28 février 2015

24FPS 68 : Kingsman Services Secrets

Et voici le premier épisode complet de 24FPS, le podcast ciné avec ou sans spoiler, de l'année 2015, et il est consacré au film Kingsman Services Secrets de Matthew Vaughn !


Dans la première partie de l'émission, Julien et moi revenons tout d'abord sur le comic book d'origine puis sur la carrière déjà riche de Matthew Vaughn, avant de livrer nos impressions sur Kingsman Services Secrets sans le moindre spoiler. Puis, après le signal sonore, nous explorons les détails du film en racontant toute l'histoire mais aussi en relevant les références dissimulées dans celui-ci.



Bonne écoute, et n'hésitez pas à réagir aux différentes questions restées en suspens durant l'émission !

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Crédits musicaux : Manners Maketh Man de Henry Jackman & Matthew Margeson, issu de l'album Kingsman The Secret Service (2015), et Money For Nothing de Dire Straits, issu de l'album Brothers In Arms (1985)

26 février 2015

Le premier clip de mon groupe Defraktor !

Je ne parle pas souvent musique par ici, pas aussi souvent que je le voudrais en tout cas ! Mais je suis guitariste et cela fait bientôt 10 ans que j'essaie de monter un groupe de Thrash-Metal. Et les choses se sont enfin concrétisées il y a 3 ou 4 ans avec la rencontre de musiciens sérieux et motivés. Le résultat se nomme Defraktor et nous avons déjà donné quelques concerts dans l'est de la France.


Aujourd'hui nous sommes en mesure de vous proposer notre premier morceau écoutable en ligne. Il s'agit du titre Echoes Of A Dark Future que nous avons pu enregistrer dans des conditions semi-professionnelles dans le cadre d'une compilation vinyle qui devrait sortir très prochainement. C'était pour nous une première expérience d'enregistrement dans des conditions proches du studio, et nous avons décidé de rendre le morceau disponible à l'écoute via ce clip "fait-maison" :



Pour info, nous travaillons déjà sur la sortie d'un CD qui contiendra trois autres titres que celui présenté ci-dessus, et je peux déjà vous dire que la qualité de production sonore est sans commune mesure avec ce que vous pouvez entendre ici. Je vous en reparlerai lorsque ce sera disponible, mais en attendant vous pouvez rester informés de l'actualité du groupe via sa page Facebook ou également sur Twitter.

24 février 2015

Critique ciné : Kingsman - Services Secrets

Après avoir marqué les esprits avec Kick-Ass puis X-Men - Le Commencement, Matthew Vaughn a dans un premier temps commencé à travailler sur X-Men Days Of Future Past avant d'abandonner le projet pour cause de différends créatifs avec le studio. Mais il n'a pas pour autant abandonné le monde des comics puisqu'il s'est immédiatement mis au travail pour adapter The Secret Service, une BD de Mark Millar et Dave Gibbons parue en 2012/13 qu'il connait bien puisqu'il avait participé à son scénario. Quelques acteurs prestigieux au casting, une histoire légèrement réécrite et voici que débarque Kingsman - Services Secrets sur grand écran en ce début 2015.


C'est en quelque sorte un mix entre Kick-Ass et X-Men - Le Commencement : un jeune homme se retrouve propulsé dans un monde d'action et de grands méchants tels qu'on les voit dans les films de James Bond (au lieu du monde des comics de Kick-Ass), mais il doit tout d'abord faire ses preuves au sein d'une école spéciale située dans une riche demeure (un peu comme l'école du Professeur Xavier), aux épreuves aussi surprenantes que potentiellement mortelles. Quoique contrairement aux deux films pré-cités, les choses paraissent assez faciles dans l'ensemble et peu d'efforts ont été déployés pour tenter de rendre cette histoire un minimum crédible. Et Kingsman n'est pas vraiment non-plus la grosse comédie déjantée que semblent vendre les bande-annonces. Le film est certes assez drôle par moments, mais cela alterne étrangement avec des moments beaucoup plus sérieux qui ne fonctionnent pas vraiment comme ils le devraient, donc le film ressemble souvent à un gros fourre-tout mal équilibré qui a du mal à choisir son camp, et c'est un peu dommage...

