20 février 2013

Critique ciné : Die Hard - Belle Journée Pour Mourir

La saga "Die Hard" (qui pourrait se traduire en français par "difficile à tuer" ou "long à mourir") a débuté en grande pompe en 1988 avec un premier film, renommé "Piège De Cristal" en France, réalisé par John McTiernan ("Predator", "Last Action Hero"). Le projet avait à la base été conçu pour être une suite du film "Commando" (1985) avec Arnold Schwarzenegger qui y reprendrait son rôle de John Matrix. Le projet du studio 20th Century Fox était à ce moment-là d'adapter le livre "Nothing Lasts Forever" (1979) de Roderick Thorp. Mais cela posait un problème pour le casting...

"Nothing Lasts Forever" était en effet la suite directe d'un premier roman nommé "The Detective" (1966), et celui-ci avait été adapté au cinéma en 1968 avec Frank Sinatra qui y interprétait le rôle principal, c'est-à-dire celui de l'inspecteur Joe Leland. Or Frank Sinatra possédait un contrat qui le liait à ce rôle si jamais une suite était mise en chantier. Du coup, lorsque la Fox décide d'adapter "Nothing Lasts Forever" à la fin des années 80, elle se voit obligée de contacter le célèbre chanteur, et celui-ci décline très logiquement l'offre puisqu'il est alors âgé de plus de 70 ans ! Maintenant que la voie est libre, la Fox peut enfin commencer les négociations avec Arnold Schwarzenegger mais celui-ci refuse également l'offre ! Le studio décide alors que le film sera autonome et présenté comme une nouvelle histoire qui part de zéro. Le rôle principal est alors proposé à Sylvester Stallone (et d'autres acteurs) mais il refuse à son tour ! On pense alors à Bruce Willis qui n'a jusque là interprété que quelques rôles mineurs au cinéma mais qui est très célèbre pour la série télévisée "Clair De Lune". Divers détails de l'histoire originale (le héros devait y sauver sa femme et sa fille du gratte-ciel d'une compagnie pétrolière prise en otage par des terroristes allemands) sont légèrement modifiés et le nom du personnage principal devient John McClane. Le tournage s'effectue à Los Angeles dans la toute nouvelle tour qui sert de quartier général à la Fox dont certains étages sont encore en travaux. Le Fox Plaza (qui est toujours en place à l'heure actuelle) est donc renommé Nakatomi Plaza dans le film.

Le succès est énorme dès la sortie et le film devient le nouveau mètre-étalon du cinéma d'action, sans parler du fait que Bruce Willis devient immédiatement une icône du genre. Une suite simplement nommé "Die Hard 2" est donc rapidement mise en chantier, cette fois sous la direction de Renny Harlin ("Cliffhanger", "Au Revoir À Jamais", "Peur Bleue") qui se débrouille pour faire revenir tous les principaux protagonistes du premier film (John McClane mais aussi sa femme, son ami policier et également le journaliste véreux) même si le scénario s'inspire cette fois d'un roman n'ayant aucun lien avec celui qui avait été adapté pour le premier film. Le livre qui est cette fois adapté est d'ailleurs le seul moyen de comprendre pourquoi cette suite se nomme "58 Minutes Pour Vivre" en France, alors que les 58 minutes en question ne sont jamais évoquées dans le film (et pour cause, puisque cette partie de l'histoire n'a pas été reprise dans le scénario du long-métrage) ! Dans le livre, le policier Frank Malone doit en effet sauver sa fille dont l'avion est forcé de tourner autour de l'aéroport de New-York (c'est celui de Washington dans le film) à cause d'un terroriste qui bloque les communications. L'avion n'aura bientôt plus de kérosène et il risque de se crasher si Frank Malone n'arrive pas à résoudre la situation en moins de 58 minutes. C'est pour cette raison que ce roman écrit en 1987 par Walter Wager se nomme "58 Minutes", alors que le titre français du film n'a aucun sens...

Le succès de "Die Hard 2" est encore plus grand que pour "Die Hard" et John McTiernan revient en 1995 sur la saga qu'il a débuté en offrant une suite directe à l'histoire du premier film tout en modifiant complètement son cadre (en y réfléchissant bien, c'est l'exact contraire de ce qui a été fait pour le second film qui n'était en gros qu'une resucée du premier). C'est donc un scénario totalement original qui est écrit pour l'occasion et "Die Hard With A Vengeance" (renommé "Die Hard 3 : Une Journée En Enfer" en France) surpasse le succès commercial des deux premiers épisodes.

