le film ne démarre véritablement que lorsque celui-ci (interprété par un Bradley Cooper impeccable, voire même impressionnant de mimétisme selon les proches de Chris Kyle) décide de s'engager dans l'armée. On suit alors son parcours, en appuyant bien évidemment sur les moments forts de ses quatre longs séjours en Irak, mais en les alternant avec quelques passages de vie familiale qui nous montrent bien que toute l'attention de Chris Kyle se trouve en Irak et que ses proches en souffrent. Pour pousser un peu le scénario lors des phases en Irak, on a inventé un ennemi pour Chris Kyle (en se basant sur quelques faits réels). Seulement, cette rivalité mortelle entre snipers surdoués parait (à juste titre) très artificielle et beaucoup trop hollywoodienne pour être crédible. Une maladresse vraiment trop visible...

Comme souvent avec Clint Eastwood, la mise en scène est très propre et soignée, et quelques bons moments de tension ainsi que de rares scènes d'action viennent pimenter le déroulement du film. Mais comme souvent avec Clint Eastwood, ce sont les effets spéciaux qui piquent un peu, notamment le faux sang numérique qui agrémente quasiment tous les morts par balles dans le film. Mais on regrettera également la présence d'hélicoptères trop numériques et on retiendra (dans le mauvais sens du terme) une scène de tempête de sable quasiment illisible au chapitre des ratages visuels du film.



Il n'en reste pas moins que le personnage de Chris Kyle, malgré ses aptitudes exceptionnelles et sa réputation, a du mal à trouver sa place dans la société lorsqu'il ne se trouve pas sur le champ de bataille. Mais plutôt que d'essayer de rentrer dans la psychologie du personnage, on reste à la surface des choses et on n'en sait finalement pas beaucoup plus que sa femme qui ne le comprend plus. Et c'est là que le bât blesse vraiment en ce qui concerne American Sniper : on a déjà vu tout ça, et en beaucoup mieux, dans Démineurs (et d'autres films sur la guerre dont les protagonistes ont du mal à se réintégrer à la société) !

Alors si on enlève la prestation de Bradley Cooper et une ou deux bonnes scènes de tension, que reste-t-il de American Sniper ? Ben pas grand-chose en fait ! Ça n'est pas très original dans son propos, on a déjà vu des films de guerre beaucoup plus impressionnants et profonds, ça n'est pas très juste historiquement parlant, et ça ne prend pas vraiment parti en ce qui concerne cette guerre en Irak. Car American Sniper n'est pas un film sur la guerre ! C'est un film sur Chris Kyle, un point c'est tout ! Du coup, les anti guerre en Irak y verront une apologie de la guerre (où les irakiens sont réduits à l'état de sauvages déshumanisés, ce qui est assez vrai dans le film), tandis que les pro guerre en Irak y verront un hommage à un grand patriote ainsi qu'une critique du suivi des soldats après leur retour. Tous ces éléments sont effectivement présents dans le film, mais il sont largement minoritaire par rapport au sujet traité et toutes les polémiques (très américano-américaines) se situent davantage autour du film que dans le film lui-même. Bref, Clint Eastwood a juste réalisé un film assez correct (mais sans plus) et sans grande originalité sur un soldat américain, là où tout le monde aurait souhaité voir un film sur la guerre en Irak...

Quant à la fin un peu abrupte du film, il faut savoir que celle-ci n'était pas prévue lorsque le film a été mis en chantier et que cet événement s'est produit pendant la phase de pré-production du film, ce qui explique qu'on ne s'attarde pas davantage dessus, d'autant plus que l'affaire est seulement en train d'être jugée en ce moment (février 2015), donc il est légalement difficile de statuer à ce sujet dans le film alors que le jugement réel n'a pas encore été rendu.

Aucun commentaire: