17 octobre 2012

Critique ciné : Taken 2

Honnêtement, les productions EuropaCorp (comprenez : Luc Besson) ne sont pas franchement ce que je préfère en termes de cinéma d'action ! Bon, il y avait éventuellement "Le Baiser Mortel Du Dragon" (2001), "Le Transporteur" (2002) ou "Ne Le Dis À Personne" (2006) qui sortaient un peu du lot mais j'avoue m'être désintéressé de ce qui sort de cette boite de production depuis un bon moment vu la piètre qualité des autres films qui en étaient issus, sauf pour le récent "Lock Out" (parce-que c'était censé être de la SF) mais je l'ai vite regretté puisqu'il figure facilement parmi les plus mauvais films de cette année 2012.

Du coup, j'avais complètement raté "Taken" de Pierre Morel en 2008, et si ce film d'action avec Liam Neeson ("Darkman", "La Liste De Schindler", "Star Wars Episode I : La Menace Fantôme", "Batman Begins", "L'Agence Tous Risques", "Le Territoire Des Loups", "Battleship") n'a rencontré qu'un succès modéré en France, il a réalisé d'assez bons scores à l'étranger (notamment aux Etats-Unis). "Taken" fait donc partie des très rares films que j'ai vu à la télévision ces dernières années, poussé par une curiosité nourrie de nombreux retours très positifs entendus ou lus depuis la sortie du film en salles. Et je dois bien avouer que j'avais été agréablement surpris par ce film au scénario relativement improbable (surtout sur un laps de temps aussi court) mais porté avec brio par un Liam Neeson très impressionnant de brutalité dans un type de rôle qu'on ne lui connaissait pas vraiment jusque-là...

Il est donc plus ou moins logique qu'une suite nommée "Taken 2" voie le jour 4 ans plus tard. Plus ou moins ? Oui car pour que le film (et le personnage) fonctionne à nouveau, ça veut dire qu'il va de nouveau falloir enlever quelqu'un de l'entourage de Bryan Mills (si possible à nouveau hors des Etats-Unis) et franchement ça commence à faire beaucoup pour un même personnage (même Liam Neeson le dit puisqu'il est contre l'idée de refaire ça dans un troisième film).

Si le réalisateur de "Taken 2" est toujours français, il ne s'agit plus cette fois de Pierre Morel (également réalisateur de "Banlieue 13" et "From Paris With Love") qui passe la main à Olivier Megaton (qui tire son nom de réalisateur de la bombe d'Hiroshima qui a explosé 20 ans jour pour jour avant sa naissance en France), réalisateur de "Le Transporteur 3" et "Columbiana".


L'histoire : beaucoup d'albanais sont morts après avoir tenté d'enlever la fille de Bryan Mills à Paris. Les familles de ces derniers sont bien décidés à se venger et vont guetter la moindre occasion de capturer et de tuer Mills ainsi que sa famille.

Vu que le premier film était surtout mémorable pour son action prédominante, on se doutait que le scénario ne serait pas vraiment au cœur du second film. Mais tout de même, il aurait sûrement été possible de faire un tout petit effort pour que l'histoire de "Taken 2" ne ressemble pas à à une succession de prétextes pour mettre en scène les différentes phases d'action. Car sans aller jusqu'à dire que le scénar' du premier film était un modèle du genre, il y avait au moins un effort pour maintenir une certaine tension jusqu'au bout ! Or dans cette suite, il faut d'abord patienter une bonne demi-heure avant que quelqu'un ne se fasse finalement enlever, alors qu'on sait bien que ça va arriver dans ce film qui ne dure (heureusement) qu'un peu moins d'1h40 ! Et si toute cette première demi-heure un peu ennuyeuse ne servait qu'à mettre en place les événements principaux du film, elle s'avère toutefois mieux construite et plus crédible que la suite qui n'a ni queue ni tête jusqu'à la fin du long-métrage. Non franchement, bravo les scénaristes (Luc Besson et Robert Mark Kamen, qui avaient pourtant déjà écrit le premier film) sur ce coup-là ! J'avais rarement vu un tel ramassis de bêtises jusqu'ici et j'hésite encore sur la scène qui mérite le plus de se voir décerner la palme de la connerie (attention spoilers jusqu'à la fin du paragraphe) : le mec qui téléphone peinard pendant son propre enlèvement sans que les autres ne bronchent, la gamine qui sait à peine conduire mais qui s'en sort très bien dans une course-poursuite où elle cogne sans cesse la voiture contre des tas de trucs sans pour autant l'égratigner, l'ambassade américaine qui ne bronche pas plus que ça quand une voiture folle force le passage pour se garer au milieu de sa cour, les grenades balancées à droite et à gauche sur les toits d'Istamboul sans que ça n'affole personne, Mills qui s'échappe de l'endroit où il est retenu, puis qui y revient, puis qui en repart, puis qui y revient de nouveau pour y trouver sa femme qu'on avait pourtant vue être déplacée ailleurs un peu plus tôt, et pour finir la confrontation finale contre le grand méchant qui comprend l'un des twists les plus moisis de l'histoire du cinéma ! Sérieusement, on atteint des sommets !