Il faudra pourtant attendre 2007 (soit 12 ans) pour revoir John McClane sur grand écran dans "Live Free Or Die Hard" (renommé "Die Hard 4 : Retour En Enfer" en France et "Die Hard 4.0" dans la plupart des autres pays) sous la direction de Len Wiseman ("Underworld", "Underworld 2 : Evolution" et le récent remake de "Total Recall"). L'histoire est cette fois inspirée d'un article paru dans le magazine Wired intitulé "A Farewell To Arms" (1997) qui décrivait ce que pourrait donner une attaque cyber-terroriste sur le territoire américain. Même si beaucoup de fans (incluant l'auteur de ces lignes) sentent qu'on a collé les noms de "Die Hard" et John McClane dans cette histoire uniquement pour en faire un succès commercial même si le ton n'a strictement rien à voir avec celui des autres films, "Live Free Or Die Hard" réalise le meilleur score de la saga au box-office en battant de peu le troisième épisode.

On apprend en 2012 que la saga va compter un cinquième épisode nommé "A Good Day To Die Hard" (le titre prévu à l'origine était "Die Hard 24/7") dont l'action se déroulerait cette fois en Russie et où le héros (toujours interprété par Bruce Willis) croiserait cette fois la route de son fils Jack (ou John Junior). Ce n'est pas la première fois qu'un enfant de John McClane est utilisé pour un film puisque sa fille Lucy jouait déjà un rôle important dans le quatrième film sous les traits de l'actrice Mary-Elizabeth Winstead. Pour rappel, les deux enfants de John McClane et Holly Gennero étaient brièvement visibles dans le tout premier "Die Hard" en 1988. Ce cinquième film possède un scénario original écrit par Skip Woods ("X-Men Origins : Wolverine", "L'Agence Tous Risques") et il est réalisé par John Moore (le remake de "La Malédiction", "Max Payne"). Le rôle de Jack McClane est confié à Jai Courtney (qu'on a récemment pu voir dans "Jack Reacher"). Signalons que contrairement à tous les autres films dont la durée était toujours d'approximativement 2 heures, ce cinquième épisode ne dure qu'1h30. Et puisque tous les films de la saga ont des titres différents en France, celui-ci a été renommé "Die Hard : Belle Journée Pour Mourir" chez nous, ce qui, il faut bien l'avouer, marque la toute première fois que le titre français a quasiment la même signification que le titre original.

Mais la vraie question est : est-ce que ce cinquième film s'inscrit dans la démarche de qualité du premier et du troisième épisode, ou plutôt dans la démarche purement commerciale du second et du cinquième ?

(J'ai rarement vu une affiche aussi laide, et la présence du fils ne présage rien de bon pour le futur de la saga...)

L'histoire : grâce à l'un de ses collègues de la police de New-York, John McClane apprend que son fils, avec qui il a perdu contact depuis longtemps, va bientôt être jugé en Russie. Souhaitant en savoir davantage sur les événements qui ont mené Jack à se trouver là-bas, John McClane se rend à Moscou...

Dans quasiment tous les films de la saga (sauf le 3), il était amusant de voir un flic new-yorkais en train de mettre le foutoir hors de sa juridiction tout en étant confronté à des autorité locales incompétentes. Mais Moscou ça fait un peu loin non ? Loin de New-York certes... mais surtout loin du concept de "Die Hard" ! Parce-que si les ennuis lui tombent dessus sans qu'il le veuille la plupart du temps, là il les cherche quand-même pas mal en s'interposant en plein milieu d'une opération qui le dépasse complètement ! Mais ça n'a pas l'air de trop le déranger quand on voit à quel point il prend tout ça à la légère et semble même totalement ignorer tout ce qui se passe autour de lui, alors que n'importe-quel personne dotée de bon sens prendrait ses jambes à son cou lorsque des bâtiments public explosent, que des hommes armés et des véhicules blindés débarquent de partout ! On notera d'ailleurs la grande absence de toute forme d'autorités russes dans l'intégralité du long-métrage ! Mais John McClane s'en fout, il est avant-tout là pour chercher son fils (alors qu'à partir d'un certain point du film il passe son temps à dire qu'il est en vacances) et se moque bien de tuer quiconque se mettrait en travers de son chemin !