Côté casting, Michael Caine reste sans surprise dans son registre habituel, Mark Strong est toujours aussi bon dans le domaine du "pince sans rire" et Colin Firth s'avère très surprenant à contre-emploi tandis que Samuel L. Jackson est un peu fatigant avec ses cabotinages incessants. Du côté des jeunes, la quasi-débutant Taron Egerton peine à être totalement convaincant en personnage principal avant la dernière partie du long-métrage, alors que ses collègues féminines, Sophie Cookson et surtout l'acrobatique Sofia Boutella sortent nettement mieux leur épingle du jeu !



Kingsman - The Secret Service est tout de même un divertissement assez honnête, et il s'avère très surprenant par moments ! Mais on est loin d'un film qui marque les esprits comme l'étaient Kick-Ass ou X-Men - Le Commencement. Matthew Vaugh reste un incontournable de l'adaptation de comics au cinéma, même si ce nouveau film peut laisser penser que le cinéaste commence à tourner en rond au niveau des thématiques abordées et des scènes choc (les points communs avec certains retournements de situation de Kick-Ass sont tout de même assez nombreux dans Kingsman), mais on n'en suivra pas avec moins d'intérêt la suite de la carrière du cinéaste.

23 février 2015

Critique ciné : American Sniper

Mine de rien, le réalisateur Clint Eastwood nous propose quasiment un film par an depuis le milieu des années 90, et depuis le milieu des années 2000, la plupart d'entre-eux sont inspirés de faits réels comme Mémoires De Nos Pères (2005), Lettres d'Iwo Jima (2006), L'Échange (2008), Invictus (2009), J. Edgar (2011) et Jersey Boys (2014).

Avec American Sniper, il s'attaque cette fois à un chapitre très récent de l'histoire des Etats-Unis puisqu'il y trace le portrait de Chris Kyle, le tireur d'élite le plus redoutable de l'histoire de l'armée américaine, puisque cette dernière lui a confirmé 160 tirs mortels (alors que la réalité serait proche de 255 tirs mortels) lors de la seconde guerre en Irak au début des années 2000, ce qui représente environ trois fois le record précédent (de l'armée américaine).


Après quelques scènes introduisant Chris Kyle dans sa jeunesse, le film ne démarre véritablement que lorsque celui-ci (interprété par un Bradley Cooper impeccable, voire même impressionnant de mimétisme selon les proches de Chris Kyle) décide de s'engager dans l'armée. On suit alors son parcours, en appuyant bien évidemment sur les moments forts de ses quatre longs séjours en Irak, mais en les alternant avec quelques passages de vie familiale qui nous montrent bien que toute l'attention de Chris Kyle se trouve en Irak et que ses proches en souffrent. Pour pousser un peu le scénario lors des phases en Irak, on a inventé un ennemi pour Chris Kyle (en se basant sur quelques faits réels). Seulement, cette rivalité mortelle entre snipers surdoués parait (à juste titre) très artificielle et beaucoup trop hollywoodienne pour être crédible. Une maladresse vraiment trop visible...

Comme souvent avec Clint Eastwood, la mise en scène est très propre et soignée, et quelques bons moments de tension ainsi que de rares scènes d'action viennent pimenter le déroulement du film. Mais comme souvent avec Clint Eastwood, ce sont les effets spéciaux qui piquent un peu, notamment le faux sang numérique qui agrémente quasiment tous les morts par balles dans le film. Mais on regrettera également la présence d'hélicoptères trop numériques et on retiendra (dans le mauvais sens du terme) une scène de tempête de sable quasiment illisible au chapitre des ratages visuels du film.



