18 août 2013

Critique ciné : Elysium

Après avoir mis en scène quelques sympathiques court-métrages (qui montraient déjà une prédilection pour les bidonvilles et/ou les robots), le réalisateur sud-africain Neill Blomkamp est repéré par Peter Jackson et est embauché pour diriger l'adaptation du jeu-vidéo "Halo" sur grand écran. Mais les exigences trop nombreuses de la part de Microsoft et surtout le budget beaucoup trop élevé de l'ensemble aura raison du projet. Peter Jackson souhaite tout de même utiliser une bonne partie de tout le travail effectué jusque-là et permet à Blomkamp de réaliser une adaptation en long-métrage de l'un de ses courts nommé "Alive In Joburg". Le résultat, produit par Jackson, se nomme "District 9" et connait un beau succès lors de sa sortie en 2009. Il révèle notamment l'acteur Sharlto Copley (ami de longue date de Blomkamp) aux yeux du grand public, et celui-ci ira faire ses premiers pas à Hollywood en 2010 dans l'adaptation cinématographique de "L'Agence Tous Risques" en reprenant avec brio le rôle du déjanté Looping.

Il aura fallu attendre 5 longues années avant que Blomkamp ne revienne sur le devant de la scène grâce à sa nouvelle production nommée "Elysium". Alors, maintenant que le réalisateur a les faveurs d'Hollywood et qu'il a pu se payer des acteurs de premier plan comme Matt Damon et Jodie Foster, est-ce qu'il confirme son talent ?


L'histoire : en 2154, la planète est ravagée par la pauvreté, la surpopulation et la pollution. Mais les plus riches vivent bien à l'abri dans la station orbitale Elysium et empêchent les intrusions des terriens non-autorisés. Max, un ancien délinquant repenti, va pourtant bientôt se retrouver dans une situation qui va le mener droit vers Elysium...

Franchement, les 20 premières minutes de "Elysium" sont absolument passionnantes ! Car même après qu'on nous ait expliqué la situation globale via quelques phrases d'introduction, on continue de découvrir des tas d'éléments de cet univers tandis que l'on suit le personnage de Max Da Costa (Matt Damon) et toutes les petites galères qui lui tombent dessus, voire même qui s'empilent assez dangereusement (pour lui) en l'espace de quelques heures. Le gigantesque bidonville qu'est devenu Los Angeles s'étend à perte de vue et la surpopulation ainsi que la pauvreté sont plus qu'apparentes, rendant immédiatement cet univers crédible. Divers aspects administratifs sont également montrés dans ces scènes alternées avec quelques précisions sur Elysium et sa politique répressive (le mot est faible) envers l'immigration clandestine. En tout cas, Neill Blomkamp dresse ici un portrait très crédible d'un monde de science-fiction très inspiré du manga "Gunnm" avec des influences visuelles assez facilement reconnaissables comme celles de "Rama" (les romans d'Arthur C. Clarke) ou des jeux-vidéo "Halo" et/ou "Mass Effect".

Côté personnages, c'est bien évidemment Max Da Costa qui est au centre de toutes les attentions, et il est interprété par un Matt Damon toujours au sommet de sa forme, surtout dans les scènes d'action où il s'avère très impressionnant, que ce soit au corps à corps ou avec des armes. Il rend son personnage crédible et attachant, entre criminel repenti et anticonformiste ayant du mal à s'adapter à cet univers à la pression sociale permanente et dont tous les aspects semblent surveillés en permanence par des robots. Mme Delacourt est la grande méchante de cette histoire et c'est Jodie Foster (devenue trop rare au cinéma à mon goût) qui lui prête ses traits. Même si on comprend vite qu'il s'agit d'un personnage totalement intransigeant, il lui manque un tout petit quelque-chose pour être réellement intéressante. Ses motivations restent finalement assez basiques et l'actrice ne dispose que de quelques scènes pour les exprimer, mais cela ne suffit pas et une écriture un peu plus profonde ainsi qu'un interprétation un peu moins cliché auraient certainement permis à ce personnage d'être beaucoup plus marquant. Celui qui tire son épingle du jeu en revanche, c'est le mercenaire Kruger interprété par Sharlto Copley. Tout en méchanceté et en puissance, l'acteur s'éloigne considérablement des personnages sympathiques et maladroits qu'il avait incarnés jusqu'ici. Seul point noir, ses motivations à lui aussi sont assez mal écrites, au point de devenir presque incompréhensibles à la fin du long-métrage. Divers personnages secondaires complètent ce casting principal, du directeur de la société qui emploie Max, à son intérêt amoureux de jeunesse, en passant par celui qui contrôle la mafia locale. Ils tous assez bien interprétés et occupent des positions importantes dans cette histoire, mais si on y réfléchit bien on ne sait pas grand-chose d'eux et ils ne sont que des accessoires servant à faire avancer l'histoire.