Ridicule, non ? Ce n'est malheureusement pas tout ! Le fait que les événements aient tendance à se déchainer autour d'un John McClane qui n'a rien demandé engendrent généralement de nombreuses répliques ironiques, cyniques ou drôles de sa part (et certaines sont entrées dans la légende), mais ici on a plutôt affaire à un vieux con qui ne cesse de râler tout en se croyant très spirituel ! Ses répliques tombent donc souvent à plat et le font plutôt passer pour un vieil emmerdeur réac' ! L'un des flics les plus cools de l'histoire du cinéma d'action est donc officiellement passé au statut de vieux ringard, et le premier à le souligner est bien sûr son fils Jack qui ne goûte pas du tout l'humour de son père et ne cesse de rappeler au spectateur que John McClane appartient à une autre époque. Comment ne pas considérer que le charisme du célèbre inspecteur est mort et enterré lorsqu'on assiste à une scène ahurissante où on voit Jack très concentré pour conduire à toute vitesse et échapper à un blindé tout-terrain armé jusqu'à la gueule, un blindé lui-même poursuivi par John McClane qui s'égosille "Jack ! J'ai pas terminé ce que j'avais à te dire !!!" dans une vieille camionette volée. Franchement, pour détruire un personnage culte, c'est plutôt bien trouvé !

(Vous attendez avec impatience cette scène du film ? Vous allez être déçus...)

D'ailleurs, une fois que John a mis la main sur son fils, on se demande bien ce qui le motive à continuer à mettre le foutoir en Russie. Il ne respecte ni les autorités américaines, ni les méchants russes, et passe son temps à se moquer de son fils qui a effectivement toutes les raisons d'avoir coupé les ponts avec son père. Pour continuer dans la liste des passages obligés de la saga : la fameuse réplique "Yippee Kay pauvre con !" ("Yippe Ki Yay Motherfucker" en VO) est bien présente, mais elle est balancée à un moment tellement étrange et inopportun qu'on se demande à qui s'adresse ce "pauvre con" ! Même ça, ils ont réussi à le foirer dans ce film alors que ce n'est pourtant pas bien difficile de le placer au moment où le grand méchant passe de vie à trépas...
De toute façon, le film regorge d'incohérences hallucinantes et il vaudra mieux rapidement oublier les boites de nuit tchétchènes en plein Moscou, la voiture qui semble être le moyen de transport le plus logique pour effectuer le trajet Moscou-Pripyat en une nuit (alors que les deux villes ne sont pas dans le même pays et sont tout de même distantes d'environ 1300 km !!!) ou encore les radiations qui disparaissent d'un coup de baguette magique, sous peine de se faire une luxation des rares neurones encore actifs à la vision de ce ramassis de conneries ! Signalons également l'existence de deux dialogues pseudo-émotifs entre un père et son fils qui finalement ne se connaissent pas si bien que ça et regrettent le temps perdu, sauf qu'on frôle plus la psychologie de comptoir que l'écriture vraiment profonde, et que ces passages mal écrits et mal amenés ne pourront que susciter l'ennui ou le désintérêt total.

Rien de bien folichon à signaler en ce qui concerne le casting en général ! Les méchants sont des gros cons qui se la racontent à mort en expliquant leur plan (et accessoirement, en mâchant un morceau de carotte et en parlant avec un accent ridicule), le fils McClane est très sérieux et très costaud mais ne possède pas une once de charisme (sauf quand il remet son père en place de temps à autre) et tous les autres personnages sont complètement transparents, voire inexistants...
Un mot tout de même sur la jeune actrice russe Yuliya Snigir qui ne porte pas grand-chose sous sa combinaison de moto ! Il sera beaucoup plus simple de se rincer l'œil en faisant une recherche Google Images (c'est pour ça que je vous ai donné son nom) plutôt qu'en regardant "Die Hard : Belle Journée Pour Mourir" car la scène où elle se désappe est bien plus courte que dans la bande-annonce et ne va même pas jusqu'au moment qu'on peut voir sur l'image ci-dessus (sans parler du fait que je me demande encore ce qu'est censée nous faire comprendre cette scène totalement gratuite et insignifiante). Son personnage a portant pas mal d'importance dans l'intrigue (un bien grand mot !) du film qui se croit d'ailleurs très intelligent grâce à ses twists ridicules qui n'ont pas le moindre impact émotionnel chez le spectateur. Mais il sera tout de même difficile d'oublier la belle après avoir vu le film, non pas à cause de ses différentes tenues serrées (mais très habillées), mais à cause de l'incommensurable niveau de bêtise dont elle fait preuve à la toute fin du film !

