18 juillet 2013

Critique ciné : World War Z

Après la sortie du roman "World War Z" de Max Brooks en 2006, Plan B, la société de production de Brad Pitt achète les droits d'adaptation en 2007. L'auteur du livre (qui a décliné l'opportunité d'écrire le script du film à cause de son manque d'expérience dans le domaine) avoue n'avoue avoir aucun contrôle créatif sur le film et pense que de toute façon le seul point commun avec son livre sera le titre. Après plusieurs versions du script écrites en 2008/09, le projet est officialisé en 2010 avec Marc Forster ("À l'Ombre De La Haine", "Neverland", "Les Cerfs-Volants De Kaboul", "Quantum Of Solace") en tant que réalisateur, et Brad Pitt dans le rôle principal du film.

Le tournage se déroule pendant la seconde moitié de l'année 2011 et est marqué par quelques incidents, notamment lors du tournage d'une scène de bataille à Budapest (qui est censée représenter la Place Rouge de Moscou dans une scène qui sera finalement coupée au montage) où les forces spéciales de contre-terrorisme ont débarqué pour saisir des armes qui n'avaient pas été correctement déclarées lors de leur passage en douane (et qui en plus se sont avérées être capables de tirer de véritables munitions alors qu'elles auraient dû être factices).

À la mi-2012, le film repart en tournage pour 7 semaines supplémentaires car il semble qu'il manque quelque-chose d'important : une fin ! Le scénariste Damon Lindelof ("Prometheus", "Star Trek Into Darkness") est donc engagé pour proposer un véritable dénouement au métrage mais celui-ci est un peu trop occupé par les deux films pré-cités pour s'en occuper correctement. Il suggère donc d'engager son collègue Drew Goddard (avec qui il avait collaboré sur la série "Lost" mais qui est également l'auteur du scénario de "Cloverfield" et qui a écrit/réalisé "La Cabane Dans Les Bois").

Au lieu des 150 millions de dollars prévus initialement pour le budget, ce sont finalement 190 millions qui ont été dépensés et tout le monde semble convaincu que "World War Z" sera une catastrophe aussi bien critique que financière...


L'histoire : Gerry Lane est un ex-inspecteur des Nations Unies qui vit avec sa famille en banlieue de Philadelphie. Mais lorsque la totalité de la ville (voire de la planète) se retrouve soudainement infestée de zombies, les qualifications de son ancien job pourraient bien devenir vitales pour lui, sa famille, et même la planète toute entière...

Franchement, dès la grosse scène de Philadelphie (déjà largement montrée dans les trailers), j'étais bien obligé de me rendre à l'évidence : ce n'est pas si catastrophique que ça, et c'est même plutôt bien ! On n'évite malheureusement pas quelques-uns des pires clichés du genre (la petite famille qui s'éveille dans un pavillon de banlieue avant que tout ne tourne au cauchemar) et la réalisation de Marc Forster devient assez pénible lorsque l'action s'intensifie (deux critiques qui peuvent être appliquées à l'ensemble du film), mais il faut avouer que l'ambiance de panique générale est vraiment saisissante et que la mise en scène appuie bien cet état de fait. À partir de là les scènes s'enchainent assez rapidement et on est régulièrement tiraillés entre des scènes efficaces et des clichés ultra-déjà-vus. Mais le film ne démarre véritablement qu'au-delà de son premier acte, lorsque le personnage interprété par Brad Pitt est appelé à parcourir le monde. Et là, la seconde grosse scène d'action s'avère déjà bien moins impressionnante : se déroulant de nuit et à beaucoup plus petite échelle, elle s'avère rapidement illisible à cause de Forster et très tirée par les cheveux quand on y réfléchit un peu (sans parler des rebondissements hyper-clichés qui la ponctuent et qui ne pourront que désespérer la plupart des spectateurs). Quelques clichés plus tard, on se retrouve une nouvelle fois dans un environnement urbain qui donnera lieu à certaines des scènes massives les plus impressionnantes du métrage. Et c'est tant mieux car cela nous empêche de réfléchir à la bêtise des dialogues et de certaines des situations de cet endroit-là. Mais il faut bien profiter de ces gros moments d'action car après ça, le film va s'enfoncer dans la médiocrité la plus crasse et on n'aura plus grand-chose à se mettre sous la dent, si ce n'est le fait que le personnage interprété par Brad Pitt oscillera entre des manœuvres que toute personne sensée qualifierait de suicidaires et une attitude super-héroïque détestable au plus haut point !

Côté scénario, on balance donc régulièrement entre quelques bonnes idées qui paraissent plutôt réalistes dans ce type de situation (dont certaines sont trop rares dans les films de ce genre qui ressassent toujours les mêmes passages obligés et trop classiques), et des tonnes de clichés ridicules qui nous sortent du film très souvent. On atteint même parfois des sommets pour éviter de montrer trop de violence ou de sang à l'écran ! Tout aspect politique international a complètement été balayé du film qui se résume à une simple course-pursuite à travers le monde. La formule a été simplifiée à son extrême : un nouveau pays = une nouvelle scène d'action. Et c'est tout ! Le scénario n'est qu'un prétexte (ridicule) pour passer d'un lieu à un autre et l'évolution du personnage de Gerry Lane est tout sauf crédible, surtout en termes scientifiques. L'aspect familial loué par certaines critiques fait lui-aussi partie des pire clichés de cette histoire. Quand on regarde bien le film, on se rend compte que le personnage principal fait ce qu'il fait parce-qu'il y est obligé, et pas pour la beauté du geste. Alors on repassera pour les enjeux familiaux qui disparaissent quasi-totalement durant la dernière partie du film, et dont on comprendra au final qu'il n'avaient aucun intérêt...