Il n'en reste pas moins que le personnage de Chris Kyle, malgré ses aptitudes exceptionnelles et sa réputation, a du mal à trouver sa place dans la société lorsqu'il ne se trouve pas sur le champ de bataille. Mais plutôt que d'essayer de rentrer dans la psychologie du personnage, on reste à la surface des choses et on n'en sait finalement pas beaucoup plus que sa femme qui ne le comprend plus. Et c'est là que le bât blesse vraiment en ce qui concerne American Sniper : on a déjà vu tout ça, et en beaucoup mieux, dans Démineurs (et d'autres films sur la guerre dont les protagonistes ont du mal à se réintégrer à la société) !

Alors si on enlève la prestation de Bradley Cooper et une ou deux bonnes scènes de tension, que reste-t-il de American Sniper ? Ben pas grand-chose en fait ! Ça n'est pas très original dans son propos, on a déjà vu des films de guerre beaucoup plus impressionnants et profonds, ça n'est pas très juste historiquement parlant, et ça ne prend pas vraiment parti en ce qui concerne cette guerre en Irak. Car American Sniper n'est pas un film sur la guerre ! C'est un film sur Chris Kyle, un point c'est tout ! Du coup, les anti guerre en Irak y verront une apologie de la guerre (où les irakiens sont réduits à l'état de sauvages déshumanisés, ce qui est assez vrai dans le film), tandis que les pro guerre en Irak y verront un hommage à un grand patriote ainsi qu'une critique du suivi des soldats après leur retour. Tous ces éléments sont effectivement présents dans le film, mais il sont largement minoritaire par rapport au sujet traité et toutes les polémiques (très américano-américaines) se situent davantage autour du film que dans le film lui-même. Bref, Clint Eastwood a juste réalisé un film assez correct (mais sans plus) et sans grande originalité sur un soldat américain, là où tout le monde aurait souhaité voir un film sur la guerre en Irak...

Quant à la fin un peu abrupte du film, il faut savoir que celle-ci n'était pas prévue lorsque le film a été mis en chantier et que cet événement s'est produit pendant la phase de pré-production du film, ce qui explique qu'on ne s'attarde pas davantage dessus, d'autant plus que l'affaire est seulement en train d'être jugée en ce moment (février 2015), donc il est légalement difficile de statuer à ce sujet dans le film alors que le jugement réel n'a pas encore été rendu.

16 février 2015

24FPS HS 2015 : Les films de Janvier

L'année 2015 débute enfin pour de bon chez 24FPS, le podcast ciné avec ou sans spoiler, avec un hors-série rempli de 10 films abordés sans spoiler (sauf le dernier) !


Voici donc la liste des films dont il est question :

- A Most Violent Year de J.C. Chandor
- Les Nouveaux Sauvages de Damián Szifrón
- Hard Day de Kim Seong-hun
- Snow Therapy de Ruben Östlund
- L'Affaire SK1 de Frédéric Tellier
- Pasolini de Abel Ferrara
- The Disappearance Of Eleanor Rigby de Ned Benson
- Une Merveilleuse Histoire Du Temps de James Marsh
- St. Vincent de Theodore Melfi
- Imitation Game de Morten Tyldum (et seul celui-ci bénéficie d'une partie avec spoiler en fin d'émission).



Bonne écoute, et n'hésitez pas à nous dire ce que vous avez pensé de ces films !

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Crédits musicaux : Eleanor Rigby des Beatles, issu de l'album Revolver (1966)

13 février 2015

Critique ciné : Jupiter - Le Destin De l'Univers

Depuis la sortie de la trilogie Matrix, les Wachowski n'ont décidément pas de bol avec la façon dont Warner Bros gère la promotion et la distribution de leurs films. Speed Racer (2008) est clairement passé à côté du succès qu'il méritait car le peu de personnes à l'avoir vu n'a souvent pas su le juger en le remettant dans son contexte (à savoir une adaptation d'un dessin-animé japonais des années 60 et culte aux Etats-Unis). Puis la sortie de Cloud Atlas avait été reportée de plusieurs mois en Europe, sortant ainsi début 2013 au lieu d'octobre 2012 alors qu'il était déjà disponible en vidéo aux Etats-Unis (avec les conséquences que cela peut avoir côté piratage), sans parler d'un manque de promotion plus qu'évident.