Un petit mot tout de même au sujet de la musique composée par Marco Beltrami ("Scream", "Resident Evil", "Hellboy", "I, Robot", etc...). Quand on arrive à l'entendre entre deux explosions et rafales de tirs, on s'aperçoit que des petits bouts de la BO composée par Michael Kamen pour le premier film de la saga ont été repris ici et là. Mais seuls les fans les plus hardcore s'en apercevront et le reste n'a rien de mémorable...



Le quatrième film tentait déjà désespérément de s'accrocher à un héritage avec lequel il ne partageait pas grand-chose (si ce n'est quelques détails ici et là), mais "Die Hard : Belle Journée Pour Mourir" va nettement plus loin dans l'entreprise de démolition de l'icône John McClane en le transformant en vieux râleur aigri et gonflant (et pas drôle) ! Comment Bruce Willis a t'il pu accepter accepter de participer à une telle trahison ? La réponse se trouve certainement du côté de son compte en banque...

Et comme si ça ne suffisait pas, le film est loin d'être bon, même si on renonce à l'associer à une saga avec laquelle il n'a strictement rien en commun ! Le scénario ne propose même pas le minimum requis pour être vaguement intéressant et se contente d'enchainer les scènes de fusillades et d'explosions à un rythme très soutenu, histoire qu'on n'ait pas trop de temps pour réfléchir à la nullité de l'ensemble. Et mise à part sa nouvelle manie de sauter à travers des vitres dans des ralentis hyper-dégueulasses, John McClane n'utilise même plus ses poings pour se défendre (sauf face à un automobiliste innocent), il flingue à tout va, et il aurait bien tort de se priver puisque même dans des lieux soi-disant secrets et sécurisés on lui met des grosses pétoires juste à portée de main.

Alors, rien ne sauve ce 5ème volet de la saga "Die Hard" ? Bon OK, il y a une grosse et longue scène de course-poursuite véhiculée vers le début du film, mais il vaut mieux ne pas trop réfléchir au poids des différents véhicules impliqués si on ne veut pas sortir du film quand un petit 4x4 tente de déséquilibrer un gros blindé (entre-autres manœuvres improbables) avec des petits coups de pousse-pousse. Et ceux qui se sont déjà intéressés à la (vraie) ville de Pripyat feraient mieux d'oublier ce qu'ils en savent lorsqu'on leur montre des bâtiments qui n'existent pas, mais en dehors de ça on va dire que c'est un film où on casse des tas de choses (voitures, bâtiments, hélicoptères) de façon très impressionnante et en faisant beaucoup de bruit (pour rien) histoire de masquer le vide intersidéral de tous les autres aspects de la production...

Inutile donc de préciser à quelle catégorie de "Die Hard" appartient ce 5ème volet honteux ! Et même si Bruce Willis a déjà affirmé qu'un 6ème film verra le jour (ce qui est loin d'être certain car ce n'est pas lui qui décide de ces choses-là), on ne peut qu'espérer qu'Hollywood foutra enfin la paix à cette saga qui s'était achevée avec brio en 1995...

PS : En fait, les seuls (très rares) moments que j'ai vraiment appréciés dans ce film sont ceux où on peut voir Mary Elizabeth Winstead dans le rôle de Lucy McClane. Mais ça je le savais déjà avant d'aller au ciné donc on va dire que je ne suis pas objectif sur ce coup-là...

1 commentaire:

Anonyme a dit…

J'ai parcouru ton blog pour retrouver la critique de ce film, je savais bien que tu l'avais faites! :)
Tout à fait d'accord... dénué d’intérêt, aussi vite vu aussi vite oublié! Par contre je suis pas tout a fait d'accord de dire que le 4 était mauvais, j'ai bien apprécié ce coté "chaos" total et la rencontre avec le jeune geek... ça n'a pas le niveau d'Une journée en enfer, qui est pour moi le meilleur de la saga, mais il est sympatoche quand même!
Mikke