(Il y a des personnages secondaires qui auraient pu être un peu développés, mais ça aurait risqué de faire de l'ombre à Brad Pitt...)

Car le seul qui soit vraiment important dans toute cette histoire, c'est Gerry Lane. Du coup, des tas de personnages sont regroupés au sein de cet unique protagoniste qui n'en finit pas de perdre de la crédibilité tout au long du film (alors qu'il paraissait intéressant vers le début) tant il est à l'aise dans toutes les situations et dans tous les rôles qu'il s'auto-confie. En dehors de sa famille, les personnes qu'il croise ne sont finalement que des consommables qui paraitront très importants le temps d'une ou deux scènes et dont on n'entendra plus parler ensuite. Et comme mentionné plus haut, Gerry Lane va atteindre un tel degré de charisme et d'égo à la fin du film qu'il va devenir plus détestable qu'autre-chose. Franchement, quel intérêt y a-t-il de démontrer à ce point que tout ce projet a été construit uniquement à la gloire de Brad Pitt ?

Visuellement, on balance aussi entre des effets spéciaux très réussis et d'autres beaucoup trop visibles. Mais il faut avouer que les deux grosses scènes de panique et d'épidémie urbaine sont très réussies et font véritablement froid dans le dos ! Ce sont d'ailleurs les deux seuls passages du film qui méritent vraiment d'être vus et tout le reste ne fait office que de remplissage brouillon et/ou ennuyeux. La palme du mauvais goût revient à la dernière grosse séquence du film qui s'éloigne drastiquement du côté global et massif des meilleures scènes pour nous servir un huis-clos "cheap" (les hordes de zombies numériques sont ici remplacées par quelques figurants maquillés, on croit rêver !) et surtout ultra-classique pour un film de zombies alors que l'intérêt de "World War Z" était jusque-là de proposer des scènes globales rarement vues au cinéma. OK, il manquait une fin à ce film, et on a fait venir des professionnels pour la mettre en place, sans compter toutes les nouvelles séances de tournage qui ont dû avoir lieu... Et c'était pour nous pondre ça ? Ce final minable en contradiction complète avec le reste du film ? Et je n'ose même pas repenser à l'épilogue vite (et mal) expédié pour que cette insulte aux spectateurs se termine enfin et laisse place à un générique salvateur et libérateur...



On ne s'ennuie pas devant "World War Z", c'est vrai ! Mais l'ensemble du projet est tellement frustrant qu'il ne peut que provoquer colère et désarroi chez le spectateur qui aura sans cesse été trimballé entre les pires et les meilleures idées qu'on ait pu voir dans un film de zombies. En ce qui me concerne, c'est le pire qui est resté le plus marquant après la projection et il m'est donc impossible d'avoir la moindre sympathie pour ce projet totalement vidé de l'essence du livre dont il ne reprend que le titre et tellement mal écrit dans son ensemble qu'il arrive à rendre antipathique son personnage principal (sauf si on est prêt à avaler un nombre conséquent de couleuvres). Même le placement produit (comprenez par là : la publicité) pour un célèbre soda américain est tellement mal intégré dans la dernière partie du film qu'il en devient choquant (au risque de sortir le spectateur du film) et qu'on a l'impression que l'acteur va se tourner vers la caméra d'une seconde à l'autre pour donner le nom du produit avec un grand sourire. Non vraiment, c'est du jamais vu en termes de nullité dans un film avec un budget pareil !

Le pire dans tout ça, c'est que le film ne s'est pas planté au box-office comme tout le monde l'attendait, et que même si les chiffres ne sont pas non plus mirobolants, une suite est déjà en préparation ! Brad Pitt aurait-il décidé de suivre la même voie que Johnny Depp (c'est-à-dire celle des performances caricaturales et des mauvais films pour de l'argent facile) ? Il est trop tôt pour le dire, même si l'acteur ne nous avait déçu à ce point depuis très longtemps. En revanche, il serait temps d'arrêter de confier des films comprenant des scènes d'action à Marc Forster, car c'est loin d'être le domaine où le réalisateur brille le plus...

Bref, je pourrais en dire beaucoup plus dans cette critique écrite mais je risquerais de spoiler. Mais ça tombe bien : je co-anime un podcast audio dont c'est exactement le principe (dans la seconde partie de l'émission). Il s'agit bien entendu de 24FPS où Julien et moi-même décortiquons tout d'abord les origines du projet avant de donner notre avis global (sans spoiler), puis lorsque retentit le signal sonore nous revenons sur toutes les scènes du film que nous analysons en détails :


Et pour écouter ce 29ème numéro de 24FPS, c'est comme d'hab' : il vous suffit de cliquer sur l'image ci-dessus afin de vous rendre sur la page officielle de l'émission afin de la streamer, la télécharger au format mp3 ou vous y abonner via iTunes ou son flux RSS. Bonne écoute !

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