14 décembre 2011

Critique ciné : Mission Impossible - Protocole Fantôme

Au milieu des années 90, alors que la saga James Bond n'était pas forcément au mieux de sa forme, Brian De Palma a réveillé le genre espionnage/action à grands coups de pompe dans le train (dans le TGV pour être précis) avec la première adaptation cinématographique de la célèbre série télévisée "Mission : Impossible". Il en profitait également pour trahir le personnage central de la série et instaurer un nouveau protagoniste : Ethan Hunt (interprété par Tom Cruise).

Mais en 2000, John Woo plombait la licence avec une suite aussi inintéressante que pompeuse et on ne pensait pas revoir l'agent Hunt sur grand écran de sitôt. Pourtant en 2006, J.J. Abrams, le petit prodige de la TV ("Felicity", "Alias", "Lost") signe son premier long-métrage pour le cinéma en offrant à la saga un troisième épisode très efficace et parsemé de belles petites trouvailles visuelles et scénaristiques.

Et même si personne n'attendait vraiment à un 4ème film (à part peut-être Tom Cruise lui-même car sa carrière ciné n'est plus ce qu'elle était, surtout depuis "M:i:III" après lequel il a été mis à l'écart des plus grands studios notamment à cause de son côté scientologue un peu trop prosélyte), 15 ans après avoir fait ses débuts, l'agent Ethan Hunt est de retour sous la direction d'un Brad Bird jusqu'ici habitué au cinéma d'animation ("Le Géant De Fer", "Les Indestructibles", "Ratatouille").

Alors est-ce que l'agence Mission Impossible a encore quelque-chose à dire au ciné ? Faut-il confier un film "live" à un réalisateur spécialisé dans l'animation ? Est-ce que les masques et les gens suspendus à 10 cm du sol sont toujours de la partie ? Et surtout est-ce que le prénom du héros va à nouveau être prononcé correctement (comme dans le 1er film) après avoir été francisé en "Étaaaaanne" dans les 2 opus suivants ?


L'histoire : à la suite d'un incident diplomatique majeur sur le territoire russe, le président américain met en place le "Protocole Fantôme", ce qui signifie que l'agence Mission Impossible (IMF) est démantelée et que tous ses agents sont désavoués. L'agent Ethan Hunt se retrouve donc isolé (avec son équipe) à l'étranger avec la lourde tâche de déjouer un complot qui menace l'équilibre mondial.

Ce qui est frappant quand lorsqu'on observe le scénario dans son ensemble, c'est que les forces en puissance et les enjeux globaux nous replongent en plein âge d'or du film d'espionnage, c'est-à-dire qu'on se croirait revenus à l'époque de cette bonne vieille Guerre Froide (au cinéma). Et même si certains passages de l'histoire (notamment une bonne partie de ce qui se déroule en Inde) ne sont finalement que des prétextes à la mise en images de scènes incontournables du genre ou de la saga, l'ensemble fonctionne à merveille grâce à une mise en scène énergique, sans le moindre temps mort, et toujours lisible !

(ça ne se voit pas forcément, mais ils sont heureux de travailler ensemble)

On sent d'ailleurs dès le générique d'introduction que le réalisateur issu du monde de l'animation ne s'est fixé aucune limite en termes de plans de caméra, que ceux-ci soient physiquement possibles ou non. Mais Brad Bird a le bon goût de ne pas noyer le spectateur sous des multitudes de caméras virevoltant dans tous les sens et préfère distiller ses quelques plans retouchés au sein de scènes largement tournées en décors réels, pour un résultat encore fois toujours lisible, agréable à regarder et qui laisse rarement du temps au spectateur pour reprendre son souffle.

Brad Bird joue également avec les différents pays visités (Hongrie, Russie, Dubaï, Inde) pour offrir une multitude de scènes d'action toutes complètement différentes les unes des autres, en tirant souvent parti de l'environnement immédiat des protagonistes. Et il est autant à l'aise dans les plans vertigineux que dans les petits huis-clos où la tension est plus que palpable. Chapeau bas !

(l'incontournable scène de la réception a rarement été aussi agréable à regarder)

La prestation de Tom Cruise est tout à fait à la hauteur de ce qu'on attend de lui dans la peau d'Ethan Hunt : il est toujours très impressionnant, que ce soit physiquement parlant ou dans son rôle de leader du groupe. On a même du mal à croire que l'acteur puisse encore s'investir autant dans les scènes d'action, surtout 15 ans après le début de la saga !

Les autres acteurs sont également très justes et loin d'être effacés par l'omniprésence de l'agent Hunt. A commencer par l'agent Carter (la sculpturale Paula Patton) aussi à l'aise en robe de soirée que dans les scènes de baston. Jeremy Renner (déjà vu dans l'oscarisé "Démineurs" et bientôt à l'affiche des "Avengers" ou dans le rôle titre du prochain film consacré à Jason Bourne) est également très à l'aise dans le rôle de l'agent Brandt et s'affirme comme une valeur sûre du cinéma d'action. L'agent Dunn (interprété par Simon Pegg, déjà vu dans "Shaun Of The Dead", "Hot Fuzz" ou "Paul") assure à la fois le lien avec le 3ème film de la saga et l'élément comique (parfois maladroit) du film.

Du côté des antagonistes, on retiendra également la prestation du grand méchant Kurt Hendricks (interprété par Michael Niqvist, le Mikael Blomkvist de la trilogie "Millénium" version suédoise) ainsi que celle de Sabine Moreau (interprétée par la française Léa Seydoux, déjà vue dans "Inglorious Basterds" de Tarantino et "Robin Des Bois" de Ridley Scott) qui impressionnent tous les deux par leur prestation physique inattendue.



"Mission Impossible - Protocole Fantôme" est donc une belle réussite, à la fois pour Brad Bird qui signe là un très bon premier film d'action, à la fois riche, lisible et percutant, mais aussi pour Tom Cruise qui démontre qu'il n'a rien perdu de sa superbe à l'écran malgré le temps qui passe (et ses convictions religieuses). On tient là sans aucun doute l'un des meilleurs films d'action de l'année, mais aussi l'un des meilleurs épisodes de la saga qui démontre une nouvelle fois que l'agent Hunt n'est jamais aussi bon que lorsqu'il opère indépendamment de sa hiérarchie (comme dans le 1er et le 3ème film).
D'ailleurs, Brad Bird n'oublie pas les opus précédents (surtout le 3ème en fait !) grâce à quelques petits clin d'œils qui feront plaisir aux fans. Et j'offre ma reconnaissance éternelle à ceux qui reconnaîtront le figurant qui renvoie directement au 1er film de la licence !

Les codes de la saga sont respectés (les masques, le personnage suspendu quelques centimètres au dessus du sol) mais ne sont pas utilisés de façon abusive (pour les masques) et se trouvent même légèrement renouvelés (pour la suspension). Dans la dernière partie du film, on se croirait même dans un (bon) épisode de James Bond avec la réception, le smoking, la fille superbe, la voiture somptueuse et le contexte américano-russe explosif. Finalement, ce 4ème "Mission : Impossible" est aussi un bel hommage moderne au cinéma d'espionnage de la grande époque !

PS : La version française semble souffrir de quelques défauts en ce qui concerne les sous-titres (un sous-titre en particulier apparaît quasiment 2 minutes avant la phrase qui doit être traduite et certains textes affichés à l'écran ne sont pas traduits).

PPS : Le héros est encore une fois appelé "Étaaaaanne" (au lieu de "Izeune")...

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