On a pensé pendant un temps que les Wachowski revenaient aux affaires avec Jupiter Ascending (traduit par Jupiter - Le Destin De l'Univers pour la France, mais on va faire comme si ça n'existait pas, hein ?) puisqu'il s'agit de leur premier scénario original depuis Matrix (et non pas d'une adaptation d'un matériau existant comme leurs deux précédents films). Mais la Warner a tenté une nouvelle fois de faire comprendre au monde entier qu'elle ne croyait finalement pas du tout dans le potentiel du film en repoussant sa date de sortie de juillet 2014 à février 2015, soi-disant pour des histoires d'effets spéciaux à finaliser et de campagne marketing à mieux préparer. Cela ne rassure évidemment pas sur la qualité du film, mais au final il est clair que Warner se fout de nous (et des Wachowski) puisque la campagne marketing a finalement été réduite au minimum syndical au moment de la sortie du film.


La jolie Jupiter (Mila Kunis) possède un destin incroyable qui fait d'elle l'un des enjeux principaux de la stabilité (économique, oui oui) de l'univers. Mais le beau et ténébreux Caine (Channing Tatum) a été engagé pour la sauver... Ouais le pitch de départ est pas folichon, et malheureusement ce n'est pas beaucoup mieux ensuite. En dehors de l'univers créé de toutes pièces par les Wachowski (sympa mais qui n'est malheureusement pas assez fouillé pour être véritablement passionnant), toute cette histoire sent le super-réchauffé et ne possède pas une once d'originalité. Les méchants sont à la fois insupportables, caricaturaux et prévisibles, et si les acteurs s'en sortent pas trop mal dans l'ensemble (sauf Mila Kunis qui n'a certainement pas les épaules pour porter un film à elle toute seule), force est de constater qu'ils font visiblement de leur mieux avec ce qu'on leur a donné à jouer.

Car tout ça aurait pu bénéficier d'une bonne dose de second degré pour mieux faire passer la pilule ! Mais non, il faut se contenter de personnages au premier degré très lisses, voire même franchement caricaturaux dans de cas des méchants. L'ensemble aurait pu également bénéficier d'effets spéciaux impressionnants, mais malheureusement certains de protagonistes aux maquillages à peine dignes d'une série TV des années 90, tandis que les univers à priori assez détaillés ne sont pas vraiment mis en valeur par des images de synthèses correctes mais sans plus. Pire, les Wachowski sont pour la première fois incapables de rendre leurs scènes d'actions lisibles (et ça doit être encore pire en 3D).



Bref, entre des enjeux confus, des effets spéciaux inégaux et parfois franchement ratés, un certain manque d'inspiration côté scénario et des acteurs pas super convaincants, Jupiter Ascending n'est clairement pas la claque attendue ! Mais ce n'est pas non-plus une atrocité à regarder (sauf pour sa VF qui est catastrophique), c'est juste un divertissement moyen, sans grande envergure et un peu bancal. J'en retiens tout de même la jolie Mila Kunis, quelques beaux moments de bravoure de la part de Channing Tatum, quelques jolies scènes entre les deux protagonistes principaux et un univers qui mériterait d'être mieux exploré.

Et ce qui me met en colère c'est que j'ai vu des blockbusters (qui a dit Transformers ?) bien plus merdiques que ça qui ont bénéficié d'énormes campagnes marketing (et de chiffres hallucinants au box-office). J'ai aussi vu des blockbusters tout aussi maladroits (X-Men Days Of Future Past par exemple) bénéficier de grosses campagnes marketing et de critiques dithyrambiques !

Donc même si Jupiter Ascending n'est clairement pas top, il reste tout de même bien supérieur à de nombreuses merdes que le grand public va voir en masse, et il se laisse voir tout en se laissant oublier aussitôt après. Les Wachowski ne méritaient pas un tel traitement de la part de Warner Bros, et je n'ai pas perdu espoir en ce qui concerne leur talent créatif. J'espère également qu'ils vont changer de crémerie en ce qui concerne la distribution de leurs futurs films...