(Mais bien sûr ! La première chose à faire lorsque quelqu'un vous braque avec une arme, c'est de mettre la main dans sa poche pour attraper un téléphone et passer tranquillement un long coup de fil !)

Et pourtant, ce scénario minable n'est peut-être pas le pire défaut du film ! Croyez-le ou non, la réalisation catastrophique de Pierre Morel se donne beaucoup de mal pour gâcher le spectacle (et elle y arrive bien) ! C'est simple : dès qu'il commence à y avoir un peu d'action, les plans s'enchainent à une vitesse folle (environ 2 plans par seconde) en changeant sans cesse d'angle et de distance avec l'action. On ne comprend absolument rien à ce qui se passe devant nos yeux !!! Il est impossible de se situer correctement dans l'espace à cause de ce montage complètement frénétique qui part dans tous les sens ! J'ai le vague souvenir d'une scène (c'est un genre de spoiler mais en même temps c'est une scène hyper-classique et passe partout) où Mills déglingue 4 ou 5 mecs dans une petite pièce, sauf que je n'ai absolument pas réussi à saisir où se trouvaient vraiment ces types par rapport à lui. J'avais pourtant l'impression qu'il n'y en avait qu'un debout près de lui et que tous les autres étaient assis à 2 ou 3 mètres de là, mais une fois que la caméra a fini de bouger dans tous les sens, tous les méchants étaient étalés par terre. J'ai rien pigé...

Sinon, côté casting, Liam Neeson sauve à peine les meubles de cette catastrophe totale. Il est toujours aussi professionnel et physiquement impressionnant que dans le premier film, mais le reste (scénario + réalisation) est tellement foireux que ça à réussit à flinguer le charisme de son personnage. Donc Liam Neeson peut être aussi bon qu'il le veut, il n'y a rien à faire face à ce naufrage complet. La jeune Maggie Grace (pas si jeune que ça d'ailleurs puisqu'elle a 29 ans) n'est ni intéressante ni crédible puisqu'elle passe son temps à chouiner, à se balader en maillot de bain ou à faire des trucs dont on la sait pertinemment incapable (mais qu'elle fait quand-même) ! Et même la pauvre Famke Janssen (vue dans "GoldenEye" mais surtout en Jean Grey dans la première trilogie "X-Men") est totalement sous-exploitée puisqu'elle n'est là que pour avoir l'air effrayée ou épuisée. Quant aux méchants albanais, ben ils se contentent de jouer des caricatures de méchants albanais...



Je ne m'attendais pas à un chef-d'œuvre de la part de "Taken 2", mais à ce niveau de nullité ça relève du foutage de gueule complet ! Mal écrit, mal équilibré, mal réalisé, mal monté et finalement plutôt mal joué avec des personnages qui se contentent de n'être que des clichés, c'est le degré zéro du cinéma qui nous est offert dans cette suite lamentable qui réalise pourtant actuellement d'excellents scores au box-office, aussi bien au Etats-Unis qu'en France ! Même Liam Neeson trouve qu'il serait exagéré d'offrir un troisième film à la saga, et pourtant la suite a déjà été confirmée. En même temps, c'est sûr que si EuropaCorp peut se permettre de produire des films aussi merdiques alors que le public se déplace en masse pour les voir, ils auraient tort de se priver de continuer, mais il ne faudra pas venir se plaindre...

Aucun commentaire: