6 octobre 2014

Critique ciné : Dracula Untold

Les univers partagés sont à la mode au cinéma. Marvel a bien sûr fait des envieux avec son modèle économique qui consiste à lier plusieurs franchises au sein d'une même grande saga à coups de 1 ou 2 films par an. Maintenant, tout le monde veut son univers partagé : Disney va relancer Star Wars avec des épisodes majeurs et des spin-offs, la Fox va bientôt relancer les Quatre Fantastiques et continue de construire l'univers des X-Men qui comprend également des spin-offs consacrés à Wolverine et bientôt Deadpool, Warner prévoit de réunir la Ligue De Justice en ajoutant de nouveaux personnages DC Comics dans le futur Batman V. Superman qui fera suite à Man Of Steel, Sony va continuer d'aller dans le mur avec ses Amazing Spider-Man ainsi que de futurs spin-offs consacrés aux Sinister Six et Venom, etc...

Et les studios Universal dans tout ça ? Ils ont un énorme historique de films d'épouvante sortis entre les années 1920 et 1960 avec des personnages mythiques comme Dracula, la créature de Frankenstein, la Momie, l'Homme Invisible, le Loup Garou ou encore la Créature du Lagon Noir pour ne citer que les plus célèbres. La trilogie de La Momie (qui a eu ses spin-offs consacrés au Roi Scorpion) initiée en 1999 par Stephen Sommers était déjà un hommage à cet âge d'or du cinéma d'épouvante, au même titre que le ridicule Van Helsing réalisé en 2004 par le même Stephen Sommers. Mais pourquoi ne pas reprendre tout ça à zéro pour réunir tout le monde au sein d'un même univers partagé ?

Et pourquoi ne pas commencer en rebootant ce bon vieux Dracula ? Après tout, et malgré plus d'une cinquantaine de films (tous studios confondus) consacrés au personnage créé par Bram Stoker en 1897, peu se sont intéressés à sa jeunesse et à l'acquisition de ses pouvoirs, et encore plus rarement en reliant tout ça à l'histoire du véritable Vlad III (surnommé "Tepes" ce qui signifie "l'empaleur" en roumain) de Valachie qui a inspiré le personnage mythique. C'était donc le point de départ du projet de film Dracula : Year Zero lancé en 2007 avec Alex Proyas (The Crow, Dark City, I, Robot) à la réalisation et l'acteur Sam Worthington (Avatar, Le Choc Des Titans, Terminator Renaissance) dans le rôle principal. Mais le projet n'aboutira pas pour cause de budget trop élevé, et c'est le réalisateur débutant Gary Shore qui récupérera en 2012 ce film qui deviendra Dracula Untold avec Luke Evans (Les Immortels, Fast & Furious 6, la trilogie Le Hobbit) dans le rôle titre.

Dracula Begins ? Batman Begins ?

L'histoire : Vlad III, prince de Transylvanie, est confronté à la menace des envahisseurs turcs sur ses terres, mais peut-être que le maléfice qui règne sur les proches montagnes des Carpates pourrait l'aider à remporter la guerre qui se prépare...

C'est plutôt une bonne idée de reprendre des éléments de l'histoire réelle de Vlad, comme le fait qu'il a tenté de défendre la Valachie contre les ottomans, le fait qu'il a lui-même été otage du Sultan durant son enfance, ou encore bien sûr sa prédisposition à empaler ses ennemis (même si dans la réalité il empalait également son propre peuple pour un oui ou pour un non). Mais on s'arrêtera à ces 3 détails en ce qui concerne la véracité historique de ce qui est raconté dans Dracula Untold, car on baigne ici dans le domaine de la "dark fantasy" plutôt en vogue ces dernières années (Blanche-Neige Et Le Chasseur, Maléfique), et même les liens familiaux (au centre des préoccupations de Vlad III dans le film) sont totalement inventés pour l'occasion. Ah si, il y a encore un détail véridique, celui de l'origine de son nom : Dracula signifie en effet "fils du dragon" car son père Vlad II était surnommé Dracul ("dragon") en raison de son appartenance à l'Ordre Du Dragon, un ordre chevaleresque d'origine hongroise chargé de défendre la Chrétienté suite aux Croisades. Mais des traductions plus récentes ont tenté de traduire (de façon erronée) Dracula par "fils du diable", et cette double interprétation est intégrée au scénario puisque le personnage principal est ici confronté à un pacte faustien (dont l'issue ne fait aucun doute, ce qui flingue quand-même pas mal l'intérêt du film) pour acquérir ses pouvoirs.

Il a quand-même une chouette armure, faut lui laisser ça...

Et le problème principal vient du fait que Vlad est ici décrit comme un bon prince, un bon père de famille, bref un mec sympa qui tente juste de défendre sa femme et son fils complètement kikoo (et accessoirement aussi son royaume) contre les vilains turcs qui sont vraiment trop trop méchants. Cette volonté de transformer un véritable tyran du XVème siècle en personnage vaguement romantique affaiblit tellement le personnage (qui va en plus souffrir des pouvoirs qui vont lui être confiés) qu'il devient difficile de s'attacher à qui que ce soit dans cette histoire aux personnages secondaires aussi nombreux qu'inutiles. En résumé : cette approche trop consensuelle qui vise un public bien large est un non-sens total par rapport au sujet abordé, et cela rend le film complètement insipide dans ses enjeux. Les acteurs ne sont pas forcément à blâmer (quoique Dominic Cooper passé à l'auto-bronzant dans le rôle du sultan Mehmet II, ça le fait pas du tout !!!) et Luke Evans incarne assez bien le mec à la fois badass et torturé, mais c'est la direction générale de l'ensemble qui ne marche pas du tout...



Un beau foirage donc, que ce Dracula Untold ! Les scènes de bataille épiques ne sont finalement pas très présentes, et il est vraiment difficile de s'attacher à un personnage principal aussi faible et qui ne semble pas du tout apprécier ses nouveaux pouvoirs. Difficile également de s'intéresser à des enjeux aussi inintéressants et cousus de fil blanc. Visuellement en revanche, c'est plutôt réussi (le film a été tourné en Irlande du Nord) et les effets spéciaux sont corrects sans toutefois être franchement extraordinaires. Mais ça ne suffit pas pour sauver le long-métrage de l'indifférence forcée du spectateur...

Ce qui promettait d'être un sorte de version longue de la scène d'introduction (partiellement visible ci-dessous) du Dracula de Coppola sorti en 1992, allant même jusqu'à en plagier le plan des empalés en ombres chinoises sur un ciel de feu, n'est au final qu'un coup d'épée dans l'eau et un bien mauvais départ pour le futur univers partagé souhaité par les studios Universal. L'épilogue visible tout à la fin de Dracula Untold, tourné et ajouté au film en dernière minute, devrait toutefois lui permettre de s'intégrer aux futurs reboots de La Momie ou de Van Helsing (car ce sont les prochains films prévus), si toutefois ceux-ci finissent par voir le jour.

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