(Dommage pour Jodie, son personnage avait un potentiel intéressant...)

Car oui, le principal souci de "Elysium", c'est l'écriture ! Après tout, les personnages sont vraiment basiques, et le scénario ne propose rien de bien original ou surprenant. Si les problématiques de ces personnages sont au départ posées par leur environnement, elles deviennent par la suite beaucoup plus personnelles et les enjeux ne concernent finalement qu'une poignée de personnages, oubliant alors la situation globale de ce monde futuriste. Les thèmes chers à Neill Blomkamp sont toujours présents (lutte des classes, racisme, ségrégation), mais ils semblent beaucoup plus distants que dans "District 9" où ils étaient vraiment au cœur de tous les enjeux. Ce n'est donc pas pour son scénario que l'on retiendra "Elysium", même si celui-ci s'avère juste correct et permettant aux scènes de s'enchainer sans qu'on n'ait le temps de s'ennuyer.

On se rattrape heureusement sur le côté visuel du film, avec une mise en scène globale très correcte et quelques scènes d'action très efficaces, même si un peu trop tremblantes à mon goût. Mais la grosse scène du braquage reste l'un des moments forts de "Elysium" et elle surpasse même légèrement la scène finale à laquelle il manque un petit quelque-chose pour sortir davantage du lot. Les scènes d'action sont au final assez peu nombreuses, mais toujours relativement efficaces, et c'est ce qui aide souvent le film à se maintenir la tête hors de l'eau.



Avec "Elysium", Neill Blomkamp confirme son talent de metteur en scène et de créateur d'univers crédibles et passionnants. Il déçoit en revanche légèrement au niveau du scénario qui se contente du minimum syndical et de personnages trop stéréotypés pour être véritablement passionnants. Le film réussit tout de même à divertir, mais il n'est pas sûr qu'il devienne un classique comme l'a été "District 9"  car à part les scènes d'action, il y a peu de choses qu'on souhaitera réellement revoir lors de futurs (re)visionnages...

Signalons tout de même des effets spéciaux d'excellente facture avec notamment des robots magnifiquement bien intégrés dans les scènes. On ne perd en tout cas pas espoir en Neill Blomkamp et on espère que son prochain film "Chappie" (toujours avec Sharlto Copley) saura corriger les défauts de ce qui n'était après tout que sa toute première production à gros budget.

Comme d'habitude, si vous souhaitez aller plus loin dans la critique de "Elysium", j'ai enregistré un épisode de 24FPS, le podcast cinéma avec ou sans spoiler, en compagnie de Julien à ce sujet. La première partie reprend plus ou moins ce que vous venez de lire dans cette critique, mais une fois que retentit le signal sonore, la seconde partie débute et c'est dans celle-ci que nous revenons sur toutes les scènes du film avec des tas de remarques et de discussions forcément bourrées de spoilers :


Et comme d'habitude, il vous suffit de cliquer sur l'image ci-dessus afin de vous rendre sur la page officielle de l'émission pour l'écouter en streaming, la télécharger au format mp3 ou vous y abonner grâce à ses flux RSS ou iTunes. Bonne écoute !

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