12 février 2015

24FPS HS : Festival de Gérardmer 2015

Comme en 2014, je me suis rendu au Festival International de Film Fantastique de Gérardmer et je vous livre mes impressions sur tous les films vus (à savoir principalement les films en compétition) dans cette émission intégralement sans spoiler !


Voici la liste des films abordés :

- Ex_Machina de Alex Garland
- Goodnight Mommy de Veronika Franz & Severin Fiala
- Cub de Jonas Govaerts
- The Signal de William Eubank
- The Man In The Orange Jacket de Aik Karapetian
- Jamie Marks Is Dead de Carter Smith
- The Voices de Marjane Satrapi
- It Follows de David Robert Mitchell
- Réalité de Quentin Dupieux
- These Final Hours de Zak Hilditch
- Honeymoon de Leigh Janiak
- Tusk de Kevin Smith

Ainsi que mes impressions sur le palmarès...



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Bonne écoute, et n'hésitez pas à partager vos impressions si vous avez pu voir certains de ces films !

10 février 2015

Critique ciné : Foxcatcher

En 1996, un grave fait-divers secoue le monde de la lutte aux Etats-Unis. Celui-ci implique le milliardaire John E. du Pont, amateur de lutte et entraineur auto-proclamé de l'équipe Foxcatcher, et les frères Schultz, tous deux médaillés à de nombreuses reprises au Jeux Olympiques et au Championnats du Monde depuis le milieu des années 80, et proches collaborateurs de John E. du Pont. Les relations entre ces 3 personnages et le drame qui en résulte sont le sujet du film Foxcatcher de Bennett Miller.


Ce qui marque tout de suite le spectateur, dès les premières minutes, c'est le rythme très particulier de ce long-métrage. Les scènes tirent en longueur, les dialogues sont rares et parfois récités avec d'étonnantes hésitations, et le tout fait la part belle à une mise en scène très (trop ?) contemplative. On finit par s'y faire, et c'est un bon moyen d'admirer la photo sublime que l'on doit à Greig Fraser (Cogan, Zero Dark Thirty) ainsi que les décors extrêmement soignés et très bien mis en valeur dans le film. On note aussi une absence de musique dans la plupart des scènes, même lorsqu'elles sont muettes, et seules quelques petites notes discrètes viennent habiller ce qu'on voit ici et là.

Le problème en revanche, c'est que les scènes se succèdent sans que l'on prenne le temps de nous expliquer ce qui se passe. La mise en scène toujours très soignée semble indiquer une grande intensité dans ce qui est en train de se dérouler, mais on a souvent le sentiment d'avoir raté ce qui a pu conduire à la scène qu'on est en train de voir, tout comme on se demande régulièrement quel peut être le sens ou les conséquences de ce qu'on vient de voir, sans que rien ne permette jamais de répondre à ces questions. Du coup, cette volonté de rendre toutes les scènes intenses au détriment de l'histoire qu'il faudrait raconter finit par saper l'intérêt de l'ensemble, puisqu'on ne va jamais au fond des choses et qu'on se contente d'enchainer les scènes ultra-soignées et très travaillées, sans jamais tenter de se plonger dans la psychologie des personnages. On reste trop à la surface des choses...



On comprend bien évidemment qu'il y a un malaise entre John E. du Pont et sa mère concernant son intérêt pour la lutte, on comprend tout à fait que les frères Schultz n'ont pas la même façon d'appréhender la personnalité de John E. du Pont, on comprend également très bien que Mark Schultz est de moins en moins à l'aise avec la personne de John E. du Pont, et il faudrait vraiment ne pas être attentif du tout pour passer à côté du fait que John E. du Pont est quelqu'un d'étrange et inquiétant qui se préoccupe beaucoup plus de l'image que l'on peut avoir de lui que de ses réelles aptitudes à diriger une équipe sportive. Tout ça on l'appréhende donc très rapidement, mais les scènes se suivent et n'apportent jamais aucun élément supplémentaire à tout ça, durant plus de deux heures !

