22 septembre 2014

Critique ciné : Sin City - J'ai Tué Pour Elle

Sin City, ce sont des comics écrits et dessinés par Frank Miller et publiés sous la forme de 7 recueils parus entre 1991 et 2000. Les récits et les dessins s'inspirent du genre "film noir", des films en noir et blanc particulièrement prisés à Hollywood dans les années 40-50 où les crimes passionnels et les femmes fatales étaient légion.

En 2005, le réalisateur Robert Rodriguez (Desperado, Une Nuit En Enfer, Planète Terreur, Machete) adapte les tomes 1, 3, 4 ainsi qu'une des histoires courtes du tome 6 (qui est un recueil) sous forme de long-métrage, avec l'aide de son pote Quentin Tarantino ainsi que de Frank Miller lui-même. Aidé par un casting "all-stars", comprenant le retour de Mickey Rourke dans un rôle de premier plan (Marv) après une carrière qui l'a défiguré dans la boxe professionnelle durant les années 90, le film reçoit de très bonnes critiques et est plébiscité par le public qui en fera un film culte.

À titre personnel, même si j'avoue avoir été vaguement séduit par l'approche graphique de l'ensemble et l'ambiance plutôt réussie, j'avoue n'avoir pas du tout saisi l'engouement autour de ce film. Seul le segment consacré à Marv (soit seulement 1/3 du film) me parait vraiment réussi, et comme celui-ci se trouve en début de métrage, je dois ensuite me désoler de voir beaucoup d'acteurs que j'apprécie en train de surjouer des scènes régulièrement gâchées par des effets spéciaux calamiteux et pas toujours du meilleur goût. Ce n'est pas parce-que c'est fait exprès que c'est forcément réussi, et Sin City prouve qu'adapter très fidèlement un comic-book n'est pas forcément une bonne idée, surtout quand des acteurs aux visages trop célèbres viennent prendre le pas sur les personnages qu'ils sont censés incarner (oui Bruce Willis, c'est surtout à toi que je pense). Heureusement, le film Watchmen viendra me prouver 4 ans plus tard qu'il est possible d'adapter très fidèlement un comic-book tout en le sublimant, et pas juste en réalisant une pâle copie remplie de stars.

Donc en ce qui me concerne, le plus grand mérite du film de Rodriguez c'est d'avoir attiré mon attention sur les comics du même nom de Frank Miller. Je considère que les volumes 1 à 3 de Sin City sont de petits bijoux (alors que je ne suis pas le plus grand fan de Frank Miller, loin de là) de graphisme, peuplés d'armoires à glace, de femmes fatales irrésistibles et d'accès de violence aussi brutaux que soudains et bien mis en scène, tandis que les volumes suivants connaissent une grosse baisse de qualité avec des histoires moins bien écrites, moins intéressantes, et surtout moins bien dessinées (même le principe d'ombres et de lumières n'est plus systématiquement respecté).

Il n'y a qu'elle qui vaille le coup d'œil dans la suite de Sin City. Mais ça ne signifie pas que le film mérite d'être vu...

Annoncée dès 2005 par Robert Rodriguez, il faudra pourtant attendre 2012 pour que la suite de Sin City soit mise en chantier. Nommée Sin City - A Dame To Kill For (Sin City - J'ai Tué Pour Elle en VF), elle est logiquement l'adaptation du comic-book du même nom (le tome 2), ainsi que d'une autre histoire courte tirée du tome 6, et deux histoires spécialement écrites pour l'occasion par Frank Miller qui revient également filer un coup de main à Robert Rodriguez à la réalisation (abandonnant ainsi ses travaux sur le comic-book consacré à Xerxes qui aurait dû servir de base à la suite de 300 qui aurait dû être réalisée par Zack Snyder avant qu'il n'aille rebooter Superman, du coup 300 - La Naissance d'Un Empire a été réalisée par un tâcheron et n'a été basé sur aucun comics existant).

