15 février 2013

Critique ciné : Flight

Robert Zemeckis possède une carrière déjà bien remplie de films cultes comme "À La Poursuite Du Diamant Vert" (1984), "Retour Vers Le Futur" (1985), "Qui Veut La Peau De Roger Rabbit" (1988), "Retour Vers Le Futur II" (1989), "Retour Vers Le Futur III" (1990) ou encore "Forrest Gump" (1994). Mais après s'être diversifié grâce à des films nettement plus sérieux comme "Contact" (1997), "Apparences" (2000) et "Seul Au Monde" (2000), il n'a tourné que des films entièrement réalisés en images de synthèse comme "Le Pôle Express" (2004), "La Légende De Beowulf" (2007) et "Le Drôle De Noël De Scrooge" (2009). "Flight" est donc son premier film en prises de vues réelles depuis 12 ans (puisqu'il est sorti en 2012 aux Etats-Unis) !

Pour ce film, le scénariste John Gatins ("Real Steel") s'est inspiré de la mésaventure du vol 261 d'Alaska Airlines qui s'est crashé le 31 janvier 2000 en ne laissant aucun survivant. Comme lors de l'accident réel, c'est une défaillance mécanique qui est à l'origine du fait qu'il est impossible d'empêcher l'avion de piquer sans aucune chance de le redresser, et comme dans les faits réels, les pilotes tentent de voler à l'envers afin de rétablir l'équilibre de l'avion. Mais contrairement à la réalité, le capitaine (ici nommé Whitaker et interprété par Denzel Washington) parvient à poser l'avion et à sauver de nombreuses vies.


L'histoire : après que le capitaine William Whitaker ait miraculeusement réussi à atterrir après une série d'incidents techniques sur son avion, de nombreuses questions s'élèvent quant à son état d'ébriété très élevé alors qu'il a effectué (et réussi) une manœuvre qui relevait de l'impossible...

Avec "Flight", Robert Zemeckis nous offre une réflexion qui relève du dilemme : peut-on vraiment en vouloir à un homme qui a réalisé l'impensable pour sauver des vies alors qu'il n'était manifestement pas en état de piloter, et que la justice américaine peut le condamner à des années de prisons pour cela ? Mais avant de revenir sur cette question apparemment centrale du film, concentrons-nous tout d'abord sur ses scènes d'ouverture. On y met bien (trop ?) l'accent sur le fait que le capitaine Whitaker abuse de différentes substances mais avec une légèreté et un côté rock' n' roll qui prête à sourire... Étrange ! Et tout ça est montré en parallèle avec des scènes où l'on découvre le personnage de Nicole Maggen (Kelly Reilly, déjà vue dans "L'Auberge Espagnole" et surtout dans les deux dernières déclinaisons de "Sherlock Holmes" par Guy Ritchie), une toxicomane qui semble avoir beaucoup de mal à diriger sa vie. Difficile de comprendre le lien entre les deux personnages lors de ce montage alterné un peu étrange mais on oublie de se poser des questions dès que débute la très longue et impressionnante scène des problèmes techniques de l'avion qui ne pourra laisser personne indifférent.

Mais c'est seulement une fois que cette scène immersive et réalisée avec brio est passée que débute réellement le film. Et là, il faut un certain temps avant de bien comprendre de quoi parle vraiment le film. Du capitaine Whitaker qui tente d'éviter les médias ? De sa rencontre avec Nicole ? De l'enquête et peut-être du procès qui l'attendent ? Oui, ça parle de tout ça, mais les scènes se multiplient (et tendent à se répéter) sans réelles transitions et on finit par comprendre que le cœur du film est ailleurs : tout est là uniquement pour nous montrer à quel point le capitaine Whitaker est un alcoolique qui ne s'assume pas et ne souhaite pas vraiment s'en sortir.

(La jolie Kelly Reilly incarne un personnage qui semble important dans le film, mais qui ne l'est finalement pas tant que ça...)

Les quelques scènes qui montrent l'évolution de la relation entre Whitaker et Nicole finissent par passer à la trappe... On ne sait presque rien de l'enquête qui est en cours sur les circonstances du crash et tout ça n'est effectivement qu'un prétexte pour montrer le pilote héroïque sous son plus mauvais jour. Notons tout de même les (rares) apparitions de Harling Mays (John Goodman, plus rock' n' roll que jamais dans ce rôle d'ami/dealeur) qui apportent un peu de légèreté et de fun au métrage, mais l'équilibre entre les scènes dramatiques et les moments plus légers est tout de même bien étrange, surtout lorsqu'on finit par comprendre qu'il s'agit avant tout d'un film sur l'alcoolisme !

Bien sûr, le spectateur ne peut s'empêcher de ressentir une profonde sympathie pour le pilote après l'incroyable sang-froid dont il a fait preuve pour gérer une situation catastrophique, malgré son état plus que déplorable au moment des faits. Donc après la scène choc du début, on passe beaucoup de temps à nous montrer à quel point cet homme est relativement détestable en toutes situations à cause de son problème de boisson. Et Denzel Washington est très impressionnant et ultra-crédible dans ce rôle dramatique où il est presque méconnaissable quand on repense aux personnages charismatiques et très physiques qu'il a déjà incarné par le passé. Même la mise en scène générale est très soignée (mais n'atteint évidemment plus jamais le même degré d'intensité après le crash) et tous les seconds rôles sont interprétés par des acteurs de grand talent, et la toute dernière partie du film s'avère à la fois drôle, riche en rebondissements et bien chargée en émotions. Pourtant, il y a un petit quelque-chose qui cloche...



Il est difficile de ne pas se sentir floués après avoir vu "Flight" car contrairement à ce que peuvent laisser croire tous ses éléments promotionnels (bande-annonces et posters), il ne s'agit pas d'un film qui parle d'un crash aérien, ni vraiment de l'héroïsme de celui qui a géré la situation, et encore moins d'une enquête qui aurait pourtant pu se révéler très intéressante. Il ne s'agit pas non-plus d'une romance entre un homme qui est toujours aussi incapable de se prendre en main après avoir réalisé l'impossible et une femme qui réussit (très rapidement d'ailleurs !) à remettre de l'ordre dans sa vie. Non, "Flight" est simplement un film sur l'alcoolisme et son histoire de fond aurait pu être racontée de mille façons différentes ! On a simplement choisi un cadre exceptionnel et sensationnaliste pour attirer le chaland et lui raconter une histoire qui, au final, pue un peu trop les bons sentiments et le moralisme à l'américaine...

Ça fonctionne plutôt bien quand on passe 2h20 à se demander où tout cela va nous mener (à cause des problèmes d'équilibre entre tragique et comique cités plus haut), surtout grâce au dilemme moral qui concerne le capitaine Whitaker, mais avec du recul on ne peut s'empêcher d'avoir le sentiment d'avoir été piégé par un film (et un réalisateur, ainsi qu'un scénariste) qui met bien trop de temps à avouer de quoi on parle vraiment. En revanche, on risque de s'ennuyer fermement si on devine très tôt de quoi il s'agit, et je ne parle même pas d'un éventuel second visionnage qui n'aurait quasiment aucun intérêt si ce n'est de revoir la très belle performance de Denzel Washington. Dommage... surtout quand on sent le talent dans tous les aspects du long-métrage !

1 commentaire:

Unknown a dit…

Critique parfaite!
Mat