On assiste donc à un triste spectacle où l'on sent très bien que quelque-chose de grave va arriver, mais sans jamais qu'on nous explique pourquoi ça va arriver, et cela finit par être franchement frustrant ! C'est encore plus agaçant quand on voit le talent évident des 3 acteurs principaux (dont évidemment le méconnaissable Steve Carrell dans le rôle de John E. du Pont, aussi bien au niveau du visage que de l'attitude corporelle et de l'élocution) qui ont travaillé à fond les personnages qu'ils sont chargé d'interpréter.

Steve Carell est John E. du Pont

On dirait que le réalisateur Bennett Miller est totalement conscient de bénéficier de prestations de très haut vol de la part de ses acteurs, et d'une photo et de décors sublimes. Du coup, il réalise un film d'auteur très soigné, clinique et froid, allant presque jusqu'à rappeler la lenteur et le côté totalement contemplatif d'un certain Barry Lyndon. Mais il en oublie que son film est également supposé raconter une histoire, et cela devient particulièrement flagrant lorsque survient le drame qui conclut cette histoire, sans aucune introduction ni explication, et surtout en oubliant de préciser qu'une grosse ellipse temporelle se situe juste avant l'incident.

Il est donc légitime de ressentir un malaise à la fin de Foxcatcher, légitime de se demander si on a raté un élément de l'histoire qui a pu mener à cette fin. Car en fait l'histoire qui représente 95% de ce qu'on voit dans le film n'est absolument pas liée aux 5% qui représentent la fin du film. Ces deux histoires n'ont à priori pas de lien direct, même si le film tente de nous le faire croire très maladroitement. Alors pourquoi Bennett Miller a-t-il choisi cette histoire pour son film ? Pour amadouer les jurys des festivals ciné les plus prestigieux (Cannes, les Oscars) avec une histoire vraie tout en sachant que c'est sur son aspect purement technique que son film y est jugé ? Dans ce cas il a sûrement eu raison. Pour raconter une histoire forte et la faire connaitre au plus grand nombre ? Dans ce cas c'est un ratage quasi-complet !

Mark Ruffalo est très impressionnant, mais Channing Tatum l'est encore davantage !

Personnellement je me trouve dans la catégorie de la population pour qui un tel film s'apparente davantage à un ratage ultra-pompeux qu'à un chef-d'œuvre. Bennet Miller se moque pas mal de l'histoire qu'il est censé raconter et il préfère se concentrer sur la technique pure que sur la narration.

J'en veux pour preuve diverses libertés prises avec l'histoire réelle, certaines sont sans grande incidence mais d'autres n'apportent rien d'autre que de la confusion, comme le fait que les frères Schultz n'ont en fait jamais vécu au même moment sur la propriété de du Pont (Mark y a vécu de 1987 à 1988, tandis que Dave ne s'y est installé qu'à partir de 1989), ou le fait qu'un peu plus de 7 années séparent les Jeux Olympiques de Séoul de 1988 et l'incident qui s'est produit début 1996 à la ferme Foxcatcher (alors que le film enchaine directement les deux événements, sans aucune transition, comme s'ils étaient en corrélation). On notera tout de même que la scène du drame de 1996 est reproduite avec une très grande fidélité par rapport aux faits réels, notamment grâce aux témoignages et à la participation active sur le tournage de personnes qui étaient présentes ce jour-là.

Mais ce qui persiste chez moi après la vision de Foxcatcher, c'est l'impression d'un grand gâchis ! D'une bonne histoire sacrifiée pour se faire bien voir dans les festivals prestigieux, et c'est vraiment dommage d'avoir choisi cette voie avec tous les talents qui étaient en présence. Donc Foxcatcher n'est pour moi rien d'autre qu'un film froid, dénué d'émotions, et très prétentieux.

