13 mai 2012

Critique ciné : Dark Shadows

Le dernier film de Tim Burton ne s'est dévoilé que tout récemment mais il a immédiatement ravivé l'espoir de ses fans les plus anciens (dont je fais partie), et notamment ceux qui se désespèrent de n'avoir pas vu un bon film du maître depuis une bonne dizaine d'années ! "Dark Shadows" semble en effet se rapprocher de certaines des meilleures œuvres du réalisateur comme "Beetlejuice" (1988), "Edward Aux Mains D'Argent" (1990) ou encore "Sleepy Hollow" (1999), du moins à travers sa bande-annonce gothique, funky, rythmée et colorée... Mais qu'en est-il vraiment ?


L'histoire : en 1772 à Collinsport, le richissime Barnabas Collins subit la terrible vengeance de la sorcière Angélique Bouchard qui, furieuse d'avoir été délaissée, le transforme en vampire avant de le faire enterrer vivant. 200 ans plus tard, la jeune et mystérieuse Victoria Winters se rend justement dans cette région pour proposer ses services à la famille Collins qui semble avoir perdu sa splendeur d'antan, tandis que Barnabas s'apprête à faire son retour...

Si on en croit le début du film, on a donc affaire à 2 personnages principaux : Victoria Winters et Barnabas Collins. Or, si l'histoire de la première s'avère plutôt intrigante et intéressante, elle disparait quasiment du métrage une fois que Johnny Depp débarque et commence à faire son show (parfois trop proche de son personnage de Jack Sparrow dans les films "Pirates Des Caraïbes"). Et c'est là le plus gros point noir de ce film : les personnages sont nombreux, ils ont presque tous quelque-chose à cacher, mais une fois que Barnabas est dans la place, on ne s'intéresse plus vraiment à eux et à leurs petites histoires ! Seule la sorcière reste la plupart du temps au centre de l'intrigue, mais le scénario du film est cousu de fil blanc, bourré d'incohérences et de temps morts, et même la trame principale s'avère finalement relativement inintéressante. Le rythme de ce film est catastrophique et très éloigné de ce que laissait présager la bande-annonce : la durée des scènes de dialogues pourrait être divisée par 4 si ceux-ci n'étaient pas aussi inutilement pompeux (et finalement pas si drôles une fois qu'on a passé les 10 premières minutes) tandis que de nombreuses sous-intrigues prometteuses sont totalement laissées de côté après qu'on nous ait mis l'eau à la bouche.

Entendons nous bien : tous les personnages sont intéressants et mériteraient d'être développés ! Mais Barnabas ne leur en laisse ni la place ni le temps. Quel gâchis ! Surtout quand il s'agit de la très belle (et trop rare) Michelle Pfeiffer ou encore d'Helena Bonham Carter pourtant si douée pour les rôles trash. Seule la somptueuse Eva Green tire son épingle du jeu dans le rôle de cette sorcière diabolique. Chacune de ses apparitions est un pur moment de bonheur tant on finit par s'ennuyer devant les pitreries de Barnabas Collins (les meilleures sont dans la bande-annonce, les autres sont pitoyables ou mal amenées) et le manque d'intérêt du scénario. Même l'apparition (inutile) d'un guest honorable comme le grand Christopher Lee arrive comme un cheveu sur la soupe, à l'image de certains retournements de situation tellement mal foutus qu'on les oublie quelques secondes plus tard...

(Les dialogues pourraient être marrants s'ils n'étaient pas si chiants !)

Au moins, visuellement c'est vraiment chouette ! Les intérieurs de la demeure des Collins sont superbes et bourrés de détails, les jeux de lumière y sont somptueux et le côté 70's du film est plutôt réussi. Malheureusement, il faudra se contenter de 3 décors différents pour tout le film : la propriété des Collins (assez vaste il est vrai), la falaise et la petite ville de Collinsport (dont on voit toujours le même croisement de rues). Ces deux derniers décors sentent d'ailleurs un peu trop l'image de synthèse à plein nez, mais il faut s'en contenter vu que seulement une poignée de scènes se déroulent dans d'autres décors que les 3 pré-cités.

Heureusement, la bande-son est très agréable ! Pas celle composée par Danny Elfman, absolument passe-partout et dont on peine à reconnaître l'auteur. Non, il s'agit plutôt des très bons titres des années 70 interprétés par les Carpenters, Barry White, T-Rex ou encore Alice Cooper qui fait carrément le déplacement pour l'occasion !



Sérieusement, c'est ça le grand retour de Tim Burton après une bonne dizaine d'années d'errements ? Un patchwork de gags foireux, de personnages bâclés, d'acteurs sous-exploités, d'intrigues sacrifiées et de décors dignes d'un train fantôme de parc d'attraction ? Dans ce cas, je suis bien content d'avoir zappé les 10 dernières années ciné de Burton...

OK, on peut peut-être expliquer quasiment tous les défauts du film en imaginant que le réalisateur a voulu coller à la série d'origine (cliquez ici pour plus d'informations), comme par exemple ces plans incessants sur les vagues qui s'écrasent contre les rochers de la falaise (comme dans le générique de la série). Mais tout de même ! Il devrait pouvoir être possible au spectateur de s'amuser de ce qu'il voit sans connaître la série (qui n'était pas du tout comique d'ailleurs) ! Or ce n'est pas le cas ici...

Tim Burton et Johnny Depp ont réalisés leurs rêves (respectifs) d'enfants. Tant mieux pour eux ! Tant pis pour le spectateur...

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