19 juin 2013

Critique ciné : The Bay

Barry Levinson, qui a déjà touché à des styles de films très différents ("Good Morning Vietnam", "Rain Man", "Sleepers", "Sphere", "Bandits"), s'attaque ici au film catastrophe écologique, mais en empruntant la technique souvent décriée (et qui sert souvent de cache-misère) du found footage. L'approche est toutefois plus originale et complexe qu'elle n'en a l'air puisqu'en plus de son côté immersif, on y trouve également une vrai trame scénaristique et de nombreux personnages en divers endroits (alors que ces films nous permettent la plupart du temps de suivre uniquement un ou un groupe de personnages sans que l'on sache ce qui se passe ailleurs). Pour bien comprendre le travail de Barry Levinson sur "The Bay", faisons un parallèle avec les événements du 11 septembre 2001. On a en effet pu voir, ces dernières années, des documentaires qui retraçaient toute cette journée qui a fait basculer l'histoire des Etats-Unis par le biais de nombreuses vidéos amateurs montées ensemble de façon chronologique avec parfois plusieurs points de vue du même moment. On procède exactement de la même façon dans ce film grâce à un montage de tous les médias possibles et imaginables qui nous aideraient à reconstituer les événements de ce 4 juillet 2009 qui a tourné à la tragédie. Le point de départ est connu de tous : des tas de poissons et d'oiseaux retrouvés morts sans que l'on sache pourquoi ! Et "The Bay" se place ici comme un documentaire qui va nous expliquer ce qui s'est vraiment passé ce jour-là et que les autorité ont tout fait pour cacher.

(J'avais pu voir ce film en avant première au festival de Gérardmer 2013...)

L'histoire : la fête du 4 juillet tourne à la catastrophe dans la baie du Maryland lorsque de nombreuses personnes commencent à souffrir de symptômes aussi répugnants que visiblement graves...

L'immersion est immédiate, la tension est palpable et on nous plombe tout de suite l'ambiance en nous expliquant que quasiment tous les gens qu'on va voir sur ces images sont morts. Ce qui est très intéressant et qui aide le film rester passionnant de bout en bout, c'est le fait que trois groupes de protagonistes se détachent de l'ensemble des images. On a tout d'abord l'apprentie journaliste Donna qui est à la base chargée de couvrir les festivités du 4 juillet dans la petite bourgade de Claridge dans le Maryland (et qui est également la narratrice du documentaire). Elle représente le présent de l'action par le biais des différentes images filmées par son caméraman ce jour-là en plein cœur de la tragédie. Pour le passé, on suit deux océanographes qui travaillaient dans la baie de Claridge depuis 6 semaines avant le 4 juillet et qui ont été retrouvés morts, apparemment dévorés par des requins. Leur mission était de prouver que la baie était polluée et ils se filmaient eux-mêmes ainsi que toutes leurs découvertes afin de révéler le tout au grand public dans un but écologique. Enfin, pour le futur, on suit un couple avec un bébé qui se paie quelques jours de vacances en bateau avec pour but de rejoindre leur famille à Claridge dans la soirée du 4 juillet. Ils se filment à l'aide de leur caméscope et on sait qu'ils arriveront sur place bien après le début de la catastrophe. S'ajoutent à tout ça des vidéos de surveillance de la ville de Claridge ou de son hôpital, les caméras embarquées dans les voitures de police, les gens qui dialoguent par webcam ou ceux qui se filment avec leur téléphone, mais aussi des SMS ou MMS échangés, des appels d'urgence et des messages que les gens se sont laissés sur leur répondeur avec un fond noir puisqu'on n'a pas d'images (exactement comme pour le 11 septembre). Le concept est donc très bien utilisé pour raconter cette journée terrifiante avec un sentiment de crédibilité et de gravité extrême.

(Toi aussi, viens faire la fête à Claridge !)

Le début du film fait d'ailleurs particulièrement froid dans le dos puisqu'on sait que les choses vont mal tourner mais on voit encore tous ces gens qui vont bientôt mourir en train de faire la fête et de s'amuser dans l'eau. Et ce dernier aspect rappelle fortement l'un des coups de génie de Steven Spielberg avec "Les Dents De La Mer" puisqu'on sait très bien que le danger va venir par l'eau (mais bien sûr ici sous une forme très différente) et qu'il est terrible d'y voir ces gens inconscients du danger en train d'y prendre du bon temps. Et comme pour le chef-d'œuvre de Spielberg, la peur devient de moins en moins sensorielle et de plus en plus visuelle à mesure qu'on avance dans la journée et que l'épidémie commence à avoir des symptômes de plus en plus repoussants et fatals. Sans parler de la panique qui envahit progressivement la population et les autorités totalement dépassées. Et comme le tout est régulièrement mis en parallèle avec les découvertes récentes des deux océanographes, on comprend très bien ce qui est en train de se passer tout en étant continuellement choqués par des images très crues et même parfois franchement gores.



Après les found footage individuels comme "Le Projet Blair Witch" ou "Cloverfield", Barry Levinson fait un grand pas en avant dans le genre avec le found footage collectif, un style très courant dans les documentaires mais pas si fréquent dans la fiction puisque cela nécessite un gros effort d'écriture et de cohérence, ainsi qu'une diversité de médias, de points de vue et de techniques relativement rare sur grand écran. Le plus grand tour de force de "The Bay", c'est sa gravité et son sentiment de réalisme total ! Si la projection n'avait pas lieu dans un cinéma, on serait en droit d'imaginer que de tels événements se sont véritablement produits...

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