9 février 2015

Critique ciné : Imitation Game

Alan Turing est l'un des pères de l'informatique. Mathématicien de formation, il a participé à un projet secret en Angleterre visant à décoder les communications allemandes durant la seconde guerre mondiale, ce qui lui a permis de mettre en œuvre ses théories en construisant une machine qui allait poser les bases de ce qu'on appellerait plus tard un "ordinateur".

Bien qu'étant une expression employée par Turing dans le cadre de son célèbre test visant à distinguer un humain d'une intelligence artificielle, les mots Imitation Game servent ici de titre au film qui s'intéresse plutôt aux travaux de Turing pendant la guerre.


Et l'aspect le plus frappant et le plus intéressant dès le départ du film est sans conteste la caractérisation du personnage d'Alan Turing par le très talentueux Benedict Cumberbatch ! Bien qu'étant un génie dans son domaine (les mathématiques), il est difficile de ne pas s'attacher à ce personnage qui semble éprouver de grandes difficultés d'ordre social, ce qui le rend parfois (involontairement) drôle. En revanche, on ne peut pas en dire autant de Keira Knightley qui est censée interpréter à la fois une collègue très douée mais aussi une sorte d'intérêt amoureux pour Alan Turing, en la personne de Joan Clarke. La différence de niveau de jeu entre les deux acteurs principaux est tout simplement colossale, et cela devient très gênant dans les scènes où ils sont face à face. Heureusement, le niveau est largement remonté par les autres acteurs anglais tels que Matthew Goode, Mark Strong ou Charles Dance.

Côté histoire, on découvre avec grand intérêt cette partie de la vie Turing qui est restée secrète bien longtemps après sa mort. La tension est bien présente dans les relations avec ses supérieurs et ses collègues, et on jubile lorsqu'ils commencent enfin à trouver des moyens de décoder les messages allemands. Mais tout ça est régulièrement plombé par une pseudo-romance avec le personnage de Joan Clarke, qu'on pousse beaucoup trop en avant alors que ça ne fonctionne jamais. C'est très dommage, d'autant plus que cette relation amoureuse est grandement exagérée et embellie pour les besoins du film...



On retient tout de même de Imitation Game quelques très belles scènes, ainsi qu'une volonté de porter à l'attention du plus grand nombre l'importance des travaux de Turing qui aurait tout de même permis de raccourcir la seconde guerre mondiale de deux à quatre ans. Je regrette toutefois grandement que, même si la globalité de l'histoire reste assez proche de la réalité, de trop nombreux détails du film sont en fait complètement inventés, sans parler du fait que tous les travaux de Turing après la guerre (car ce sont surtout ceux-là qui sont à l'origine de l'informatique moderne) sont complètement occultés...

Donc Imitation Game est un film parfois bancal, mais qui contient tout de même de très bons moments et dont l'histoire mérite d'être connue !

1 février 2015

Festival de Gérardmer 2015 - Jour 5

L'édition 2015 du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer touche à sa fin et l'accalmie des chutes de neige n'aura pas duré longtemps (même pas la totalité de la veille)...


Et la compétition touche donc également à sa fin avec la projection de Honeymoon du réalisateur américain Leigh Janiak où il est question d'une lune de miel (qua va forcément mal tourner) !


Bea (Rose Leslie, vue dans Game Of Thrones "You Know Nothing John Snow") et Paul (Harry Treadaway, vu dans Penny Dreadful) sont fraichement mariés et vont passer leur lune de miel dans un chalet isolé. Mais après des premiers jours de bonheur total, le comportement de la jeune femme va changer après que son mari la retrouve totalement nue dans la forêt et en pleine nuit...

Mouais... le film met bien trop longtemps à démarrer et même si les deux jeunes gens sont plutôt attachants, on finit par se moquer de ce qui pourrait leur arriver vu qu'on rechigne beaucoup trop longtemps à commencer à nous expliquer ce qui se passe. D'ailleurs la fin tombe complètement à plat et il ne reste de l'ensemble qu'une impression de patchwork de scènes ultra-déjà-vues auxquelles on a tenté tant bien que mal de trouver une vague justification. Dommage que le scénario soit si décevant, car les ingrédients étaient réunis pour un bon petit film...