Un grande majorité du casting de Sin City revient pour cette suite (les apparitions de Bruce Willis relèvent davantage du caméo que d'un rôle à part entière), ce qui inclut un Mickey Rourke qui a tellement grossi que son Marv bouffi fait peine à voir. Jessica Alba et Rosario Dawson reprennent respectivement les rôles de Nancy et Gail, enfilant à nouveau des tenues légères qui peinent à nous faire croire que 9 ans ont passé depuis le premier film. Josh Brolin récupère le rôle de Dwight autrefois tenu par Clive Owen (pour des raisons intégrées au scénario et déjà présentes dans les comics). Eva Green interprète la femme fatale de l'histoire qui donne son nom au film, et on fera comme si on n'avait pas vu que Manute le majordome invincible et la dangereuse Miho ont, eux, changé d'interprètes depuis le premier film.

Une nouvelle fois, Marv hérite des meilleurs scènes/répliques du film, mais ça ne sauve pas l'ensemble...

L'une des deux histoires inédites met en scène un nouveau personnage interprété par Joseph Gordon-Levitt, et même si celui-ci semble être le seul bon acteur du film, ça ne sauve pas une histoire qui peine à être passionnante et dont l'utilité reste à prouver. L'autre histoire inédite fait la part belle à Jessica Alba dans un scénario qui fait directement suite à l'histoire du premier film dont elle était l'une des principales protagonistes (aux côtés de Bruce Willis). Malheureusement, ce segment est de loin le plus mauvais à cause des ses enjeux inintéressants (ou inexistants) et on s'ennuie ferme devant ces moments embarrassants où Jessica Alba prouve qu'elle joue bien trop mal pour porter toute la dernière partie du film sur ses frêles épaules. Le premier long-métrage se finissait déjà sur l'histoire la moins prenante, et c'est malheureusement encore pire dans la suite. Et j'ose à peine relever le fait que ce segment inédit pose de gros problèmes dans la continuité de l'histoire de Marv car celui-ci ne devrait tout simplement pas être là !

Le segment principal du film, celui qui lui donne son nom et où Josh Brolin et Eva Green se partagent la vedette, est peut-être le seul à être vaguement intéressant. L'histoire est cousue de fil blanc mais elle se renouvelle à plusieurs reprises (pour ceux qui n'ont pas lu les comics), de nombreux personnages s'y croisent et c'est quasiment le seul segment qui comporte de véritables scènes d'action. Josh Brolin s'y avère bien moins intéressant (trop monolithique) dans le rôle de Dwight que son collègue Clive Owen, et l'élément scénaristique (vaguement évoqué dans le premier film) qui justifiait le changement d'acteur tourne complètement au ridicule lorsque Josh Brolin se met soudainement à arborer la coupe de cheveux qu'avait Clive Owen en 2005 alors que le personnage aurait également dû changer de visage. Lamentable !!! Quant à Eva Green, elle fait de son mieux pour incarner le plus grand cliché de femme fatale qu'on ait vu au cinéma dans des scènes où elle est très régulièrement nue (ça n'est plus un événement vu le caractère systématique de la chose dans sa filmographie), ce qui donne en revanche de rares occasions à Robert Rodriguez de prouver qu'il sait jouer avec les ombres et les lumières avec un peu de talent quand il le veut vraiment.



Sin City - J'ai Tué Pour Elle est la suite inutile d'un film beaucoup trop surestimé. Si ce style graphique et ces effets spéciaux étaient déjà un peu kitsch en 2005, ils deviennent totalement inacceptables en 2014 où n'importe-quel projet faisant appel au crowdfunding et ayant à sa tête quelqu'un qui maitrise le logiciel After Effects serait capable d'accoucher d'un meilleur résultat. Robert Rodriguez et Frank Miller sont sûrement très contents d'eux et de leur petit caméo idiot (visible au début de la bande-annonce ci-dessus), mais il serait temps de se rendre compte que ce n'est pas parce-qu'ils ont tous les deux eu quelques éclairs de génie il y a longtemps que tout ce qu'ils font se change en or. Sin City - J'ai Tué Pour Elle est moins bon que Sin City, et quand on n'avait déjà pas trop apprécié le film de 2005, cette suite qui n'y apporte strictement rien d'intéressant se transforme vite en calvaire. L'échec cuisant au box-office est totalement mérité (sorti depuis un mois aux USA et peine à rembourser ne serait-ce que la moitié de son budget pourtant pas bien élevé de 65 millions de dollars malgré sa sortie récente dans le reste du monde). Il se rattrapera sûrement en étant soldé en Blu-Ray/DVD près des caisses de supermarché...

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