Un petit tour par l'expo d'arts plastiques du festival est l'occasion de se changer les idées en cette dernière journée qui démarre bien mollement :



Et un nouveau tour au centre-ville de Gérardmer est l'occasion de constater que la neige ne faiblit pas et que les congères au bord des routes et des chemins sont de plus en plus imposantes. Sera-t-il un jour possible de repartir d'ici ?


En attendant de connaitre le palmarès, allons jeter un œil au dernier film de Kevin Smith (Clerks, Dogma, Jay & Bob Contre-Attaquent, Red State). Celui-ci s'appelle Tusk et nous permet de suivre les tribulations d'un podcasteur américain qui se rend au Canada pour interroger un passionné de morses (oui, les animaux) :



On y oscille entre quelques séquences qui tentent d'instaurer l'angoisse et une large majorité de séquences qui tiennent davantage de la grosse blague de potache (sans parler des multiples occasions de faire passer les canadiens pour des cons). On ne sait pas trop si on doit rire ou être consterné par la bêtise de ce film dont le scénario découle d'ailleurs d'un podcast que Kevin Smith animait en compagnie d'un de ses meilleurs amis. Était-ce vraiment la peine de transformer ce gros délire en film ? Pas sûr, même si l'acteur Michael Parks est toujours impressionnant, que c'est l'occasion de voir à quoi ressemble aujourd'hui Haley Joel Osment (vous savez, le petit garçon qui voit des gens qui sont morts dans Sixième Sens), et que c'est aussi l'occasion de constater que Johnny Depp (quasi-méconnaissable) ajoute un nouveau type de pitreries lamentables à son jeu puisqu'il joue un inspecteur de la sécurité du Québec en imitant l'inspecteur Clouseau (incluant l'accent français du personnage de la série des films La Panthère Rose) sous alcool ! N'importe-quoi ce film...

Bref, il est temps de prendre connaissance du palmarès du festival :

Prix du court-métrage : Habana (de loin le plus beau court-métrage présenté, mais il manquait à mon avis une véritable histoire à ce film qui n'était pas mon favori mais qui bénéficiait d'une mise en scène et d'effets de très grande qualité)

Prix de la meilleure musique originale (décerné par le jury jeunes) : These Final Hours (j'ai adoré ce film mais j'avoue ne pas avoir retenu sa musique)

Prix du jury jeunes de la région Lorraine : Goodnight Mommy (c'est l'un des films que j'ai le moins aimés cette année, entre son twist ultra-prévisible et son côté "torture porn" au ralenti et interminable, trop contemplatif, trop long, et des personnages trop impénétrables)

Prix du jury SyFy : Goodnight Mommy (même remarque que ci-dessus)

Prix de la critique : It Follows (là je suis heureux, car cette histoire d'adolescents complètement désemparés face à une menace implacable m'a vraiment pris aux tripes)

Prix du public : The Voices (sans grande surprise, et c'est amplement mérité, grâce à de nombreux fous rires et quelques moments qui font bien froid dans le dos)

Prix du jury : accordé ex-aequo à Ex Machina et The Voices (je suis très heureux que Ex Machina reparte avec un prix car malgré quelques petits défauts et longueurs, car c'est un bon film moderne sur l'intelligence artificielle)

Grand prix : It Follows (yessssss, trop content !!!!)

Hé bien cette 22ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer se conclut sur une note très positive pour moi. La sélection en compétition comportait finalement très peu de mauvais films (je n'y croyais plus après les deux années précédentes), le palmarès me satisfait dans l'ensemble, et le nouveau système de réservation des séances m'a évité les attentes interminables dans le froid de ces dernières années (malgré une météo particulièrement chargée en neige cette année).

Vivement l'édition 2016 du festival...